En marge de la CAN, l’autre culture : Casablanca, Rabat et Khénifra au rythme d’un Maroc créatif et pluriel

En marge de la CAN, l’autre culture : Casablanca, Rabat et Khénifra au rythme d’un Maroc créatif et pluriel

l’artiste Mohssine Bassit a proposé une lecture inédite du football africain à travers le prisme du corps féminin

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En marge des stades et des tribunes, la Coupe d’Afrique des Nations Maroc-2025 a déclenché une effervescence culturelle sans précédent. Expositions photographiques, rencontres intellectuelles, célébrations de la mémoire amazighe, projections cinématographiques et initiatives artistiques ont accompagné l’événement sportif pour transformer la CAN en une plateforme d’expression identitaire, de dialogue interculturel et de rayonnement symbolique. De Casablanca à Rabat, en passant par Khénifra, le football s’est mué en catalyseur d’une scène culturelle vibrante, révélant un Maroc multiple, créatif et profondément connecté à son continent.

À Casablanca, le football raconté par les corps et les regards

Au centre culturel Les Étoiles de Sidi Moumen, l’exposition photographique « Lignes Blanches, Sang Commun » de l’artiste Mohssine Bassit a proposé une lecture inédite du football africain à travers le prisme du corps féminin. Organisée en partenariat avec la Fondation Ali Zaoua, cette exposition s’inscrit dans le projet « Corps de Femmes », qui interroge la place des femmes dans les récits collectifs et les imaginaires sportifs.

Les clichés exposés mettent en scène des femmes venues du Maroc, de Tunisie, du Congo, de Côte d’Ivoire et du Sénégal, photographiées portant les maillots de leurs équipes nationales. Loin de toute approche folklorique, l’artiste a voulu montrer une Afrique plurielle, consciente de ses différences mais unie par une mémoire commune. Pour Bassit, le football est l’un des rares espaces où l’unité du continent s’exprime de manière immédiate, non seulement dans les gradins, mais aussi dans les postures, les regards et la présence physique. Le maillot devient ainsi un symbole de dignité, d’appartenance et de mémoire collective.

La directrice du centre culturel, Wijdane Bekkare, a souligné l’importance de ce travail artistique qui conjugue sport et émancipation féminine. En mettant en lumière les capacités expressives et symboliques du corps féminin, l’exposition dépasse la simple célébration sportive pour ouvrir un espace de réflexion sur l’identité, la visibilité et la reconnaissance des femmes africaines.

Rabat, entre diplomatie intellectuelle et soft power sportif

À Rabat, la Bibliothèque nationale a accueilli la présentation de l’ouvrage de Tajeddine El Houssaini, « Le Maroc dans les relations internationales : regards sur les affaires mondiales ». Cette publication en deux volumes propose une analyse approfondie de la trajectoire diplomatique du Royaume entre 1984 et 2017, tout en intégrant les mutations récentes liées au positionnement du Maroc en Afrique et au soutien international croissant à la marocanité du Sahara.

L’auteur a rappelé que son travail vise à rendre les relations internationales accessibles au citoyen, en soulignant que la prise de décision internationale dépasse le cercle restreint des experts. Il a également insisté sur le rôle croissant du sport comme levier de rayonnement dans un ordre mondial en recomposition. La CAN Maroc-2025, dans ce contexte, apparaît comme un outil de diplomatie culturelle et symbolique, capable de projeter une image positive du pays et de renforcer ses réseaux de coopération.

Le président du Club diplomatique marocain, Abdelouahab Bellouki, a salué la rigueur scientifique de l’ouvrage et sa capacité à montrer comment le Maroc a su construire une image de pays respectueux de la légalité internationale, tout en défendant fermement ses intérêts stratégiques. D’autres intervenants ont mis en avant l’articulation entre stabilité politique, vision diplomatique et capacité d’adaptation aux mutations internationales.

Khénifra, la mémoire amazighe au cœur du présent

Dans le Moyen Atlas, une exposition ethnographique présentée au Centre culturel Abou El Kassim Zayani de Khénifra. L’événement a offert aux visiteurs un parcours visuel à travers le patrimoine amazigh, mettant en lumière les objets du quotidien, les vêtements traditionnels, les outils agricoles et artisanaux, ainsi que les écritures en tifinagh.

