chroniques
"Le médecin d'Ispahan" de Noah Gordon - Par Dr Samir Belahsen
Au XIe siècle Rob est un garçon orphelin de dix ans dans un petit village de Londres qui possède un don qui lui permet de diagnostiquer des maladies et de prédire des décès. Il se passionne pour la médecine et décide de traverser l’Europe où l'on brûle les sorcières, et l’Empire byzantin pour étudier la médecine à l’École d'Ispahan en Perse
À travers « Le médecin d’Ispahan », Noah Gordon signe une fresque historique et initiatique où se mêlent quête du savoir, aventures humaines et réflexion sur les rapports entre science et religion. En suivant le destin de Rob Cole, jeune apprenti anglais devenu médecin au contact des grandes traditions médicales de l’Orient, le roman, raconte Samir Belahsen, met en lumière le rôle des échanges entre civilisations dans la transmission des connaissances. Entre l’Europe médiévale marquée par l’obscurantisme et la Perse savante d’Ibn Sina, l’œuvre interroge les frontières du savoir, les tensions culturelles et la puissance universelle de la médecine comme langage commun de l’humanité.

Samir Belahsen
« Pour la première fois de sa vie, il était sûr de son désir : devenir médecin. Pouvoir vaincre la mort ! Des idées nouvelles et bouleversantes qui tantôt l’enthousiasmaient et tantôt le mettaient au désespoir. » Extrait.
« La madrassa possède presque cent mille livres ! L'université de Bagdad en a six fois plus, ainsi qu'une école de traducteurs où les livres sont transcrits sur papier dans toutes les langues du califat oriental. Mais nous avons ce qu'ils n'ont pas, dit fièrement Karim en montrant tout un mur consacré aux œuvres d'un seul auteur : Lui ! » Extrait.
Le roman historique de Noah Gordon nous renvoi dans l’Angleterre du 11ème siècle avant de nous proposer un voyage vers d’autres civilisations.
Rob Cole est un jeune homme en quête de savoir, il est rempli du désir de guérir les autres.
On le retrouve dans un monde de sagesse interdite et de pratiques médicales.
Sa rencontre avec un médecin persan lui dévoile les mystères de la science médicale et le pousse vers l'est, vers le meilleur médecin du monde Ibn Sina « le prince des médecins ».
Noah Gordon (1926-2021) est un romancier américain de renom. Il a été journaliste scientifique, directeur de journaux médicaux, il est reconnu pour ses fictions historiques documentés.
Ses principales publications sont « Le diamant de Jérusalem » en 1979, « Le médecin d’Ispahan », traduit par D Rist et S Lamblin en 1990, « Shaman en 1992 », « Dr Cole : une femme médecin de campagne » en 1996 et « le dernier juif » en 2000.
Le médecin d’Ispahan a été adapté au cinéma en 2013 par Philipp Stolzl sous le titre « L’Oracle » avec Tom Payne, Ben Kingsley (Ibn Sina), Stellan Skarsgard...
L’histoire :
Au XIe siècle Rob est un garçon orphelin de dix ans dans un petit village de Londres qui possède un don qui lui permet de diagnostiquer des maladies et de prédire des décès. Au décès de sa mère, il se trouve refuge auprès d'un barbier-chirurgien ambulant nommé Benjamin qui lui apprend les bases de la guérison, il se passionne pour la médecine.
Il décide de traverser l’Europe où l'on brûle les sorcières, et l’Empire byzantin pour étudier la médecine à l’École d'Ispahan en Perse.
Pour faire cette traversée il se déguise en Juif et se fait nommer Jesse. Un périple périlleux où il affronte bandits, maladies et intolérance religieuse.
De Londres à Ispahan, en passant par Constantinople, son périple est chargé de découvertes humaines et médicales.
En Perse, il doit se convertir à l'islam pour être admis à l'école d’Ispahan auprès du Cheikh al-Jahiz.
Quand il tombe amoureux de Maryam, une bibliothécaire Juive, il fait face aux conséquences de leurs croyances différentes… mais l’amour perdure.
A l’école, il découvre l'anatomie humaine et la chirurgie, plus avancées qu’en Europe occidentale.
Il devient, enfin, l'élève d'Ibn Sina (Avicenne), en découvrant la médecine avancée, il découvre aussi les dangers politiques et religieux…
Quand il entreprend avec son mentor, Cheikh al-Jahiz une expédition en caravane vers l'Empire mongol pour guérir le clan du grand Khan d'une mystérieuse maladie, il découvre les conquêtes violentes des Mongols, mais il acquiert une grande expérience avec plusieurs maladies et blessures.
De retour en Europe, il fait face à la méfiance des Européens devant les connaissances médicales avancées venues de l’Orient.
"Le médecin d'Ispahan" et ses méthodes innovantes et non conventionnelles attirent l'attention de personnalités influentes, y compris de la royauté et du Pape.
"Le médecin d'Ispahan" est l'histoire du voyage personnel d'un homme qui traverse des civilisations qui ont souvent eu du mal à s’entendre.
On y trouve aussi l’ébauche d’une réflexion sur le rôle de la médecine : « Les disparus ne reviennent pas, c'est la vie ; mais quelle meilleure raison de vivre que la lutte contre le Chevalier noir ? La médecine, à sa manière, pouvait remplacer une famille perdue. »
L’auteur, Noah Gordon, met en valeur l'importance de la compassion humaine et de l’amour dans toutes les civilisations, de la persévérance et de la quête incessante de connaissance.
Ce roman historique épique, nous invite à réfléchir sur le conflit entre science et religion, sur la quête de la connaissance au-delà des jugements et des différences et sur le choc civilisationnel entre cet Occident médiéval et un Orient plein d'idées brillantes, au XIème siècle.
A travers le voyage périlleux de Rob Cole, Noah Gordon nous indique que la médecine peut aller au-delà des frontières entre les civilisations et des chaînes des préjugés, nous poussant à chercher sans relâche le savoir qui peut sauver.
D'une certaine façon, Rob Cole serait donc, à son temps, ce pont fragile entre un Occident obscurantiste et un Orient progressiste, un Orient de lumières, prouvant que la vraie guérison ne peut venir que du courage de dépasser les vieilles haines et aider les gens.
Mille ans après, Ispahan que l’on surnommait « la moitié du monde », n’est plus citée pour son école de médecine ni pour son architecture fine, ses dômes turquoise, ses ponts et sa rivière…elle n’est plus que la victime d’un régime autoritaire et la cible de la barbarie du XXIème siècle.