Les archives, pilier discret mais vital de la souveraineté et du savoir – Par Abdeljlil Lahjomri

Les archives, pilier discret mais vital de la souveraineté et du savoir – Par Abdeljlil Lahjomri

Les archives, à la croisée des enjeux de consolidation de la mémoire nationale, de renforcement de la bonne gouvernance, d’élargissement du droit d’accès à l’information et de préservation du patrimoine matériel et immatériel.

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 À travers les premières Assises nationales consacrées aux archives, organisées ce mercredi 8 avril 2026 conjointement par l’Académie du Royaume et l’Institution des Archives du Maroc, s’engage une réflexion stratégique sur la mémoire du pays, son histoire et son avenir. Au-delà d’un rendez-vous académique, cet événement consacre les archives, explique Abdeljlil Lahjomri, secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume, comme un enjeu de souveraineté, de gouvernance et de production du savoir, appelant à une mobilisation collective pour préserver, organiser et valoriser un patrimoine documentaire au cœur du projet national.

Abdeljlil Lahjomri

Secrétaire perpétuel de l’Académie du Maroc

La richesse des compétences scientifiques, des expertises professionnelles et des expériences institutionnelles qui se retrouvent aux premières Assises nationales consacrées aux archives au Maroc, confère à ce rendez-vous une profondeur particulière. Elle confirme que réfléchir aux archives revient, au fond, à réfléchir à la nation elle-même : à sa mémoire, à son histoire et à son avenir.

Un enjeu national au cœur de la mémoire collective

À l’heure où la conscience de l’importance de la mémoire dans la construction des nations se renouvelle, et où s’accroît la nécessité de préserver le document en tant que témoin du passé, miroir du présent et instrument d’anticipation de l’avenir, ces premières Assises nationales sur les archives du Maroc s’imposent comme un événement scientifique, intellectuel et national de grande portée.

Elles ne se réduisent pas à une simple rencontre académique. Elles constituent un chantier national ouvert qui réinterroge la question des archives dans ses dimensions civilisationnelle, souveraine et institutionnelle, et l’inscrit au cœur du débat public en tant que fondement de la conscience historique d’une société et de ses mutations.

L’archive, en effet, ne se limite pas à un ensemble de documents conservés sur des étagères dans des dépôts ou, aujourd’hui dans un support informatique. Elle est une mémoire vivante, un système de connaissance et un instrument de souveraineté. Par elle, les nations conservent et documentent les traces de leurs décisions, assurent la continuité de leurs institutions et offrent aux chercheurs, penseurs et historiens une matière première essentielle pour comprendre la société et l’État.

Faire des archives l’objet de premières Assises nationales marque ainsi le passage de cette question de la périphérie administrative au cœur de la réflexion stratégique, et de la gestion technique restreinte à une vision nationale globale.

Des archives au croisement des défis contemporains

Ces Assises revêtent une importance particulière pour les archives du Maroc, à la croisée des enjeux de consolidation de la mémoire nationale, de renforcement de la bonne gouvernance, d’élargissement du droit d’accès à l’information et de préservation du patrimoine matériel et immatériel.

Le Maroc, fort d’un héritage historique ancien et d’une pluralité d’expressions politiques, culturelles et sociales, a un besoin constant de réorganiser sa mémoire écrite, de protéger ses documents et de valoriser ses archives en tant que richesse nationale, au même titre que les autres ressources symboliques et matérielles.

Par ailleurs, les défis induits par les transformations numériques accélérées, ainsi que la fragilité de certains supports et les risques de perte, de fuite ou de détérioration, rendent ce chantier d’autant plus urgent et incontournable.

Un chantier collectif et transversal

Dans cette perspective, ces Assises ouvrent un espace de réflexion collective rigoureuse, réunissant autour de la question des archives l’ensemble des acteurs concernés : chercheurs et historiens, juristes et défenseurs des droits, responsables institutionnels, représentants de la société civile, experts techniques et nouvelle génération de chercheurs.

Cette diversité des profils et des approches constitue sans aucun doute l’une des conditions de réussite de cette rencontre, tant l’archive est, par nature, un objet transversal. Elle se situe à l’intersection de l’histoire et du droit, de l’État et de la société, des enjeux de conservation et d’accessibilité, ainsi que des impératifs de mémoire et des exigences de protection de la vie privée.

C’est dans cet horizon que l’engagement de l’Académie du Royaume du Maroc, en coopération avec l’Institution Archives du Maroc, dans l’organisation de ces Assises, revêt une signification particulière. L’Académie, en tant qu’institution de référence scientifique et intellectuelle de premier plan, forte de son accumulation d’expériences dans l’encadrement de la pensée, de la recherche et du dialogue des savoirs, appréhende les archives comme une question éminemment civilisationnelle et cognitive.

Ainsi, la contribution de l’Académie du Royaume du Maroc à ce chantier scientifique s’inscrit pleinement dans sa mission d’accompagnement des grandes questions nationales, et dans l’encadrement des débats intellectuels liés à l’identité, à la mémoire, au savoir et aux institutions. En accueillant ce débat et en contribuant à son enrichissement, elle affirme que les archives constituent un levier de développement culturel et scientifique, une condition de consolidation de la conscience historique, un facteur d’amélioration de la qualité de la recherche, ainsi qu’un vecteur de développement des politiques publiques liées à la conservation, à la documentation et à la circulation responsable de l’information.

Une dynamique académique au service d’une vision nationale

L’élargissement de la base des participants, notamment par l’implication des universités marocaines et des centres de recherche, ainsi que l’ouverture aux doctorants, confère à ces Assises une dimension véritablement fondatrice.

L’enjeu, aujourd’hui, est de contribuer à l’émergence d’une école nationale de recherche dans le domaine des archives, capable de produire un savoir marocain spécialisé et d’accompagner les mutations juridiques, techniques et institutionnelles que connaît ce secteur.

A ces premières Assises nationales sur les archives du Maroc, il ne s’agit pas seulement d’inaugurer des sessions scientifiques, mais bien d’ouvrir un nouvel horizon de réflexion sur ce que signifie, pour une nation, préserver sa mémoire, protéger ses documents et faire de ses archives un pilier de souveraineté, de connaissance et de droits.

L’espoir est que cette étape aboutisse à un renouvellement de la conscience nationale quant à la place des archives, à l’élaboration de recommandations opérationnelles et à l’instauration d’une dynamique durable faisant des archives un chantier permanent au service de l’État, de la société et de la recherche scientifique.

Car seules les nations qui savent préserver leur mémoire sont en mesure d’écrire leur histoire en pleine conscience, de construire leur avenir avec confiance et de protéger leur identité par la force du savoir et l’authenticité du document.