Culture
Cinéma, mon amour de Driss Chouika: NOS PLUS BELLES ANNÉES, UNE MÉLODIE NOSTALGIQUE SUR, L’AMOUR ET LES IDEAUX
Nos plus belles années » raconte l'histoire d'amour tumultueuse, de 1937 aux années 1950, entre Katie Morosky, une étudiante juive militante communiste, et Hubbell Gardiner, un écrivain désinvolte. Le film explore la collision entre l'engagement politique et le désir d'une vie simple, sur fond de maccarthysme
Avec Nos plus belles années, Sydney Pollack livre en 1973 une romance inoubliable où l’amour, les idéaux et les fractures politiques de l’Amérique du XXe siècle s’entrelacent. Driss Chouika revient sur ce classique absolu, porté par Barbra Streisand et Robert Redford, et devenu une véritable méditation cinématographique sur la passion et les convictions.

Driss Chouika
« Sydney Pollack décrit ces intermittences du cœur, cette passion que pourrit lentement le jeu social, sans jamais se laisser prendre au piège de la sensiblerie, l’humour lui permettant de garder ses distances ».
Jean De Baroncelli, Le Monde. .
Sorti en octobre 1973, deux Oscars (Meilleure chanson originale pour The Way We Were et Meilleure musique de film), un Golden Globes 1974 (Meilleure chanson originale pour The Way We Were) et plusieurs nominations dans des festivals prestigieux, « Nos plus belles années » de Sydney Pollack demeure l'une des histoires d'amour les plus marquantes du cinéma hollywoodien. Bien plus qu'un simple mélodrame, ce film explore avec une finesse remarquable la collision entre la passion amoureuse et les convictions politiques, le tout porté par le duo mythique que forment Barbra Streisand et Robert Redford. À travers le prisme d'une romance déchirante, Pollack dresse le portrait d'une Amérique en pleine mutation, des campus idéalistes des années 1930 aux chasses aux sorcières maccarthystes des années 1950.
« Nos plus belles années » raconte l'histoire d'amour tumultueuse, de 1937 aux années 1950, entre Katie Morosky, une étudiante juive militante communiste, et Hubbell Gardiner, un écrivain désinvolte. Le film explore la collision entre l'engagement politique et le désir d'une vie simple, sur fond de maccarthysme. Le critique Jean de Baroncelli en avait donné une significative idée dans le journal Le Monde en disant : « Sydney Pollack décrit ces intermittences du coeur, cette passion que pourrit lentement le jeu social, sans jamais se laisser prendre au piège de la sensiblerie, l’humour lui permettant de garder ses distances ».
UNE MÉLODIE NOSTALGIQUE SUR L’AMOUR ET LES IDÉAUX
En effet, au cœur du film réside la relation aussi enflammée qu'improbable entre Katie Morosky et Hubbell Gardiner, un écrivain beau, athlétique et naturellement détendu. Le génie du scénario d'Arthur Laurents est de n'avoir pas simplement créé des opposés qui s'attirent, mais d'avoir incarné à travers eux deux visions du monde irréconciliables. Katie, incarnée avec une intensité fougueuse par Barbra Streisand, est sévère et sérieuse. Elle croit en la capacité de l'individu à changer le monde, se bat contre Franco, pour les syndicats, et incarne une conscience politique inflexible. En face, Hubbell, campé par la beauté glacée et le charisme de Robert Redford, est détendu et décontracté. Il observe la vie avec une certaine distance ironique, fuyant les engagements pour se consacrer à son art. La réalisation fluide de Sidney Pollack en a fait une mélodie nostalgique sur l’amour et les idéaux humanistes et révolutionnaires.
L’attraction des personnages n'est pas un simple caprice de scénariste. Elle naît d'une fascination mutuelle pour ce que l'autre possède et que soi-même on ne saurait avoir. Katie est captivée par le talent d'écriture de Hubbell et par cette grâce naturelle qui lui permet de naviguer dans le monde sans effort. Hubbell, de son côté, est intrigué par la ferveur, la sincérité et l'intégrité de Katie. Ils sont fascinés l'un par l'autre précisément parce qu'ils sont bien opposés. Leur amour est donc, dès son origine, voué à une lutte perpétuelle. Le film évite soigneusement l'écueil du conte de fées : le mariage et la naissance d'un enfant ne suffiront pas à estomper leurs différences fondamentales. Leur relation devient alors une métaphore de la quête d'équilibre entre l'engagement et la quiétude, entre le devoir envers la collectivité et la recherche du bonheur personnel.
« Nos plus belles années » ne se contente pas de raconter une histoire d'amour, mais il l'ancre avec audace dans le tumulte de l'histoire américaine du milieu du XXe siècle. Le film suit le parcours du couple sur près de deux décennies, traversant la Seconde Guerre mondiale et, fait plus rare à l'écran, la période de la « Chasse aux sorcières » et du maccarthysme. Ce contexte politique n'est pas un simple décor. Il devient un personnage à part entière, catalyseur du drame qui va déchirer Katie et Hubbell. Lorsque le couple s'installe à Hollywood pour que Hubbell puisse travailler comme scénariste, les convictions de Katie les placent au cœur de la tourmente. Sa passion pour la politique les met tous deux dans une situation bien chaude. Le film montre sans ambages comment la peur et la suspicion de l'ère McCarthy infiltrent les relations personnelles et professionnelles. En prenant le parti de dépeindre une communiste sous un jour sympathique et profondément humain, le film, porté par l'expérience personnelle d'Arthur Laurents qui a été lui-même confronté au maccarthysme, accomplissait un geste courageux pour le cinéma grand public de l'époque. La politique n'est ainsi pas un accessoire ; elle est la force centrifuge qui, inéluctablement, éloigne Katie et Hubbell, symbolisant le fossé grandissant entre l’idéalisme combatif et l’accommodement avec le système.
Près de cinquante ans après sa sortie, « Nos plus belles années » conserve toute sa puissance émotive. Son finale, où Katie et Hubbell se croisent par hasard des années après leur séparation et où l'on comprend que leur amour, bien que réel, ne pouvait survivre à leurs différences, reste d'une crudité et d'une justesse rares. Loin d'offrir une conclusion facilement consolatrice, le film choisit la lucidité. Il célèbre la beauté de la passion tout en reconnaissant que celle-ci ne suffit pas toujours à construire une vie commune.
FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE DE SYDNEY POLLACK (LM)
« Propriété interdite» (1966) ; « Les Chasseurs de scalps » (1968) ; « On achève bien les chevaux » (1969) ; « Jeremiah Johnson » (1972) ; « Nos plus belles années » (1973) ; « Les Trois Jours du Condor (1975) ; « Bobby Deerfield » (1977) ; « Absence de malice » (1981) ; « Tootsie » (1982) ; « Out of Africa » (1985) ; « Havana » (1990) ; « Sabrina » (1995) ; « L'Ombre d'un soupçon » (1999) ; « L'Interprète » (2005).