La Maroc en Culture : Adanas consacrée à Tétouan, Visa For Music appelle à Rabat à la mobilité des artistes

La Maroc en Culture : Adanas consacrée à Tétouan, Visa For Music appelle à Rabat à la mobilité des artistes

La pièce Adanas de la troupe Mémoire des anciens de Khouribga s’est largement distinguée en remportant quatre des huit prix en compétition, dont le Grand prix du Festival national du théâtre à Tétouan

1
Partager :

De Tétouan à Rabat, deux événements majeurs ont récemment mis en lumière la création marocaine et africaine. Le Festival national du théâtre a consacré la pièce Adanas, tandis que Visa For Music a rassemblé artistes, professionnels et réseaux culturels autour de la question centrale de la mobilité artistique. Deux moments qui interrogent autant la dynamique créative que les défis structurels du monde culturel.

Tétouan : Adanas, une pièce qui s’impose dans un paysage théâtral en mutation

La 25ᵉ édition du Festival national du théâtre, organisée à Tétouan a consacré la pièce Adanas de la troupe Mémoire des anciens de Khouribga. L’œuvre s’est largement distinguée en remportant quatre des huit prix en compétition, dont le Grand prix du festival. La scénographe Safae Krit a été doublement récompensée pour les costumes et la scénographie, tandis que Hind Belaoula a décroché le prix d’interprétation féminine.

L’édition a également mis en avant la relève artistique. Le Prix de l’espoir est revenu à la pièce Al Harraz, dont le metteur en scène, Amine Nassour, a été primé. Les distinctions masculines ont été attribuées ex æquo à Reda Benaïm pour Idam Assama et à Noureddine Zioual pour Rihla. Le prix de l’écriture a, lui aussi, été partagé entre Chaimae El Mouzaine (Moumanaâ) et Ali Dah (Idam Assama).

Le rapport du jury, présenté par son président Khalid Amine, souligne la richesse de la compétition et la diversité des démarches artistiques. Il évoque en même temps certaines dérives esthétiques, notamment la multiplication des dispositifs visuels jugés envahissants et parfois éloignés de la dramaturgie. Cette observation met en lumière une interrogation plus large : comment concilier innovation scénique et fidélité aux fondements de la création théâtrale fondée sur la présence directe entre acteurs et public ?

Les artistes primés ont, dans leurs déclarations, rappelé la dimension collective de ce travail. Pour Amine Nassour, la reconnaissance accordée à Al Harraz valorise la formation reçue à l’Institut Supérieur d’Art Dramatique et d’Animation Culturelle. Hind Belaoula, distinguée pour Adanas, a insisté sur l’importance du travail d’équipe dans l’élaboration de cette pièce.

Du côté des organisateurs, Hicham Abkari, directeur des arts au ministère de la Culture, a relevé l’engouement d’un public venu de différentes régions du Royaume. Yassine Ahjam, directeur du festival, a rappelé que cette édition a maintenu son ambition sociale en ouvrant son programme à des publics souvent éloignés des scènes culturelles, notamment des détenus et des personnes en situation de handicap.

Avec douze pièces en compétition, cette édition confirme que la scène marocaine poursuit son mouvement de renouvellement, articulant formation, création et engagement territorial.

Visa For Music : mobilité, formation et coopération au cœur des enjeux musicaux africains

À Rabat, le festival Visa For Music a accueilli une rencontre organisée par le réseau Zone Franche, consacrée à la mobilité, à la formation et à la coopération artistique en Afrique. À l’heure où les industries culturelles connaissent des mutations profondes, la question des déplacements des artistes, de l’accès aux formations et des conditions de production reste déterminante pour l’avenir du secteur musical.

Les intervenants ont rappelé les obstacles persistants : procédures de visa coûteuses et complexes, difficultés logistiques, manque de dispositifs de financement et rareté des formations adaptées aux nouvelles exigences des métiers de la musique. Selon le directeur général de Zone Franche, Sébastien Laussel, cette rencontre s’inscrit dans une démarche visant à structurer davantage le secteur, en créant des passerelles durables entre les acteurs de différents pays.

Cette logique de coopération trouve un écho particulier dans Visa For Music, rendez-vous qui réunit chaque année plus de 500 artistes et un millier de professionnels venus d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Europe et d’Amérique. Le festival se positionne comme une plateforme incontournable pour la diffusion des musiques du Sud et pour la mise en réseau des professionnels.

Les témoignages venus du Congo, du Sénégal et du Cameroun ont mis en lumière la complexité des défis. Pierre Claver Mabiala (Yaro, Congo) et le directeur de Zhu Culture (Sénégal) ont rappelé la nécessité d’instruments plus efficaces pour sécuriser les déplacements des artistes et alléger les charges financières qui pèsent sur les tournées africaines. Tony Mefe (Scène d’Ébène, Cameroun) a souligné l’importance d’une coopération accrue entre initiatives culturelles pour renforcer leur résilience et optimiser les échanges.

Camille Seck, consultante dans les industries culturelles au Sénégal, a insisté sur le potentiel important des ICC africaines. Pour elle, la question centrale n’est plus seulement celle du financement, mais celle de la formation : quels types de compétences développer, pour quels objectifs et à travers quels mécanismes ?

En réunissant acteurs institutionnels, artistes, producteurs et organisations de coopération, cette rencontre rappelle que les défis de la mobilité et de la formation sont indissociables de la structuration du secteur musical. Elle souligne aussi l’ambition croissante des professionnels africains de consolider un écosystème durable, capable de répondre aux transformations technologiques, économiques et artistiques.

lire aussi