Culture
Les Chiennes de garde de Dahlia de la Cerda - Par Dr Samir Belahsen
Dahlia de la Cerda est une voix féministe essentielle qui participe à la richesse et à la diversité de la littérature mexicaine contemporaine.
Dans cette lecture de Dahlia de la Cerda, Samir Belahsen explore la puissance littéraire et politique de « Les Chiennes de garde » de l’autrice mexicaine, une œuvre chorale qui donne voix aux femmes marginalisées du Mexique contemporain. À travers treize récits de vies brisées, résistantes et insoumises, l’autrice construit une fresque féministe où la dénonciation de la violence patriarcale se mêle à la célébration de la résilience, de la solidarité et de la responsabilité collective.

Samir Belhasen
“L’admission des femmes à l’égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation, et elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain.” Stendhal
“Femmes, c'est vous qui tenez entre vos mains le salut du monde.” Léon Tolstoï
Dahlia de la Cerda est une écrivaine, philosophe, journaliste et militante féministe Mexicaine, née en 1985. Elle est reconnue pour son engagement militant et ses récits énergiques.
Dahlia de la Cerda est une voix féministe essentielle qui participe à la richesse et à la diversité de la littérature mexicaine contemporaine.
Ses causes concernent la violence subie par les femmes, la maternité et les identités urbaines.
Elle milite au sein de l'organisation féministe « Morras Help Morras. »
Sa singularité, c’est son art de mêler la poésie à la critique sociale, le tout avec un humour noir.
Sa voix singulière incarne une nouvelle génération de femmes des Amériques qui redéfinissent le récit personnel à travers des expériences marginalisées.
Une œuvre, des voix
« Les Chiennes de garde », est une fresque narrative où la voix collective d’un groupe de femmes résilientes et engagées s’élève face aux oppressions systémiques.
« Les Chiennes de garde » a été publié en espagnol en 2022 et traduit en français par Lise Belperron en 2024.
C’est elle qui a traduit « C'est tout pour aujourd'hui. » d’Ana Negri.
Dahlia nous raconte, en treize chapitres, treize femmes qui donnent à voir les réalités sociales, politiques et culturelles du Mexique contemporain : une héritière narco, une migrante, une sorcière, une tueuse à gages, une femme ou foyer puis une trafiquante…
Un Mexique qui les assassine à raison de sept par jour…
Les parcours contrastés révèlent la diversité et la complexité des luttes féminines face aux injustices de la domination patriarcale.
Chaque récit personnel est le prétexte pour l’auteure d’une exploration des enjeux sociaux. Dans chaque chapitre, des femmes marginalisées sont porteuses d’espoir, de résilience et de solidarité agissante.
Chacun des treize chapitres s’articule autour d’événements clés : l’émergence de mouvements de résistance, la confrontation aux violences institutionnelles et l’affirmation d’identités insoumises.
L’auteure nous décrit ces personnages, leur évolution, leur engagement de plus en plus ascendant et surtout leur recherche de sens dans un environnement néfaste.
Elle souligne l’importance de la transmission et de la mémoire dans la quête d’émancipation.
« Toutes les trois heures vingt-cinq, au Mexique, une femme meurt démembrée, asphyxiée, violée, rouée de coups, brûlée vive, mutilée, déchirée par les coups de couteau, les os brisés et la peau couverte de bleus. Le corps d’une femme, d’une femme de plus. Une femme quelconque, une femme sans nom. »
La technique narrative est immersive, évocatrice et incitative. Elle nous plonge dans cet univers où les voix marginalisées de femmes dénoncent, reconstruisent, espèrent et rêvent un avenir de liberté, débarrassé des oppressions passées.
« Les Chiennes de garde » est un récit fort, dense et poignant des combats féminins, célébrant la puissance de la solidarité et la nécessité d’adopter une identité collective face aux défis sociétaux.
L’auteure nous embarque, avec les personnages, dans une réflexion sur les dynamiques sinueuses de pouvoir et d’oppression.
Trois thématiques principales paraissent traverser toute l’œuvre.
La marginalité féminine
Dahlia de la Cerda écrit d’abord pour souligner le rôle déterminant des voix marginalisées, principalement féminines, dans la contestation des structures patriarcales et oppressives. Les laissées-pour-compte sont le levier de transformation sociale.
La responsabilité collective
La notion de responsabilité collective face aux injustices est fondamentale chez Dahlia, la conscience collective est nécessaire à toute lutte contre les systèmes d’injustice.
L’engagement collectif, conscient et partagé pour redéfinir les valeurs sociales et restaurer la justice et l’équité est crucial. La responsabilité ne peut reposer uniquement sur une minorité.
La violence et la résilience féminines
C’est la troisième thématique qui traverse les nouvelles. Elle illustre la capacité des femmes, à travers ses héroïnes, à endurer et à dépasser la brutalité pour bâtir de nouvelles formes d’existence.
L’auteure célèbre la force intérieure que la violence patriarcale a forgée.
Certaines nouvelles insistent sur la dimension identitaire, en soulignant la nécessité de préserver et de réinterpréter les héritages historiques et culturels pour stimuler un processus de reconstruction individuelle et collective.
Dahlia de la Cerda tisse une trame narrative où la dénonciation, la mémoire et la résilience s’entremêlent pour faire face aux oppressions et forger une identité renouvelée.
Dahlia s’appuie sur des images fortes, parfois choquantes, et un récit évocateur, ce qui renforce la puissance de la parole féminine face aux injustices, aux brutalités et aux violences.
Au niveau du style et de la rhétorique de Dahlia, il convient de lui reconnaitre cette utilisation aussi savante qu’intelligente du langage, combinant précision et impétuosité.
L'autrice mêle à sa manière le lyrique et l’analytique, les figures de style sont percutantes. La force argumentative, malgré la densité, mobilise autant l’émotif que le rationnel.
L’emploi des questions rhétoriques provoque l’introspection mais renforce aussi l’appel à l’action.
La répétition et la juxtaposition d’images de choc, comme l’usage de termes fortement chargés, contribuent à susciter la réflexion du lecteur.
« Les Chiennes de garde » est un chant, un cri, polyphonique de femmes qui s'entrelacent pour constituer un vaste chœur universel.
« Les Chiennes de garde » est un appel à la réflexion sur la condition féminine, il donne une voix à celles qui, marginalisées, en sont habituellement privées au Mexique comme ailleurs.