Culture
Le Maroc culturel au rythme des hommages, des festivals et des arts vivants
À Casablanca, la place Maréchal a accueilli l’ouverture de la troisième édition du festival “Arwah Ghiwania”
Des hommages rendus aux figures historiques des médias marocains aux nouvelles créations musicales inspirées du patrimoine gnaoui, en passant par les festivals consacrés à l’héritage ghiwani et les échanges autour des arts de l’Islam au Louvre, plusieurs événements culturels organisés à Rabat, Casablanca, Essaouira et Paris mettent en lumière la diversité des expressions artistiques marocaines et leur inscription dans une dynamique de transmission, de valorisation et d’ouverture internationale.
Rabat rend hommage à Driss El Allam, figure et pionnier de la radio éducative

L’Association Ribat Al Fath pour le développement durable a organisé à Rabat une rencontre-hommage consacrée au parcours médiatique et créatif du défunt Driss El Allam, connu sous le nom de “Ba Hamdoun”. Ici, sa veuve recevant un trophée mémoriel 24/05/2026 - Rabat. (Photo MAP)
À Rabat, l’Association Ribat Al Fath pour le développement durable a consacré une soirée d’hommage au défunt Driss El Allam, plus connu du grand public sous le surnom de “Ba Hamdoun”. Figure marquante de l’audiovisuel marocain, il reste associé aux premières générations de programmes destinés à l’enfance au Maroc.
Placée sous le thème “Rencontre de fidélité et de souvenirs”, cette manifestation a réuni plusieurs personnalités ayant participé à l’émission radiophonique et télévisée “Boustane Al Atfal”, programme emblématique des années 1960 et 1970 qui a profondément marqué la mémoire collective marocaine.
Tout au long de la soirée, les témoignages se sont succédé pour rappeler le rôle joué par Driss El Allam dans le développement des médias éducatifs et culturels. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de préserver cette mémoire audiovisuelle nationale, tout en rendant hommage aux pionniers qui ont contribué à former la sensibilité artistique et culturelle de plusieurs générations.
L’écrivain et chercheur Tarik El Maaroufi a évoqué le parcours humain et professionnel du regretté animateur, décrivant un homme qui considérait les médias comme un outil de transmission des valeurs éducatives, du patriotisme et de la créativité.
Selon lui, “Ba Hamdoun” ne se limitait pas au rôle d’animateur ou de réalisateur pour enfants. Il était aussi un éducateur attaché à faire de l’espace médiatique un lieu d’apprentissage et de formation citoyenne.
Les participants ont également rappelé son engagement dans la découverte de jeunes talents artistiques et médiatiques. À travers “Boustane Al Atfal”, Driss El Allam cherchait à concilier divertissement, pédagogie et ouverture culturelle.
Abdeljabbar El Fakkhar, l’un de ses anciens disciples, a souligné que cette rencontre constituait un geste de reconnaissance envers une personnalité ayant laissé une empreinte durable dans le théâtre et les médias destinés à l’enfance.
L’épouse du défunt, Hafida Belmkaddem, a de son côté insisté sur l’attachement de Driss El Allam aux valeurs humaines, à l’amour de la patrie et à la transmission de l’ambition aux jeunes générations. Elle a également relevé l’émotion suscitée par les souvenirs partagés lors de cette soirée.
Casablanca célèbre les voix féminines de l’univers ghiwani
À Casablanca, la place Maréchal a accueilli l’ouverture de la troisième édition du festival “Arwah Ghiwania”, organisé par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication en partenariat avec le Conseil de la région Casablanca-Settat.
Cette édition, placée sous le thème “Les voix féminines au cœur de l’expérience ghiwanie”, met en avant la contribution des artistes femmes à cet univers musical profondément enraciné dans la culture populaire marocaine.
Le festival s’inscrit dans le cadre du Programme de développement régional 2022-2027 visant à diversifier l’offre culturelle et à renforcer les initiatives artistiques dans la région.