Loin d’une approche muséale figée, cette exposition a présenté ces éléments comme des témoins vivants d’un mode de vie façonné par la relation harmonieuse entre l’homme et son environnement. Selon Ahmed Hamid, membre de la Fondation Esprit Ajdir Atlas, l’objectif est de faire découvrir la richesse culturelle du Moyen Atlas et de rappeler que cette région est historiquement marquée par la diversité, la coexistence et le métissage.

Le célèbre tapis Zayan, les ustensiles domestiques et les objets agricoles ont ainsi raconté une histoire silencieuse mais puissante, celle d’une mémoire collective enracinée dans le travail, la patience et la créativité. Pour Mahjoub Najmaoui, président de l’association Lamassat Fanniya, les arts visuels offrent un espace privilégié pour valoriser ce patrimoine et inspirer les artistes contemporains, tant par la richesse esthétique que par la charge symbolique des motifs et des couleurs amazighs.

La musique comme langage universel à Rabat

Toujours à Rabat, l’Institut Cervantes a accueilli la projection du documentaire « Sounds of Belonging: A Continent Playing Together » du réalisateur Curro Sanchez. Ce film suit le voyage du compositeur espagnol Lucas Vidal à travers neuf pays africains, dont le Maroc, pour explorer les liens entre musique, football et identité culturelle.

À travers des rencontres avec des musiciens locaux, le documentaire met en lumière la créativité africaine et le pouvoir fédérateur de la musique. Le commissaire européen aux partenariats internationaux, Jozef Sikelale, a salué cette initiative culturelle qui prolonge l’impact de la CAN au-delà du sport. Pour lui, ce film illustre comment la musique et le football peuvent rapprocher les peuples et favoriser une compréhension mutuelle entre l’Afrique et l’Europe.

Le réalisateur a expliqué que chaque pays visité a inspiré un thème musical spécifique, contribuant à la création d’une œuvre originale représentant l’identité sonore de la CAN 2025. Le film devient ainsi une archive sensible de l’événement, mêlant art, mémoire et émotions partagées.

Diaspora et création contemporaine à l’Espace Rivages

Dans cette dynamique culturelle, la Fondation Hassan II pour les Marocains Résidant à l’Étranger a également lancé l’exposition « Facture Texture » de l’artiste maroco-français Mohamed Aaouina. Présentée à l’Espace Rivages, cette exposition met en lumière un travail pictural où abstraction et semi-figuration dialoguent avec la matière, la couleur et la mémoire.

Formé à Tétouan puis à Toulouse, installé à Lille, Aaouina développe une œuvre marquée par l’exil, la nostalgie et l’exploration des souvenirs enfouis. Son approche matiériste, faite de superpositions, de griffures et de strates colorées, donne naissance à des compositions où émergent parfois des silhouettes humaines ou des signes graphiques chargés de sens.

Pour l’artiste, peindre est un acte de libération et d’expression personnelle. Il conçoit l’œuvre comme une résistance à l’oubli, un espace où s’entrelacent émotion et technique, intuition et rigueur académique. À travers ses toiles, il affirme un attachement profond à ses origines marocaines tout en s’inscrivant dans une démarche contemporaine ouverte sur le monde.

La CAN, catalyseur d’une dynamique culturelle nationale

Ces différentes initiatives, qu’elles soient artistiques, intellectuelles ou patrimoniales, témoignent d’un phénomène plus large : la transformation de la CAN Maroc-2025 en événement culturel global. Le football a servi de point d’ancrage pour activer des réseaux créatifs, stimuler les institutions culturelles et mobiliser les acteurs de la société civile.

En filigrane, la CAN Maroc-2025 apparaît ainsi comme bien plus qu’un tournoi sportif. Elle s’est imposée comme un moment de réappropriation symbolique, où le Maroc a raconté son histoire, affirmé sa diversité et réaffirmé sa place dans un continent en mouvement.

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