Kaouther Ben Hania triomphe à Khouribga avec La voix (de l’enfant palestinienne) Hind Rajab

Kaouther Ben Hania triomphe à Khouribga avec La voix (de l’enfant palestinienne) Hind Rajab

Agée de 5 ans, Hind Rajab a été retrouvée morte à l’intérieur d’une voiture criblée de balles dans la ville de Gaza

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La 26e édition du Festival international du cinéma africain de Khouribga (FICAK) s’est achevée samedi avec la proclamation d’un palmarès marqué par la diversité géographique et artistique des œuvres en compétition. Organisée sous le thème « Entre streaming et rêve : le dilemme africain », cette édition a réuni pendant une semaine réalisateurs, producteurs, critiques et professionnels du septième art venus de plusieurs pays du continent, avec la République démocratique du Congo comme invitée d’honneur.

La voix de Hind Rajab en haut de l’affiche

La cérémonie de clôture a consacré le film tunisien « La voix de Hind Rajab » de la réalisatrice Kaouther Ben Hania, qui a remporté le Grand Prix « Ousmane Sembene » de la compétition officielle des longs métrages. Cette distinction est venue couronner une œuvre qui a retenu l’attention du jury dans une sélection particulièrement relevée.

Lion d’argent à la 82e Mostra, marquée par une manifestation de plusieurs milliers de personnes samedi pour exhorter le festival à prendre clairement position contre les actions d’Israël dans la bande de Gaza, dévastée par la guerre déclenchée le 7 octobre 2023 par l’attaque sans précédent du Hamas sur le sol israélien.

Agée de 5 ans, Hind Rajab a été retrouvée morte à l’intérieur d’une voiture criblée de balles dans la ville de Gaza, plusieurs jours après avoir passé des heures au téléphone, le 29 janvier 2024, avec le Croissant-Rouge palestinien, alors que le véhicule dans lequel elle voyageait avec des membres de sa famille avait été visé par des soldats israéliens.

La réalisatrice a raconté sur Instagram qu’elle avait entendu presque par hasard les extraits des appels à l’aide d’Hind Rajab et contacté le Croissant-Rouge.

« J’ai longuement parlé avec la mère de Hind, avec les personnes qui étaient [avec elle] à l’autre bout du fil, ceux qui ont essayé de l’aider. J’ai écouté, j’ai pleuré, j’ai écrit », a ajouté la Franco-Tunisienne de 48 ans, qui a obtenu le consentement de la famille.

Le Prix du Jury « Noureddine Saïl pour The Settlement

Dans la catégorie des longs métrages, le Prix du Jury « Noureddine Saïl » a été attribué au film égyptien « The Settlement » de Mohamed Rashad. Le Prix de la meilleure réalisation « Idrissa Ouédraogo » est revenu au réalisateur marocain Ali Benjelloun pour « Goundafa, the Cursed Song », tandis que le Prix du meilleur scénario « Samir Farid » a récompensé le film sénégalais « La mémoire du manguier » de Nicolas Sawolo Cissé.

Les distinctions d’interprétation ont mis en lumière deux prestations remarquées. Le Prix du meilleur rôle féminin « Amina Rachid » a été décerné à l’actrice kényane Michelle Lemuya Ikeny pour sa performance dans « Nawi Dear Future Me ». Le Prix du meilleur rôle masculin « Mohamed Bastaoui » a, quant à lui, récompensé l’acteur marocain Younes Bouab pour son interprétation dans « L’Héritier des secrets ».

Le Maroc distingué dans la compétition des courts métrages

La participation marocaine s’est particulièrement distinguée dans la catégorie des courts métrages. Le Grand Prix « Najib Ayyed » a été attribué à « Another End » du réalisateur Tarik Rasmi, confirmant la vitalité du jeune cinéma marocain.

Le Prix du Jury « Paulin Soumanou Vieyra » a été décerné au film mauritanien « Anima » de Boubecrine Ibrahim El Mamy. Une mention spéciale a également été attribuée au film égyptien « The Sea Remembers My Name » de Hussein Hossam.

D’autres récompenses parallèles sont venues enrichir le palmarès. Le Prix « Don Quichotte » de la Fédération nationale des ciné-clubs du Maroc a distingué « O Profeta » du réalisateur Ique Langa, coproduction entre le Mozambique et l’Afrique du Sud. Le Prix de la critique cinématographique est revenu au film marocain « L’Héritier des secrets » de Mohamed Nadif, tandis que le Prix de la Fondation du Festival du Cinéma Africain a récompensé « The Sea Remembers My Name ».

Une semaine de débats autour des défis du cinéma africain

Au-delà des récompenses, cette 26e édition a constitué un espace de réflexion sur les mutations que connaît aujourd’hui l’industrie cinématographique africaine. Les projections ont été accompagnées de rencontres professionnelles, de conférences, de débats et d’échanges entre créateurs venus de différentes régions du continent.

Le directeur du festival, Iz-eddine Gourirran, a souligné la richesse des œuvres présentées ainsi que la diversité des thématiques abordées. Il a également mis en avant l’importance accordée au cinéma destiné à la jeunesse, aux projections de la section Panorama et aux rencontres consacrées aux enjeux du cinéma africain contemporain.

Les jurys, composés de personnalités du monde du cinéma et de la culture, ont eu la tâche d’évaluer des œuvres reflétant des sensibilités artistiques variées et des réalités sociales multiples. Selon Alex Moussa Sawadogo, président du jury des longs métrages, les films sélectionnés témoignent de la capacité des cinéastes africains à traiter à la fois des problématiques locales et des questions universelles.

De son côté, Abdelilah El Jaouhary, président du jury des courts métrages, a salué la qualité des productions présentées, estimant qu’elles traduisent l’évolution constante du cinéma africain émergent, notamment à travers les thématiques liées à l’identité, à la mémoire et au patrimoine.

L’émotion d’un hommage à Bassek Ba Kobhio

La cérémonie de clôture a également été marquée par un moment de recueillement consacré à la mémoire du réalisateur camerounais Bassek Ba Kobhio, disparu récemment. Fondateur du Festival « Écrans Noirs » de Yaoundé, il était considéré comme l’une des figures majeures du développement du cinéma en Afrique centrale.

Son engagement en faveur de la formation des jeunes cinéastes, son travail pour la promotion du cinéma africain et son implication dans la création de programmes pédagogiques soutenus par l’UNESCO ont été salués par l’ensemble des participants.

Cet hommage a rappelé l’importance des bâtisseurs qui ont contribué à structurer les réseaux cinématographiques du continent et à offrir aux nouvelles générations des espaces de diffusion et de création.

Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette 26e édition du Festival international du cinéma africain de Khouribga confirme ainsi son rôle de rendez-vous majeur du septième art africain. Entre récompenses, débats professionnels et célébration de la diversité culturelle, le festival a une nouvelle fois démontré la richesse d’un cinéma africain en pleine transformation, porté par une génération de créateurs de plus en plus présente sur les scènes internationales.

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