Édition marocaine 2024-2025 avec 4 124 titres : ses chiffres et ses lettres

Édition marocaine 2024-2025 avec 4 124 titres : ses chiffres et ses lettres

Le rapport met en évidence un secteur éditorial en croissance, mais encore marqué par plusieurs déséquilibres : domination du papier, faible diversification linguistique, concentration institutionnelle du numérique et faible ouverture internationale

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Le rapport « Édition marocaine 2024-2025 » dresse un état des lieux de la production éditoriale en littérature et sciences humaines et sociales au Maroc. Il met en évidence une hausse de 10,71% du nombre de titres, une domination du livre imprimé, une forte prépondérance de la langue arabe et une concentration des publications sur des thématiques nationales, avec une place croissante mais encore limitée du numérique. PS : Les statistiques de l’édition ne préjugent pas des ventes et du taux de lecture.

Une production éditoriale en progression

La production éditoriale marocaine a atteint 4 124 titres en 2024-2025, contre un niveau inférieur l’année précédente, soit une hausse de 10,71%. La moyenne annuelle s’établit autour de 2 062 titres.

Le livre papier reste largement dominant, avec 3 677 publications, soit 89,16% du total. Le numérique représente 447 titres, soit 10,84%. Cette structure confirme la persistance d’un modèle éditorial encore fortement centré sur l’imprimé.

Les livres constituent l’essentiel de la production (3 613 titres), contre 511 revues. Cette répartition traduit un poids structurel du livre dans la production intellectuelle nationale.

Par ailleurs, la collecte des publications reste complexe, notamment en dehors de l’axe Rabat-Casablanca, ce qui implique un délai de 2 à 3 ans pour obtenir une couverture quasi exhaustive du marché éditorial.

Une domination linguistique de l’arabe

La production éditoriale est marquée par une forte concentration linguistique. L’arabe domine largement avec environ 80,09% des publications, suivi du français (15,23%) et de l’anglais (2,47%).

Pour les livres imprimés, la part de l’arabe atteint 78,63%, contre 16,14% pour le français et 2,82% pour l’anglais. Les autres langues restent marginales.

La langue amazighe représente 2,10% des livres imprimés avec 76 titres. Elle constitue la quatrième langue d’écriture, avec une forte concentration régionale, notamment à Agadir (40,79% des publications amazighes).

Dans le numérique, la situation diffère : le français y est majoritaire, suivi de l’anglais et de l’arabe. Cette spécificité s’explique par le rôle central des institutions publiques et des centres de recherche dans la production numérique.

Un numérique en croissance mais encore limité

L’édition numérique représente 10,84% de la production, en hausse de 33,83% par rapport à la période précédente. Le nombre de livres numériques atteint 289 titres, soit environ 8% des ouvrages publiés.

Cette production est fortement concentrée dans les institutions publiques et les think tanks. Le Policy Center for the New South à lui seul représente 41,52% de la production numérique.

Au total, quelques institutions dominent largement ce segment, notamment le Haut-Commissariat au Plan, Bank Al-Maghrib ou le Conseil économique, social et environnemental. Ensemble, elles produisent plus de 37% des publications numériques en arabe.

La production numérique se caractérise également par une forte orientation vers les études économiques, géopolitiques et sociales, qui représentent plus de 40% des contenus.

Une structuration disciplinaire concentrée

Sept champs disciplinaires concentrent près de 80% de la production éditoriale.

La création littéraire arrive en tête avec 821 titres, soit 22,72% du total. Elle enregistre une progression notable par rapport à l’année précédente.

Viennent ensuite :

* le droit : 15,89% (574 titres)

* l’histoire : 13,67% (494 titres)

* les sciences sociales : 8,5% (307 titres)

* les études islamiques : 7,39% (267 titres)

Dans le numérique, la hiérarchie est différente. Les études économiques dominent (40,14%), suivies des études politiques et stratégiques (21,79%) et des questions sociales (17,30%).

Certaines disciplines restent marginales dans le numérique, comme l’histoire (2,08%) ou la littérature, quasi absente.

Une création littéraire dynamique mais en recomposition

La production littéraire représente près d’un quart des publications. Elle est dominée par l’arabe (71,50%), suivi du français (18,64%) et de l’amazigh (7,67%).

Le genre narratif domine avec 59,80% de la production littéraire, bien que sa part ait reculé par rapport aux années précédentes.

La poésie poursuit son recul, tandis que d’autres formes comme les mémoires, témoignages et récits autobiographiques progressent et représentent désormais plus de 11% de la production.

Dans la production amazighe, la littérature représente 82,89%, avec une prédominance des romans et nouvelles.

Une production centrée sur le Maroc

La dimension géographique confirme une forte concentration nationale. 76,94% des publications portent sur le Maroc.

Les études sur l’Afrique représentent moins de 1% du total, malgré l’engagement politique et économique croissant du Maroc sur le continent.

Le patrimoine andalou représente 2,1% des publications, traduisant un intérêt limité pour les espaces historiques extérieurs.

Cette orientation confirme une production intellectuelle prioritairement tournée vers les problématiques nationales.

Des traductions encore limitées

Le rapport recense 204 traductions, soit 5,65% de la production.

L’arabe est la principale langue cible (74,51%), avec une forte dépendance aux traductions depuis le français, qui constitue la première langue source.

Ce volume reste relativement faible, traduisant un déficit de circulation des œuvres entre langues.

Un secteur en mutation

Le rapport met en évidence un secteur éditorial en croissance, mais encore marqué par plusieurs déséquilibres : domination du papier, faible diversification linguistique, concentration institutionnelle du numérique et faible ouverture internationale.

Ces tendances traduisent à la fois une consolidation de la production nationale et des défis structurels liés à la diffusion, à la traduction et à la transformation numérique.