Cinéma, mon amour de Driss Chouika: LES LUEURS D’ADEN » UNE APPROCHE DOCUMENTAIRE D’UNE AUTHENTICITÉ SAISISSANTE

Cinéma, mon amour de Driss Chouika: LES LUEURS D’ADEN » UNE APPROCHE DOCUMENTAIRE D’UNE AUTHENTICITÉ SAISISSANTE

L’histoire du film peut être résumée ainsi : Isra’a est désespérée quand elle tombe à nouveau enceinte. Déjà trois bouches à nourrir, et une quatrième s’annonce. Son mari, Ahmed, employé de la télévision publique, n’a pas touché son maigre salaire depuis trois mois et a été obligé de travailler comme chauffeur de taxi pour faire subsister sa famille.

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Dans un pays dévasté par la guerre et privé de toute industrie cinématographique, Les Lueurs d’Aden d’Amr Gamal se dresse comme un acte de résistance culturelle. Cette fiction au réalisme cru, coproduite par le Yémen, le Soudan et l’Arabie saoudite, documente la survie d’un couple yéménite confronté à l’interdit de l’avortement. Récompensé dans plusieurs festivals internationaux, le film conjugue authenticité documentaire et engagement artistique, faisant d’Aden un personnage à part entière. Sous la plume de Driss Chouika, cette œuvre apparaît comme un cri du cœur pour le cinéma, la mémoire et la dignité humaine.

Driss Chouika

« Nous n'avons pas de cinéma, et le cinéma, c'est l'Histoire. Je me sens donc la responsabilité de documenter les lieux et les événements au Yémen ». Amr Gamal.

Sorti en 2023, une coproduction entre le Yémen, le Soudan et l’Arabie Saoudite, Prix Spécial du Jury de la Meilleur réalisation et Prix du Meilleur scénario à la Mostra de Valence, Meilleur scénario au Durban International Film Festival, Prix Spécial du Jury au Festival du Film de Taipei et 2ème Prix du Public à la Berlinale, le film “Les lueurs d’Aden“ (“Al Morhaqoun“ en Arabe) de Amr Gamal est l’un des rares films salué par la critique en 2023 dans un pays pratiquement dépourvu de toute industrie cinématographique, une exception bien rare dans l’histoire du cinéma mondial. Son réalisateur le reconnaît explicitement en affirmant : « Nous n'avons pas de cinéma, et le cinéma, c'est l'Histoire. Je me sens donc la responsabilité de documenter les lieux et les événements au Yémen ». Puis il précise sa démarche en disant : « Je n'étais pas préoccupé par sa viabilité commerciale. Je voulais documenter la réalité brutale d'Aden aujourd'hui… J'ai toujours voulu utiliser mon art pour raconter ma ville, parce que j'y suis attaché. J'ai peur de me réveiller un jour et de ne plus retrouver les bâtiments, les magasins, les détails que j'aime ».

L’histoire du film peut être résumée ainsi : Isra’a est désespérée quand elle tombe à nouveau enceinte. Déjà trois bouches à nourrir, et une quatrième s’annonce. Son mari, Ahmed, employé de la télévision publique, n’a pas touché son maigre salaire depuis trois mois et a été obligé de travailler comme chauffeur de taxi pour faire subsister sa famille. Et même en déménageant dans un logement moins cher, le gain est insuffisant pour payer les frais scolaires des trois enfants. Il est ainsi impossible d’assurer la subsistance d’un quatrième. Commence alors l’ardue recherche d’un médecin qui accepte de faire avorter Isra’a. Et Amr Gamal en fait une fiction réussie, et loin de tout manichéisme, sur l’avortement dans un pays à l’islam bien conservateur.

APPROCHE DOCUMENTAIRE D’UNE AUTHENTICITÉ SAISISSANTE

Tout en constituant une fenêtre ouverte sur un monde invisible, « Les Lueurs d'Aden » est un film qui dénote révèle une approche documentaire d’une authenticité saisissante. Et, au-delà de son authenticité, il représente un véritable acte de résistance cinématographique. Réalisé par le yéménite Amr Gamal, ce long métrage a marqué l'histoire en devenant le premier film de fiction de son pays à être distribué en France. Dans une nation ravagée par huit années de guerre civile et dépourvue de toute véritable industrie cinématographique (n’ayant pu produire qu'une poignée de longs métrages en un demi-siècle) la simple existence de cette œuvre constitue un petit miracle. Le film nous plonge dans le quotidien d'un couple confronté à un dilemme déchirant : avorter dans un pays où cette pratique est strictement interdite, tant par la loi que par les normes sociales et religieuses en vigueur. Ce récit poignant, inspiré de faits réels survenus à des amis du réalisateur, se déroule dans la ville portuaire d'Aden, ravagée par une guerre civile destructrice.

Filmer là où il n'y a plus de salles de cinéma, autrement dans un terrain hostile au cinéma, pour bien comprendre la portée révolutionnaire d’un tel film, il faut saisir le contexte dans lequel il s'inscrit. Amr Gamal lui-même déclare : « Nous sommes les seuls à faire de l'art à Aden » ( en plus du cinéma, il a aussi une troupe de théâtre présentant des pièces dans une ville sans théâtres). Cette réalité rend la réalisation même du film extraordinaire. Le Yémen ne possède pas d'industrie cinématographique établie, et les salles obscures ont progressivement disparu, notamment après la guerre de 1994. Dans un symbole fort de son engagement culturel, Gamal a fait le choix de ne pas montrer le film à Aden en attendant la restauration, sous l'égide de l'UNESCO, de l'ancien cinéma Arwa, afin d'y organiser la première et de "contribuer à redonner vie à un véritable cinéma" dans la ville.

Le tournage s'est déroulé dans des conditions précaires, reflétant la réalité qu'il dépeint. La ville d'Aden, théâtre du film, est elle-même un personnage à part entière, avec ses rues parcourues de milices, ses coupures d'électricité fréquentes et son rationnement en eau. Pourtant, l'équipe est parvenue à créer une œuvre qui transcende les difficultés matérielles, bénéficiant d'une coproduction entre le Yémen, l'Arabie Saoudite et le Soudan. Cette collaboration régionale illustre peut-être les prémices d'un nouveau dynamisme cinématographique dans une région longtemps sous-représentée sur les écrans internationaux. Le récit suit Isra'a et Ahmed, un couple déjà parents de trois enfants, qui apprend une quatrième grossesse dans un contexte de précarité extrême. C’est un parcours semé d'obstacles. Et ce qui aurait pu être un drame intimiste se transforme en une véritable odyssée à travers les obstacles juridiques, médicaux et moraux du Yémen contemporain. Le film dépeint leur parcours du combattant pour accéder à l'avortement, chaque étape devenant une épreuve où chaque rouage du système devient un potentiel danger. La caméra, parfois portée, capte la fébrilité du couple face à une société qui rejette catégoriquement leur décision.

Ainsi, entre fiction et documentaire, le choix d’un style néoréaliste est bien approprié, permettant d’éclairer une réalité que le tabou et le silence rendent d'autant plus poignante. L'absence presque totale de musique et les longs plans séquences contribuent à cette impression de transparence et d'immersion dans le quotidien des personnages.

FILMOGRAPHIE DE AMR GAMAL (LM)

« 10 Days Before the Wedding » (2018) ; « Les lueurs d’Aden » (2023).

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