Culture
Le Maroc en culture : cinéma à Marrakech, livre à Casablanca, arts et mémoire vivante à Laayoune et Dakhla, et expo’ à Rabat et Tanger
Le 22ᵉ Festival international du Film de Marrakech rend hommage à quatre personnalités d’exception : Jodie Foster, Guillermo del Toro, Raouya et Hussein Fahmi.
Rabat – Marrakech Laâyoune, Dakhla, Tanger ou Casablanca, Rabat, la scène culturelle marocaine affiche une vitalité rassurante en cette fin d’année 2025. Cinéma, livre, musique et arts plastiques convergent dans une même dynamique : célébrer la diversité, la création et la transmission. À travers huit événements majeurs, le Maroc confirme son rôle de carrefour culturel entre l’Afrique, le monde arabe et l’Europe, tout en affirmant une vision fondée sur le dialogue, la jeunesse et l’innovation.
Marrakech, capitale du cinéma et de la transmission
Le Festival international du Film de Marrakech s’impose cette année encore comme une tribune majeure pour le cinéma mondial. Son 22ᵉ rendez-vous (28 novembre – 6 décembre) met à l’honneur Cristian Mungiu, cinéaste roumain et lauréat de la Palme d’or à Cannes pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours, choisi comme parrain de la 8ᵉ édition des Ateliers de l’Atlas.
Mungiu, réalisateur rigoureux et humaniste, incarne un cinéma d’exigence et de vérité. Son engagement envers un cinéma de dialogue et de compréhension trouve un écho parfait dans l’esprit du festival. « Le cinéma est un outil pour explorer la réalité et comprendre l’autre au-delà des stéréotypes », a-t-il déclaré, soulignant la vocation du septième art à unir plutôt qu’à diviser.
Créés en 2018, les Ateliers de l’Atlas se sont imposés comme un tremplin pour les jeunes talents marocains, arabes et africains. En offrant accompagnement, formation et visibilité, ils traduisent la volonté du festival de faire du Maroc une plateforme d’excellence pour les cinéastes émergents.
28 projets africains et arabes pour une même vision du monde
En marge du festival, la 8ᵉ édition des Ateliers de l’Atlas réunit 28 projets et films issus de 16 pays, dont le Maroc, l’Angola, la Palestine, le Liban ou le Burkina Faso. Douze projets en développement et dix en postproduction côtoient cinq premiers longs métrages marocains dans la section Regards sur l’Atlas.
Les thématiques abordées sont multiples : quête identitaire, transmission, mémoire, enfance, modernité, et résistance des territoires. Ces œuvres, venues du continent africain et du monde arabe, reflètent un cinéma en pleine mutation. Parmi les noms attendus : Scandar Copti et Maha Haj pour la Palestine, Boubacar Sangaré pour le Burkina Faso, Amjad Al Rasheed pour la Jordanie ou Asmae El Moudir pour le Maroc.
Au-delà des films, l’initiative Atlas Programs s’élargit avec de nouvelles actions comme les Atlas Distribution Meetings, destinés à favoriser la circulation des œuvres africaines et arabes, et Atlas Station, un programme de mentorat pour jeunes producteurs et réalisateurs marocains.
Ces dispositifs, lancés en partenariat avec des institutions africaines et européennes, renforcent la position du Maroc comme acteur central de la diplomatie culturelle et du cinéma continental.
Marrakech célèbre les figures du cinéma mondial et marocain
Le 22ᵉ Festival international du Film de Marrakech rend hommage à quatre personnalités d’exception : Jodie Foster, Guillermo del Toro, Raouya et Hussein Fahmi.
Jodie Foster, doublement oscarisée, incarne l’intelligence et la liberté du jeu. Elle présentera son nouveau film Vie Privée et se dit « honorée de célébrer le cinéma dans une ville d’histoire et de rencontres ». Guillermo del Toro, maître du fantastique, revient à Marrakech avec Frankenstein, son œuvre la plus intime, rappelant que « le cinéma est un lieu d’émotion et de lumière partagée ».
Raouya, grande dame du cinéma marocain, est célébrée pour l’ensemble de sa carrière, symbole d’une mémoire vivante du cinéma national. Quant à Hussein Fahmi, légende du cinéma égyptien, il évoque Marrakech comme « une ville de joie et d’amitié, liée à [ses] débuts d’acteur ».
