Culture
L'Immeuble Yacoubian d’Alaa El Aswani - Par Dr Samir Belahsen
Ce roman traite des vies compliquées de plusieurs personnages qui vivent dans l'immeuble Yacoubian. On y trouve de l'amour, de la trahison et des luttes sociales. D’abord il y a un ancien architecte, aristocrate déchu, Zaki Dessouki, charmant ayant un certain humour, l'échec et la solitude le poursuivent. Et tous les autres…
À travers L’Immeuble Yacoubian, le romancier égyptien Alaa El Aswani compose bien plus qu’une fresque urbaine : il dresse le portrait sans complaisance d’une société travaillée par les fractures sociales, la corruption morale et les désillusions politiques. Sami Belhasen a suivi l’auteur dans cet immeuble du centre du Caire, microcosme de l’Égypte sous Moubarak, où se croisent aristocrates déchus, ambitieux sans scrupules, jeunes humiliés, religieux radicaux et figures de la bourgeoisie affairiste. En donnant chair à ces trajectoires brisées ou compromises, le roman met en lumière les mécanismes invisibles qui transforment les rêves en renoncements et la vertu en façade sociale.
« La décadence d'une société se mesure beaucoup moins à la grandeur des vices qu'on y pratique qu'à la bassesse des vertus qu'on y honore. » Thierry Maulnier
« L’hypocrisie est seulement un hommage à l’intérêt. » Eduard Douwes Dekker / Idées

Samir Belahsen
Alaa El Aswany, né en 1957, est un écrivain égyptien qui a marqué la littérature arabe contemporaine. Dentiste de formation, il a acquis une notoriété internationale grâce à ses livres qui critiquent des réalités égyptiennes.
Son style se caractérise par une grande finesse psychologique et une critique sociale subtile abordant des thèmes comme la liberté, l'identité ou encore la modernité. Ses œuvres majeures incluent : « L’immeuble Yacoubian » (2002), « Chicago » (2006), « Le club automobile d’Egypte » (2013), « J’ai couru vers le Nil » (2018) et « Au soir d’Alexandrie » (2024).
L’immeuble Yacoubian عمارة يعقوبيان
C’est le roman le plus connu depuis que Marwan Hamed a fait un film éponyme. Dans ce film, on voit Adel Imam, Nour El-Sherif, Youssra et Hend Sabri. Ce film aurait plu à plus d’un million et demi de personnes. Le livre aurait été vendu à plus de cent mille exemplaires en Egypte. Ce roman traite des vies compliquées de plusieurs personnages qui vivent dans l'immeuble Yacoubian.
On y trouve de l'amour, de la trahison et des luttes sociales.
D’abord il y a un ancien architecte, aristocrate déchu, Zaki Dessouki, charmant ayant un certain humour, l'échec et la solitude le poursuivent.
Après une dispute, sa sœur Daoulet le met à la porte. Triste, Zaki se remémore son passé glorieux. La police l’humilie, il se sent impuissant.
Il y a aussi Boussaïna Sayyed, qui travaille pour Zaki. Tiraillée entre ses sentiments pour Zaki et ses ambitions personnelles. Elle finit par opter pour ses sentiments alors qu’elle projetait de le trahir pour de l’argent.
Elle est tiraillée entre sa conscience et ses désirs, luttant pour équilibrer ses besoins et ses valeurs. Ainsi, sa relation avec Taha, son ancien amour, le fils du concierge, se complique.
Lui, il aspirait à devenir officier de police. Lors de son entretien d’admission à l'école de police, il est humilié. Il devient déterminé à se venger de ceux qui l'ont opprimé, il s’engage dans un mouvement islamiste radical.
Avec Boussaïna, plus il s'investit dans sa foi et ses idéaux plus la relation se détériore.
Malak est un artisan chemisier copte et opportuniste. Pour s'emparer de l'appartement de Zaki, il use de multiples combines.
Il utilise Boussaïna pour faire signer Zaki. Il est en rivalité permanente avec les autres habitants de la terrasse.
Hatem Rachid lui est journaliste, directeur du quotidien Le Caire. Il est Homosexuel et il l’assume. Il tombe amoureux d’Abdou, le jeune conscrit. Il l’entretient et l'aide à assouplir son régime militaire et lui procure un travail.
Quand le fils d'Abdou décède, Abdou décide de rompre ses relations immorales avec Hatem, la mort du fils était pour lui un châtiment divin.
Hatem, amoureux et désespéré, tente de le convaincre, la discussion dégénère et Abdou tue Hatem.
Dans un autre style d’opportunisme, Hadj Azzam est un homme d'affaires influent qui se présente aux élections en usant des pots-de-vin.
Abou Hamido, c’est un autre candidat mais Hadj Azzam est déterminé à maintenir son pouvoir pour étendre ses affaires.
Il y a enfin le Cheikh Chaker, le leader religieux influent qui encadre Taha et d'autres jeunes.
Il prêche pour le djihad et l'importance de la foi dans la lutte contre l’injustice et l'oppression, il pousse Taha à se marier et à s'engager dans les activités militantes.
Fractures et tensions
À travers ce petit monde, Alaa El Aswani nous donne un regard critique sur une société pleine d’hypocrisie, d’injustices, de faux-semblants et en quête de sens dans un cadre de changements. Les destins personnels ne peuvent pas échapper aux grandes forces sociales et historiques qui les forment.
Les gens de l’immeuble d’El Aswani sont en fait les rêves et les limites de l’Égypte sous Moubarak, un mélange de vieux et de nouveau, cherchant du sens et se battant pour être respectés. Dans le petit monde de l’immeuble, vivent ensemble toutes les générations et toutes les classes sociales.
On est dans un concentré de stéréotypes. Un aristocrate déchu qui reste nostalgique du roi Farouk, un étudiant victime de l'injustice qui opte pour l'insurrection islamiste, un commerçant copte obsédé par l'argent et un musulman pieux qui achète un siège au parlement.
En analysant les rêves empêchés par la pauvreté et les pressions sociales, l’auteur explique comment le système économique nourrit des choix moraux difficiles.
Il traite aussi de l’hypocrisie sociale, derrière des apparences publiques moralement respectables, les réalités privées succombent aux tentations.
En donnant voix à des personnages issus de milieux variés, le roman illustre les clivages qui traversent la société égyptienne sous Moubarak et il critique les institutions du pouvoir comme des cadres qui étouffent ou corrompent.
L’obsession du succès individuel, la déconnexion sociale, la corruption et l’impunité sont à la fois causes et effets de la décadence.