Culture
Ikram Abdi, une voix poétique au service de la dynamique culturelle de Tanger
Issue du monde de la poésie et de la création littéraire, Ikram Abdi dirige aujourd’hui l’un des centres culturels majeurs de la ville de Tanger
Poétesse reconnue et figure engagée de la scène culturelle marocaine, Ikram Abdi dirige depuis 2023 le Centre culturel Ahmed Boukmakh à Tanger. À la tête de cette institution emblématique dédiée à la diffusion des arts et du savoir, elle s’attache à promouvoir une programmation ouverte à la jeunesse, aux femmes et aux enfants, tout en valorisant l’héritage intellectuel du pédagogue Ahmed Boukmakh. Entre création littéraire et action culturelle, son parcours illustre la contribution des acteurs culturels au rayonnement artistique de la ville du détroit.
Une poétesse à la tête d’un lieu culturel emblématique
Issue du monde de la poésie et de la création littéraire, Ikram Abdi dirige aujourd’hui l’un des centres culturels majeurs de la ville de Tanger. L’établissement porte le nom d’Ahmed Boukmakh, pédagogue marocain de renom dont les ouvrages éducatifs ont marqué plusieurs générations d’élèves à travers le pays, notamment grâce à la célèbre série de manuels scolaires Iqraa.
Depuis sa nomination à la direction du centre en 2023, Ikram Abdi imprime à cette institution culturelle une orientation marquée par l’ouverture artistique et l’engagement culturel. La présence d’une créatrice issue de l’univers des mots à la tête de cet espace contribue à renforcer la vitalité culturelle d’une ville réputée pour la richesse de son héritage intellectuel et artistique.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la poétesse a confié à la MAP que la direction du Centre culturel Ahmed Boukmakh lui permet de conjuguer gestion institutionnelle et passion créative. Selon elle, cette responsabilité offre l’opportunité de faire vivre la culture avec passion, créativité et souplesse.
Une programmation tournée vers la jeunesse et la créativité
La nomination d’Ikram Abdi à ce poste s’inscrit dans une dynamique culturelle en plein essor à Tanger. Elle souligne que cette responsabilité témoigne de la confiance placée en sa capacité à apporter une valeur ajoutée à la vie culturelle locale grâce à son lien étroit avec les univers de la littérature et de la création artistique.
Membre du bureau de la Fondation du Forum d’Assilah et du Moussem culturel de cette ville, Ikram Abdi veille à inscrire les activités du centre dans une perspective esthétique et humaine. Les programmes qu’elle supervise accordent une place particulière à la participation des femmes, des enfants et des jeunes.
La directrice du centre met également l’accent sur l’importance de créer des espaces culturels capables d’attirer les jeunes générations. Elle explique que l’un de ses objectifs consiste à faire du centre un lieu d’expression et de découverte, susceptible d’offrir aux jeunes une alternative à l’omniprésence des réseaux sociaux.
Dans cette optique, le centre développe des partenariats avec des établissements scolaires afin de permettre aux élèves de découvrir différentes formes d’expression artistique. Des ateliers et activités dédiés au cinéma, au théâtre, à la peinture et à d’autres disciplines artistiques sont régulièrement organisés pour encourager l’émergence de nouveaux talents.
La transmission culturelle et l’héritage d’Ahmed Boukmakh
Titulaire d’un master en littérature générale et critique comparée de l’Université Mohammed V de Rabat, Ikram Abdi accorde une importance particulière à la promotion de la lecture et à l’accès des enfants à la culture.
Dans cette perspective, elle encourage les rencontres entre les jeunes et les intellectuels ou créateurs afin de favoriser l’échange d’expériences et de proposer des modèles inspirants.
La directrice du centre met également en avant l’importance de la bibliothèque personnelle d’Ahmed Boukmakh, récemment offerte par sa famille à l’institution culturelle. Ce fonds constitue un patrimoine intellectuel précieux et témoigne de l’engagement de ce pédagogue pour l’éducation et la transmission du savoir.
Ahmed Boukmakh s’est illustré par la publication de nombreux manuels scolaires qui ont accompagné l’apprentissage de générations d’élèves marocains. Parmi ses ouvrages les plus connus figurent la série Iqraa, composée de cinq volumes, Al-Fousha, également en cinq volumes, ainsi que l’ouvrage La lecture pour tous.
Un parcours littéraire marqué par la poésie
Parallèlement à ses responsabilités institutionnelles, Ikram Abdi poursuit son parcours littéraire. La poétesse affirme continuer à explorer l’univers de la poésie avec un regard ouvert sur la complexité du monde et sur les multiples dimensions de l’expérience humaine.
Elle évoque ses débuts d’écriture comme une période marquée par l’incertitude et la recherche. Selon elle, les premiers textes qu’elle écrivait traduisaient avant tout des sensations et des émotions, avant que la pratique poétique ne s’affirme progressivement comme une forme d’expression artistique.
La publication de son premier recueil, intitulé Je ne troquerai pas les mouettes, constitue une étape déterminante dans son parcours littéraire. Ce livre rassemble des textes inspirés par l’errance, le voyage et la contemplation du monde marin, évoquant les paysages de l’azur et les murmures des rivages.
Ce recueil lui a permis de structurer son univers poétique et d’ouvrir de nouvelles perspectives créatives. D’autres ouvrages ont ensuite vu le jour sous sa plume, parmi lesquels Le mystérieux en toi me couvre, Morceaux de nuages et Ton obscurité a embrassé tout.
La lecture, fondement de l’écriture
Pour Ikram Abdi, la lecture constitue une pratique essentielle qui précède toute démarche d’écriture. Elle considère cet exercice comme un acte de connaissance permanent permettant d’élargir les horizons intellectuels et de nourrir l’imaginaire.
Outre la poésie, l’auteure s’est également illustrée dans le domaine de l’essai. Plusieurs de ses articles ont été rassemblés dans des ouvrages tels que Nous devrons mentir et Essais en état de deuil.
Elle a également exploré la littérature jeunesse avec un ouvrage intitulé Le chariot du rêve, destiné à initier les enfants à l’univers de l’imaginaire et de la narration.
Un hommage aux pionnières de la création féminine
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Ikram Abdi a tenu à rendre hommage aux écrivaines et intellectuelles qui ont contribué à ouvrir la voie aux générations actuelles.
Elle a évoqué notamment les figures de Nazik Al-Malaika, May Ziadeh, Zineb Fahmi et Khnata Bennouna, qui ont marqué l’histoire de la littérature arabe et marocaine par leur audace intellectuelle et leur engagement.
Selon la poétesse, ces pionnières ont souvent dû affronter des mentalités patriarcales et des formes de dénigrement pour affirmer leur voix littéraire. Leur courage a permis aux générations suivantes de s’exprimer librement et de participer pleinement à la création artistique.
Ikram Abdi estime que l’héritage de ces écrivaines demeure essentiel pour comprendre l’évolution de la place des femmes dans le monde culturel et intellectuel.