Le Maroc en Culture : Mohammed Ben Allal à Jamaâ el-Fna, kes arts de la rue à Fès, Riad Sultan à Tanger…

Le Maroc en Culture : Mohammed Ben Allal à Jamaâ el-Fna, kes arts de la rue à Fès, Riad Sultan à Tanger…

À Marrakech, le musée du patrimoine immatériel Jamaâ el-Fna accueille, du 28 décembre au 25 mai 2026, l’exposition Mohammed Ben Allal: Récits du quotidien

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De Marrakech à Tanger, de Rabat à Fès, la scène culturelle marocaine s’affirme comme un espace vivant de transmission, de création et de dialogue. Expositions patrimoniales, programmation théâtrale exigeante, reconnaissance des jeunes talents plasticiens, arts de la rue investissant l’espace public et poésie questionnant l’ère numérique: cinq événements récents dessinent un même horizon, celui d’une culture ancrée dans le quotidien, attentive aux mutations sociales et ouverte sur l’avenir.

Mohammed Ben Allal, peindre la mémoire du quotidien à Marrakech

À Marrakech, le musée du patrimoine immatériel Jamaâ el-Fna accueille, du 28 décembre au 25 mai 2026, l’exposition Mohammed Ben Allal: Récits du quotidien. Portée par la Fondation nationale des musées en partenariat avec le musée de Bank Al-Maghrib et le Musée d’art contemporain africain Al Maaden, cette rétrospective met en lumière l’œuvre singulière d’un peintre autodidacte profondément enraciné dans la vie populaire.

Né à Marrakech, Mohammed Ben Allal a construit son univers artistique loin des académies, en observateur attentif des gestes ordinaires et des scènes familières. Souks, rituels sociaux, fêtes, pratiques artisanales et surtout la place Jamaâ el-Fna constituent la matière première de ses toiles. Par une frontalité assumée, des perspectives aplaties et une palette vive, l’artiste donne à voir un monde narratif où chaque tableau agit comme un fragment de mémoire collective.

Pensée en résonance avec la vocation du musée, l’exposition interroge le lien entre création artistique et patrimoine vivant. L’œuvre de Ben Allal apparaît comme une archive sensible, un récit pictural des formes de sociabilité et des rythmes urbains de Marrakech. À travers cette proposition, la FNM réaffirme son ambition de rapprocher le public de son patrimoine en valorisant des expressions artistiques issues du quotidien et de la mémoire partagée.

À Tanger, le Théâtre Riad Sultan ouvre l’année sous le signe de la pluralité

À Tanger, le Théâtre Riad Sultan inaugure l’année 2026 avec une programmation dense et plurielle, fidèle à sa vision d’une culture de proximité ouverte au dialogue. Tout au long du mois de janvier, musique, théâtre et rencontres intellectuelles se succèdent, offrant au public des expériences artistiques variées.

La programmation s’ouvre par une soirée musicale consacrée au santour, portée par le musicien irakien Akram Al Iraqi. À travers les maqâms orientaux, l’artiste propose un voyage sensoriel au cœur de la tradition musicale irakienne, célébrant un héritage raffiné et profondément expressif.

Le 16 janvier, une rencontre littéraire autour de l’ouvrage Voces tras las rejas en Marruecos y España de Najwa Rhomija explore les mémoires croisées du Maroc et de l’Espagne. Issu d’un travail universitaire, ce livre met en lumière le rôle de la littérature dans la transmission de la mémoire collective et la construction d’un dialogue fondé sur la justice et la réconciliation.

La scène tangéroise accueille ensuite H’dit Chta, une pièce en darija marocaine qui dissèque, à travers des monologues fragmentés, l’usure du lien, la solitude et l’incommunication. Porté par une mise en scène d’Ayoub El Aiassi et les interprétations de Siham Sandali et Rachid Ali El Adouani, le spectacle explore avec finesse les failles intimes de l’âme humaine. Le mois s’achève par un récital de oud de Mohamed El Achraki, offrant un moment de contemplation musicale où les arts dialoguent dans une même sensibilité.

Arts plastiques: la reconnaissance des talents émergents

À Rabat, la remise des prix de la quatrième édition du Prix national des arts plastiques a mis en lumière la vitalité de la création contemporaine marocaine. En peinture, Rahma Al Hassik s’est distinguée par un Prix d’excellence, tandis qu’Imane Salmi et Ikram Attaqmi, aux côtés d’Ayoub Chaba, ont été salués pour la qualité de leurs démarches artistiques.

La photographie a également occupé une place centrale, avec le premier prix attribué à Miloudi Sattira. Inscrites dans un projet de long terme, ses œuvres interrogent la sécheresse et la rareté de l’eau, abordant l’enjeu environnemental comme une question esthétique et citoyenne. Le Prix national, porté par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, s’inscrit dans une stratégie visant à accompagner les jeunes créateurs de toutes les régions du Royaume, depuis les sélections régionales jusqu’à la reconnaissance nationale.

Fès, la rue comme scène artistique et citoyenne

La neuvième édition du Festival national des arts de la rue s’est ouverte à Fès sous le signe de la diversité et de l’appropriation de l’espace public. Théâtre, cirque, breakdance, rap et graffiti ont investi la ville, transformant places et avenues en scènes à ciel ouvert.

L’événement, placé sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, affirme le rôle des arts de la rue comme miroir des mutations sociales et esthétiques. À travers des spectacles venus de différentes régions, le festival offre un panorama vivant des expressions artistiques contemporaines, tout en soutenant les jeunes talents. Pour les organisateurs, il s’agit de rapprocher l’art du citoyen, de faire de l’espace public un lieu d’échange, de dialogue et de créativité partagée.

Poésie et humanité à l’ère numérique à Rabat

À Rabat, la clôture du 7e Forum Florilège culturel a été marquée par la présentation de deux recueils du poète Karim Baïna. Rencontre avec l’espoir et Algorithmes de la résurrection de l’âme proposent une réflexion poétique sur la condition humaine à l’heure de la numérisation et de l’intelligence artificielle.

Ingénieur de formation et universitaire, Karim Baïna inscrit sa poésie dans un questionnement existentiel profond. Entre fascination technologique et quête spirituelle, ses textes rappellent l’importance de l’âme, de l’espoir et des valeurs humaines dans un monde traversé par les crises. Les intervenants ont souligné la singularité de cette démarche, à la croisée des sciences et de la littérature, offrant une poésie perçue comme un refuge et un appel à la conscience.

Une culture en mouvement, ancrée et ouverte

Pris ensemble, ces événements dessinent les contours d’une scène culturelle marocaine plurielle, attentive à la mémoire tout en interrogeant le présent. Qu’elle s’exprime dans les musées, les théâtres, la rue ou la poésie, la création apparaît comme un espace de transmission, de débat et de résilience. Une culture vivante, profondément enracinée dans le quotidien, qui continue de tisser des liens entre les individus et de donner sens aux transformations de la société.

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