Culture
Le Maroc en Culture : Nouvel An amazigh, intelligence artificielle, patrimoine vivant…
« La décision royale de décréter le Nouvel An amazigh fête nationale et jour férié officiel payé constitue un acte politique et culturel fort. Elle érige Yennayer en moment fédérateur, valorisant un pan essentiel du patrimoine national dans ses dimensions historiques, sociales et symbolique » (Ahmed Boukous)
Rabat, Abou Dhabi, Fès à Essaouira, la culture marocaine s’affirme en ce début d’année comme un espace de convergence entre mémoire, diversité et modernité. La célébration officielle du Nouvel An amazigh, les débats intellectuels sur l’intelligence artificielle et l’identité, ainsi que la multiplication des initiatives patrimoniales et artistiques, consacrent la reconnaissance du pluralisme culturel, l’ouverture sur le monde et la centralité de l’humain.
Le Nouvel An amazigh, symbole d’un modèle marocain assumé
La célébration du Nouvel An amazigh illustre de manière exemplaire la singularité du modèle marocain de gestion de la diversité culturelle et du pluralisme linguistique. C’est ce qu’a affirmé Ahmed Boukous, recteur de l’Institut Royal de la Culture Amazighe, dans un entretien accordé au portail amazigh de l’Agence Maghreb Arabe Presse.
Pour Ahmed Boukous, la décision royale de décréter le Nouvel An amazigh fête nationale et jour férié officiel payé constitue un acte politique et culturel fort. Elle érige Yennayer en moment fédérateur, valorisant un pan essentiel du patrimoine national dans ses dimensions historiques, sociales et symboliques. Cette reconnaissance s’inscrit dans la vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui considère la langue et la culture amazighes comme des composantes indissociables de l’identité nationale.
Une dynamique culturelle portée par les institutions
L’officialisation du Nouvel An amazigh a insufflé une nouvelle dynamique culturelle, renforçant l’attachement des citoyens à leur identité plurielle. Selon Ahmed Boukous, les institutions nationales ont pleinement adhéré à cette célébration, tant au Maroc qu’à l’étranger. Les représentations diplomatiques et consulaires du Royaume jouent désormais un rôle actif dans la promotion de la culture amazighe, contribuant à sa visibilité internationale.
Depuis sa création, l’IRCAM accompagne cette dynamique en organisant colloques, conférences et rencontres scientifiques consacrés à l’histoire, à la sociologie et à l’anthropologie amazighes. Ces initiatives réunissent chercheurs et spécialistes, consolidant une approche savante et inclusive de la culture amazighe, loin de toute folklorisation.
Langue amazighe : avancées concrètes et défis persistants
Ahmed Boukous s’est également félicité des progrès enregistrés dans la mise en œuvre du caractère officiel de la langue amazighe, notamment dans l’enseignement, les médias, la culture et l’administration publique. Ces avancées, bien que réelles, demeurent confrontées à des contraintes structurelles, en particulier le manque de ressources humaines qualifiées pour assurer une généralisation effective.
Dans ce contexte, l’IRCAM poursuit son rôle d’accompagnement scientifique et pédagogique, à travers des formations, des ateliers dédiés à l’alphabet tifinagh et des productions académiques visant à ancrer durablement l’amazigh dans l’espace public.
À Abou Dhabi, penser l’intelligence artificielle à l’aune de l’identité
La réflexion culturelle s’est également projetée au-delà des frontières nationales. À Abou Dhabi, le lancement de l’ouvrage « Esprits numériques et identité renouvelée : études émirato-marocaines sur l’intelligence artificielle et l’innovation » a marqué un temps fort du dialogue intellectuel arabo-arabe.
Organisé au siège de l’Ambassade du Maroc, l’événement a réuni diplomates, universitaires et experts des deux pays. L’ouvrage propose un regard croisé sur les enjeux de l’intelligence artificielle, conciliant progrès technologique, préservation de l’identité culturelle et respect des valeurs humaines.
Une diplomatie du savoir et de l’innovation
S’exprimant à cette occasion, l’ambassadeur du Maroc aux Émirats arabes unis, Ahmed Tazi, a souligné que l’intelligence artificielle ne peut être appréhendée comme un simple outil technique. Elle constitue une question civilisationnelle majeure, appelant une gouvernance fondée sur l’éthique, la dignité humaine et la centralité de l’homme.
Ce travail conjoint, fruit d’un partenariat entre institutions marocaines et émiraties, incarne une diplomatie fondée sur le savoir partagé. Il traduit une relation bilatérale qui dépasse les cadres classiques pour investir le champ de la production intellectuelle et de la réflexion prospective.
Le ministre émirati de la Tolérance et de la Coexistence, Cheikh Nahyan Mubarak Al Nahyan, a salué une œuvre proposant une approche responsable face aux mutations numériques accélérées, articulant innovation et fidélité aux constantes culturelles.
Le patrimoine immatériel au cœur du territoire
Au Maroc, la célébration de Yennayer s’accompagne d’initiatives patrimoniales de terrain. La 11e édition de la Caravane du patrimoine culturel immatériel « Massa N’Tmazirt » relie Rabat à Fès du 13 au 18 janvier. Placée sous le thème du patrimoine amazigh comme levier de développement territorial intégré, cette caravane ambitionne de documenter et de revitaliser les traditions liées à la terre, à l’année agricole et à la mémoire collective.
L’initiative met notamment en lumière des pratiques symboliques comme la Haggouza, tout en rendant hommage à la femme amazighe à travers le personnage de « Massa N’Tmazirt », incarnation de la générosité, de la fertilité et du lien spirituel à la terre.
Création artistique et transmission culturelle
La vitalité culturelle se manifeste également à travers les arts plastiques et la création contemporaine. À Marrakech, le Palais El Badii accueille l’exposition « Mondes cachés » de l’artiste Mourad Boulrbah, proposant une immersion dans un univers abstrait inspiré de la spiritualité soufie et de la mémoire symbolique.
Dans la même ville, le lancement du Prix Moulay Ali Cherif Al Mourrakochi pour la création poétique scolaire traduit une volonté de transmission intergénérationnelle. Destiné aux élèves de la région Marrakech-Safi, ce prix valorise la diversité des expressions poétiques, de l’arabe classique à l’amazigh et au hassani, autour des valeurs de la Sira prophétique.
À Essaouira, l’exposition collective « Tifawin » célèbre la lumière, l’identité et la mémoire à travers les regards croisés d’artistes locaux, inscrivant la création plastique dans le cadre symbolique du Nouvel An amazigh.