À travers ces hommages, le festival confirme sa mission : unir les générations et les cultures sous la bannière du cinéma, miroir du monde et moteur d’espérance.
Casablanca : le livre pour éveiller les consciences
Dans un autre registre, le Salon International du Livre Enfant et Jeunesse (SILEJ), dont la 3ᵉ édition se tient du 8 au 16 novembre à Casablanca, met l’accent sur la lecture comme levier des droits de l’enfant. L’UNICEF, invitée d’honneur de cette édition, salue ce salon comme « un espace idéal pour promouvoir la culture des droits de l’enfant ».
Pour Laura Bill, représentante de l’UNICEF au Maroc, la lecture dès le plus jeune âge favorise la liberté, l’imaginaire et la citoyenneté. Elle rappelle que ce rendez-vous, lancé en 2023, s’est imposé comme un pilier de l’éducation culturelle et de la formation des générations futures.
Le SILEJ s’inscrit ainsi dans une politique culturelle qui place l’enfant au cœur du développement humain, faisant du livre un outil d’inclusion et de partage universel.
Laâyoune : culture et développement, un lien durable
À Laâyoune, une conférence sur « De l’héritage à l’innovation » a exploré le rôle de la culture comme moteur du développement durable. Organisée à l’occasion du 50ᵉ anniversaire de la Marche Verte, la rencontre a réuni des acteurs culturels, universitaires et diplomatiques autour d’un constat : la culture n’est pas un luxe, mais un levier de transformation sociale.
El Alia Bougzaje, présidente de l’association maroco-française AAMF, a rappelé que « la diversité culturelle africaine est la clé d’un développement enraciné dans l’identité et ouvert sur le monde ». Pour Sidi Hmoudi Filali, directeur régional de la Culture, les investissements culturels à Laâyoune traduisent la vision royale d’un Sud marocain épanoui, créateur d’emplois et porteur de sens.
Cette approche, saluée par les représentants de la société civile, illustre comment la culture hassanie, patrimoine immatériel national, devient un moteur de cohésion et de croissance inclusive.
Dakhla : la chanson hassanie à l’honneur
À Dakhla, le 17ᵉ Festival national de la chanson hassani a célébré la beauté et la richesse d’un art vocal ancestral, dans le cadre des festivités du cinquantenaire de la Marche Verte.
Sous le thème « La chanson hassanie, beauté de la voix », plus de vingt troupes marocaines et mauritaniennes ont partagé la scène, illustrant la profondeur des liens culturels entre les deux nations.
Selon Mamoune El Boukhari, directeur régional de la Culture, le festival est une vitrine du patrimoine musical saharien et une opportunité pour les jeunes artistes d’assurer la transmission de ce chant poétique, symbole de fierté et d’unité nationale.
Rabat : la couleur comme langage universel
À Rabat, la Galerie Mohamed El Fassi accueille l’exposition « Mon rêve » du jeune artiste Nassim Gryech, porteur de trisomie 21. Ses toiles colorées, d’une grande sensibilité, traduisent une vision lumineuse du monde et du Maroc.
L’artiste, soutenu par sa famille et ses enseignants, revendique « la magie des couleurs pour transmettre des émotions universelles ». Son parcours, marqué par la ténacité et la créativité, fait de lui une figure inspirante de l’art inclusif.
Sa mère, Fatima El Amrani, souligne l’importance de la reconnaissance culturelle : « Grâce à l’art, Nassim a trouvé sa voix. » L’exposition, organisée avec le soutien du ministère de la Culture, illustre la force du regard singulier et la valeur de la différence dans la création artistique.
Tanger : le dialogue entre art et intelligence artificielle
Enfin, à Tanger, l’artiste espagnol Miguel Ripoll expose à Dar Niaba une série intitulée Un étranger dans votre propre maison, inspirée des voyages d’Ibn Battuta. Ces œuvres, réalisées à la main mais assistées par l’intelligence artificielle, mêlent tradition et innovation.
Ripoll interroge la mémoire partagée entre le Maroc et l’Espagne, les récits d’exploration et les représentations de l’Autre. Son approche hybride – entre dessin, collage numérique et pigments naturels – crée un dialogue inédit entre passé et futur, entre main humaine et algorithme.
Pour Houda Moukadiri, conservatrice du musée, cette exposition « illustre la manière dont l’intelligence artificielle peut devenir un prolongement poétique de la main de l’artiste, sans jamais en effacer la sensibilité ».