Culture
Le Maroc en Culture : festivals, patrimoine et jeunes talents au cœur d’une effervescence culturelle
Le Festival d’Astronomie d’Ifrane a mis en lumière l’enthousiasme de la jeunesse pour les sciences de l’espace à travers son concours d’éloquence, moment phare de cette 13e édition
Du cinéma aux arts vivants, de la musique andalouse aux concours scientifiques pour enfants, le Maroc confirme son dynamisme culturel par une série d’événements marquants organisés à travers le pays. Entre récompenses internationales, hommages à des maîtres, célébration des patrimoines immatériels et programmes dédiés à la jeunesse, l’année révèle une scène culturelle en pleine maturité.
Un cinéma marocain ouvert sur le monde
Le 21e Festival du Cinéma des Peuples d’Imouzzer Kandar a consacré le court-métrage belgo-marocain Code Rouge de Rachida Chbani, qui décroche le Grand Prix au terme d’une édition marquée par son ouverture internationale. Le Prix de la valorisation culturelle revient à Autumn The Age du Marocain Bial Touil, tandis que Closure du Jordanien Mooney Abu Samra reçoit la distinction de la meilleure prise de vues. Rabii de Zakaria Kharrat remporte quant à lui le Prix du public.
Avec plus de cinquante films reçus par le comité de sélection et treize retenus en compétition, le festival confirme son ambition : offrir un espace où les sensibilités se rencontrent et où les cultures dialoguent. Sous la présidence de l’acteur Farid El Regragui, le jury international a salué une édition riche, ponctuée d’ateliers destinés aux lycéens, d’un concours de courts-métrages, d’une conférence sur la figure de « l’oublié dans le cinéma » et d’une cérémonie de signature d’ouvrages consacrés à la création filmique.
Cette édition a également rendu hommage à l’acteur marocain Driss Karimi, célébré pour l’ensemble de sa carrière, rappelant la vocation du festival : relier les peuples et les mémoires à travers l’image.
Fès célèbre l’âme du tarab andalou
À Fès, la musique andalouse a brillé lors d’une soirée magistrale consacrée à la personnalité du maestro Mohammed Briouel et marquant la création officielle de la Fondation portant son nom. Devant un public composé de figures politiques, artistiques et culturelles, un orchestre de 70 musiciens a interprété un programme exceptionnel inspiré de la tradition andalouse marocaine.
Des pièces emblématiques tels Mîzân Darj al Hajar, Tab’ al-Hijâz al Mashriqî ou encore San‘at Hazaj ont été interprétées par des voix prestigieuses comme Zainab Afailal, Mohamed Bajdoub, Abeer Al Abed, Abdelrahim Souiri, Saïd Belkadi et Omar Metoui. La soirée a proposé une fresque mêlant tarab et samâa spirituel, donnant à entendre un patrimoine où la musique devient méditation et mémoire.
Un documentaire retraçant la carrière du maestro Briouel est venu souligner son rôle fondateur dans la transmission de cet art raffiné. La Fondation ambitionne désormais de former, de préserver et de diffuser ce patrimoine musical ancestral, inscrit au cœur de l’identité marocaine.
Reconnaissance internationale pour la littérature de voyage
À Abou Dhabi, le Prix Ibn Battouta de la littérature de voyage a distingué deux chercheurs marocains : Redouan Nassih et Mustapha Nachat, récompensés dans la catégorie du Voyage traduit pour leur traduction de Marruecos d’Edmundo de Amicis. Douze lauréats issus de plusieurs régions du monde ont été primés pour cette édition 2025-2026, témoignant de la vitalité de la littérature viatique dans le monde arabe.
Le jury, composé notamment des Marocains Taïa El Haddaoui et Abdenbi Dakir, a étudié 64 œuvres provenant de treize pays. Plusieurs travaux ont reçu des mentions, dont une étude de Bouchaib Saouri consacrée aux voyages de Bassem Furat. Les ouvrages primés seront publiés dans la collection Irtyad El Afaq, en collaboration avec des maisons d’édition à Abou Dhabi et Milan.
La cérémonie de remise des prix se tiendra au Maroc et à Abou Dhabi, accompagnée d’un colloque consacré à la littérature de voyage. L’édition à venir rendra hommage à Shams al-Din al-Tanji, désigné au moment où Rabat deviendra Capitale mondiale du livre 2026. Des voyages d’étude documentés par caméra seront également organisés aux Émirats dans le cadre du programme Pionniers des horizons.
