Culture
Les citernes almohades de Sidi Bou Othmane, mémoire de l’eau au Maroc médiéval
L’intégration du site dans le circuit intervient après une étape clé franchie en janvier 2024, lorsque le site a été inscrit sur la liste du patrimoine national, ouvrant la voie à sa reconnaissance institutionnelle et à sa valorisation progressive.
Site emblématique du XIIᵉ siècle, les citernes almohades de Sidi Bou Othmane intègrent les Journées du Patrimoine de Marrakech, consacrées cette année au thème de l’eau. Cette reconnaissance consacre plusieurs années d’efforts pour valoriser un héritage hydraulique remarquable, tout en inscrivant le projet dans une dynamique territoriale fondée sur la préservation, l’éducation et l’engagement communautaire.

Les citernes almohades de Sidi Bou Othmane, situées à une trentaine de kilomètres au nord de Marrakech, dans la province de Rehamna, constituent l’un des témoignages les plus remarquables de l’ingénierie hydraulique médiévale au Maroc
Une reconnaissance pour un patrimoine historique
Les citernes almohades de Sidi Bou Othmane, situées dans la province de Rehamna, feront leur entrée officielle dans le circuit des Journées du Patrimoine de Marrakech à partir de samedi 18 avril 2026. Ce site, datant du XIIᵉ siècle, constitue un témoignage significatif du savoir-faire hydraulique développé sous la dynastie almohade.
Cette intégration intervient après une étape clé franchie en janvier 2024, lorsque le site a été inscrit sur la liste du patrimoine national, ouvrant la voie à sa reconnaissance institutionnelle et à sa valorisation progressive.
Une mobilisation collective et structurée
Ce projet s’inscrit dans une démarche partenariale portée par l’Initiative citoyenne OTED, en collaboration avec la Province de Rehamna et un large réseau d’acteurs institutionnels et académiques. Parmi eux figurent l’Université Mohammed VI Polytechnique, l’Université Cadi Ayyad, l’ANEF, l’OFPPT, ainsi que le Musée de l’Eau et plusieurs départements ministériels.
Cette alliance a permis de structurer une vision partagée autour de l’avenir du site, grâce à une série de concertations multi-acteurs et à l’implication continue des communautés locales.
Une feuille de route orientée vers la valorisation
En juillet 2024, cette dynamique a abouti à l’élaboration d’une feuille de route axée sur trois priorités : la préservation du site, la sensibilisation et la transmission du patrimoine, ainsi que le développement économique local. Cette approche repose sur une forte appropriation par les populations locales, considérées comme des acteurs centraux du projet.
Des actions concrètes ont accompagné cette stratégie, notamment la création de supports pédagogiques destinés aux écoles de la région et l’organisation d’ateliers de sensibilisation pour les élèves et les jeunes du territoire.
Un projet inscrit dans une dynamique territoriale
L’intégration des citernes dans les Journées du Patrimoine marque ainsi une nouvelle étape, en cohérence avec le projet du Rhamna Geopark
Dans une logique d’engagement citoyen, une opération de nettoyage du site a été menée en 2025, mobilisant une centaine de bénévoles. Cette initiative illustre la capacité du projet à fédérer autour de la préservation du patrimoine.
L’intégration des citernes dans les Journées du Patrimoine marque ainsi une nouvelle étape, en cohérence avec le projet du Rhamna Geopark, qui vise à valoriser un réseau de géosites à fort potentiel scientifique, éducatif et écotouristique, selon les standards des UNESCO Global Geoparks.
Au-delà de la mise en valeur du site, cette initiative reflète une approche renouvelée du développement territorial, articulant patrimoine, éducation, participation citoyenne et innovation sociale au service d’une valorisation durable.
Un site du XIIᵉ siècle au cœur du territoire des Rehamna
Les citernes almohades de Sidi Bou Othmane, situées à une trentaine de kilomètres au nord de Marrakech, dans la province de Rehamna, constituent l’un des témoignages les plus remarquables de l’ingénierie hydraulique médiévale au Maroc.
Construites au XIIᵉ siècle sous la dynastie des Almohades, elles s’inscrivent dans un vaste système d’aménagement du territoire visant à sécuriser l’approvisionnement en eau dans des zones semi-arides et à soutenir les axes de circulation stratégiques reliant Marrakech à d’autres régions du royaume.
Une prouesse d’ingénierie hydraulique
Le site correspond à un complexe hydraulique élaboré comprenant plusieurs éléments complémentaires : des barrages de retenue, des conduites d’acheminement et une série de citernes disposées de manière structurée.
Selon les recherches archéologiques, notamment celles menées au XXᵉ siècle, le système comportait neuf citernes parallèles capables de stocker environ 2 130 m³ d’eau.
Ces réservoirs témoignent d’une maîtrise avancée des techniques hydrauliques, avec des voûtes solides et des dispositifs de captage et de conservation de l’eau adaptés à un environnement marqué par la rareté des ressources hydriques.
Au-delà de leur fonction utilitaire, ces citernes jouaient un rôle stratégique. Elles servaient de points d’approvisionnement pour les voyageurs, les caravanes et les troupes circulant entre les grands centres urbains.
Leur implantation correspond à une logique territoriale : elles jalonnaient les routes impériales et structuraient l’espace en créant des haltes intermédiaires dans des zones peu dotées en ressources naturelles.
Redécouverte et études archéologiques
Le site a été redécouvert et étudié de manière approfondie au milieu du XXᵉ siècle, notamment par l’archéologue Charles Allain, dont les travaux ont permis de documenter la configuration du complexe et son importance historique.
Les fouilles ont également mis en évidence des éléments décoratifs, notamment des margelles en poterie estampée, considérées comme parmi les plus riches collections de ce type connues à ce jour.
Au-delà de sa dimension historique, le site des citernes de Sidi Bou Othmane illustre des problématiques toujours actuelles, notamment la gestion de l’eau dans les zones arides. Il rappelle que les sociétés médiévales marocaines avaient développé des solutions techniques durables, adaptées à leur environnement.
Aujourd’hui, leur valorisation s’inscrit dans une approche plus large de développement territorial, combinant patrimoine, éducation et écotourisme, tout en mettant en lumière un héritage scientifique longtemps sous-estimé. (Quid avec MAP)