La soirée inaugurale a été marquée par la prestation de la jeune artiste gnaouie Hind Ennaira, qui a proposé un répertoire mêlant rythmes gnaouis et inspirations puisées dans le patrimoine ghiwani.
Le public a également retrouvé les chansons emblématiques du groupe Nass El Ghiwane, formation historique dont les œuvres continuent de traverser les générations plus d’un demi-siècle après leur apparition.
Cette édition prévoit également plusieurs hommages à des figures ayant marqué l’expérience ghiwanie, notamment Saida Birouk, Hmida El Bahri ainsi que le journaliste et écrivain El Arbi Ryad.
Le festival poursuivra ensuite ses activités à Médiouna les 5 et 6 juin avant une dernière étape programmée à Azemmour les 12 et 13 juin.
À travers cette initiative, les organisateurs cherchent à mettre en valeur la richesse du patrimoine musical populaire marocain tout en favorisant le dialogue entre les générations et les différentes expressions artistiques contemporaines.
Essaouira entre héritage gnaoui et création contemporaine
À Essaouira, l’artiste marocain Mohamed Jbara a présenté son nouveau projet musical intitulé “Lalla Malika - Marvel with me”, une œuvre mêlant musique gnaoua, rock et influences contemporaines.
Le projet est accompagné d’un vidéoclip tourné dans la cité des Alizés, mettant en avant plusieurs éléments du patrimoine immatériel de cette ville historiquement associée à la culture gnaouie et aux échanges artistiques.
Dans une déclaration à la presse, Mohamed Jbara a expliqué que cette création est née de ses tournées dans plusieurs pays occidentaux, où il a observé un intérêt croissant du public international pour la musique gnaoua.
L’artiste a ainsi choisi d’intégrer des paroles en anglais afin de rendre cette musique plus accessible à un public étranger, tout en conservant les sonorités et l’identité du patrimoine marocain.
Il considère également ce projet comme une manière d’encourager les jeunes générations à préserver et valoriser l’héritage gnaoui.
“Lalla Malika - Marvel with me” a été écrite par David Harar et Mohamed Jbara, qui assure aussi la direction musicale et l’interprétation vocale. Plusieurs jeunes artistes participent également à cette œuvre collective qui illustre le dynamisme de la scène musicale marocaine contemporaine.
Le choix d’Essaouira pour le lancement du projet apparaît symbolique. La ville est aujourd’hui reconnue internationalement comme l’un des principaux centres de diffusion de la culture gnaouie et de la rencontre interculturelle.
Le Maroc et les arts de l’Islam en débat au Louvre
À Paris, le musée du Louvre a accueilli une table ronde consacrée au thème “Le Maroc et les arts de l’Islam au musée”, organisée en prélude au Festival de l’histoire de l’art de Fontainebleau prévu du 5 au 7 juin, avec le Maroc comme invité d’honneur.
La rencontre a réuni plusieurs spécialistes de l’histoire de l’art autour des questions liées à la présentation muséale des arts de l’Islam et à la place des œuvres marocaines dans les collections françaises.
Les échanges ont porté sur différents aspects du patrimoine artistique marocain, notamment les collections du musée Delacroix, l’exposition “Par-delà les Mille et Une Nuits. Histoires des orientalismes” organisée au Louvre-Lens, ainsi que l’installation “Silhouettes Super Oum” de l’artiste Fatima Mazmouz.
Les discussions ont également mis en avant la manière dont les arts marocains peuvent être appréhendés à travers l’archéologie, le patrimoine matériel, l’architecture, l’artisanat ou encore les expressions contemporaines.
Le directeur scientifique du festival, Hadrien Laroche, a indiqué que cette édition devrait accueillir une importante délégation marocaine composée de chercheurs, conservateurs, responsables de musées et artistes.
Selon lui, le festival entend explorer toutes les périodes de l’histoire de l’art marocain, en considérant que les questions artistiques permettent aussi de mieux comprendre les évolutions sociales et culturelles contemporaines.