Jeunes talents et industries créatives : Casablanca accompagne la nouvelle génération
À Casablanca, Art’s Factory lance la deuxième édition de son programme d’accompagnement destiné aux jeunes talents des industries créatives. Ouvert aux 16-30 ans, ce dispositif de trois mois propose un apprentissage combinant storytelling, création digitale, animation 2D et intelligence artificielle appliquée à la création.
Sa fondatrice, Siham El Faydi, rappelle que l’objectif est de doter les jeunes d’outils concrets pour s’insérer dans les métiers créatifs en plein essor. La première édition avait permis à 47 bénéficiaires d’intégrer le marché du travail et à trois startups de voir le jour. Les lauréats de l’édition actuelle auront accès à des événements internationaux, dont le Festival d’Annecy, ainsi qu’à un accompagnement pour produire leur premier court-métrage.
Art’s Factory s’impose ainsi comme un incubateur où se construisent les carrières créatives de demain, porté par une ambition : faire émerger une génération capable de transformer les industries culturelles marocaines.
Taza met à l’honneur la mémoire vivante de l’Hayti
À Taza, la première édition du Festival international L’Hayti : Mémoire et Arts Vivants a réuni artistes, chercheurs et créateurs autour d’un patrimoine identitaire profondément enraciné dans la région. L’événement, organisé par l’Association du Grand Taza pour le Développement, a mis en lumière l’art de l’Hayti, expression collective des tribus de la province.
La présidente de l’association, Souad Bernoussi, a souligné que cette manifestation s’inscrit dans les célébrations nationales de novembre et vise à valoriser un patrimoine ancestral. Les élus locaux ont rappelé l’importance de préserver cet art, considéré comme l’un des piliers de la mémoire culturelle de la province.
Le festival a proposé spectacles folkloriques, fantasia, ateliers, expositions d’artisanat et rencontres littéraires. Une exposition commune réunissant artistes de Taza et du Sénégal a également été inaugurée. À travers ces initiatives, les organisateurs entendent faire de Taza une destination culturelle majeure et transformer son patrimoine immatériel en levier de développement local.
Tétouan : le FIDEC confirme sa stature internationale
À Tétouan, le Festival international des écoles de cinéma (FIDEC) a célébré son 10e anniversaire en remettant le Grand Prix au film brésilien The One Who Stayed, représentant l’École supérieure de publicité et de marketing (ESPM). Le Prix du jury est attribué au court-métrage mexicain Family Sunday et celui de la meilleure fiction au film égyptien Love Bites.
Des distinctions ont également récompensé des projets venus de Chine, de France, d’Allemagne, du Portugal ou encore de Hongrie. La soprano Samira Kadiri, membre du jury, a salué la diversité des œuvres présentées, témoignant de la maturité croissante du festival.
Le directeur du FIDEC, Hamid El Aidouni, a qualifié cette édition d’exceptionnelle, marquée par plus de 100 films projetés, trente-six pays représentés et huit ateliers de formation. Deux hommages ont également été rendus à Anouar Majid et Jean Michel Kibushi Ndjate Wooto, pionnier de l’animation en Afrique subsaharienne.
Le FIDEC apparaît désormais comme un laboratoire cinématographique où formation, recherche et création se rencontrent, offrant aux écoles du monde entier une plateforme unique de partage.
Ifrane : les jeunes à la conquête des étoiles
Le Festival d’Astronomie d’Ifrane a mis en lumière l’enthousiasme de la jeunesse pour les sciences de l’espace à travers son concours d’éloquence, moment phare de cette 13e édition. Enfants, collégiens, lycéens et étudiants ont présenté des exposés vulgarisés en arabe ou en anglais devant un jury composé d’universitaires.
L’événement a été marqué par la participation remarquée d’une fillette de huit ans, symbole de l’ouverture du festival à de très jeunes publics. Ateliers pédagogiques, observation du ciel au télescope, séances de planétarium et expositions artistiques ont enrichi la programmation.
Pour le directeur du festival, Hassane Darhmaoui, cette édition a révélé un niveau remarquable, offrant aux jeunes une véritable plateforme pour développer compétences scientifiques et expression publique. Hasnaa Chennaoui, présidente de la Fondation Attarik, a salué la qualité des activités proposées, faisant du festival un rendez-vous majeur de la culture scientifique au Maroc.
Organisé par l’Université Al Akhawayn et ses partenaires, le festival ambitionne de diffuser la passion de l’astronomie dans le Moyen Atlas et de susciter des vocations futures.