Culture
Le Maroc en Culture : peinture introspective, poésie hassanie et modernité musicale…
À la galerie Living 4 Art de Casablanca, l’artiste peintre Rajaa Lahlou invite le public à un voyage intérieur à travers son exposition "Les murmures du silence", ouverte jusqu’au 20 décembre.
Entre Casablanca et Laâyoune, la scène culturelle marocaine a offert, cette semaine, un panorama éclatant de sa vitalité. Trois événements en témoignent : l’exposition intimiste de Rajaa Lahlou, la célébration du verbe hassani à Laâyoune et la fusion musicale audacieuse du premier "Ayta D’Bladi Show". Trois expressions d’un même souffle : celui d’un Maroc qui conjugue mémoire, diversité et création.
Rajaa Lahlou : quand le silence devient couleur
À la galerie Living 4 Art de Casablanca, l’artiste peintre Rajaa Lahlou invite le public à un voyage intérieur à travers son exposition "Les murmures du silence", ouverte jusqu’au 20 décembre. Ce nouvel opus marque une étape de maturité dans le parcours de l’artiste, déjà connue pour ses séries "La quête de soi", "Miroir de l’âme" ou "Renaissance".
Dans cette exposition, la couleur se fait langage. Chaque toile, portée par une harmonie subtile de tons et de contrastes, explore la relation entre l’émotion et la mémoire. "J’aime la langue des ombres et je plonge au plus profond de l’âme pour y chercher la lumière intérieure", confie Rajaa Lahlou. Pour elle, le silence n’est pas absence mais présence, un espace où s’entend la vibration du monde.
"Les murmures du silence" dépasse la proposition esthétique : il s’agit d’une expérience sensorielle et spirituelle, où l’art devient écoute et contemplation. Les nuances y prennent une dimension symbolique — le bleu pour l’apaisement, le rouge pour la passion, le gris pour la mémoire — traduisant une quête d’universalité. À travers cette approche introspective, Rajaa Lahlou confirme une vision où la peinture dialogue avec la philosophie et où le silence devient, lui aussi, un langage.
Laâyoune : la poésie hassanie comme mémoire vivante
Plus au sud, Laâyoune célèbre la 7e édition du Festival du poème bédouin-hassani, organisée par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication à l’occasion du 50e anniversaire de la Marche verte. Cette édition, marquée par la participation d’une cinquantaine de poètes venus des trois régions du Sud, consacre la vitalité d’un patrimoine oral inscrit au cœur de l’identité saharienne.
Le festival rend hommage à une tradition poétique qui fut, selon le directeur régional de la Culture Hammoudi Filali, "la voix des tribus et la conscience de l’homme". À travers les vers chantés et déclamés, se transmettent les valeurs de courage, de fidélité et de liberté, héritées des grandes épopées du désert.
L’événement se distingue aussi par son ouverture : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Mauritanie y sont invités d’honneur, témoignant de la dimension transfrontalière de la culture hassanie. Des concours de poésie patriotique, des débats et des colloques sur la création littéraire complètent le programme, donnant aux jeunes poètes un espace d’expression et de transmission.
Le Département de la Culture entend, par ce festival, encourager la recherche académique et la documentation des œuvres poétiques. En plaçant la poésie hassanie sur la scène nationale, il affirme une volonté claire : préserver un patrimoine immatériel tout en lui offrant une place dans la modernité culturelle du Royaume.
Casablanca : la fusion musicale, entre authenticité et modernité
Toujours à Casablanca, mais dans une tout autre ambiance, le Complexe sportif Mohammed V a vibré au rythme du premier "Fusion Show Ayta D’Bladi". Trois soirées ont rassemblé un public venu célébrer la rencontre entre l’Aïta, pilier du répertoire populaire marocain, et les sonorités contemporaines portées par de nouvelles générations d’artistes.
Sur scène, Abdelaziz Stati, Abdellah Daoudi, Manal Benchlikha et Ibtissam Tiskat ont conjugué tradition et modernité avec une énergie communicative. Le duo Stati-Tiskat a revisité "Laâloua" dans une interprétation mêlant puissance et douceur, tandis que Daoudi et Benchlikha ont proposé une version rythmée et moderne de "Mal Habibi", issue de l’Aïta Rkoub El Khayl.
Pour Abdelaziz Stati, ce projet est "une célébration de l’authenticité et de la modernité", une manière d’ouvrir la musique populaire à de nouvelles formes sans en trahir l’esprit. Même approche chez Ibtissam Tiskat, qui confie avoir vécu "une expérience singulière et un grand honneur" en interprétant pour la première fois un passage d’Aïta. Manal Benchlikha, de son côté, souligne son souci de "préserver l’essence de l’Aïta tout en y apportant sa sensibilité artistique".
Le public a répondu avec ferveur, entonnant les refrains familiers et saluant la modernité des arrangements. En parallèle des concerts, un espace muséal a retracé l’histoire de l’Aïta, ses écoles, ses grandes figures et son rôle dans la mémoire musicale nationale.
Organisé par Public Events, ce premier "Fusion Show Ayta D’Bladi" aura réussi son pari : faire dialoguer générations et styles, dans un hommage vibrant à un art populaire en perpétuelle réinvention.