Lire Lolita à Téhéran d'Azar Nafisi - Par Dr Samir Belahsen

Lire Lolita à Téhéran d'Azar Nafisi - Par Dr Samir Belahsen

Affiche du fil Lire Lolita à Téhéran de d’Eran Riklis tiré du roman éponyme de Azar Nafisi

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Quand lire un roman devient un acte de désobéissance. Dans Lire Lolita à Téhéran, Azar Nafisi raconte comment, au cœur d’un Iran bâillonné par l’idéologie, la littérature s’est muée en refuge clandestin et en arme silencieuse contre l’oppression. Samir Belhasen raconte un roman qui, entre censure, exil intérieur et puissance subversive de l’imaginaire, rappelle une vérité dérangeante pour tous les régimes autoritaires : la fiction, lorsqu’elle circule, ébranle bien plus que les slogans et les discours officiels.

Samir Belahsen

 « Un livre de fiction est dangereux pour un Khamenei ou un Trump »

Azar Nafisi

« Je rêve souvent qu’un nouvel amendement a été ajouté à la constitution, celui du libre accès à l’imagination…Pour avoir une vie pleine, chacun devrait pouvoir façonner et exprimer ses mondes, ses rêves, ses idées et ses aspirations devant les autres »

Azar Nafisi

En 1979, après la chute du Chah, la professeure de littérature revient en Iran avec son mari, pensant que le régime islamiste ne durerait pas.

Licenciée de l'université après son refus de porter le voile, elle crée un groupe de lecture clandestin avec quelques étudiantes pour lire Orgueil et préjugés de Jane Austen, Madame Bovary de Gustave Flaubert et Lolita de Vladimir Nabokov, elles se réunissaient aussi pour ne pas être seules, comme Lolita.

Lolita

Vladimir Nabokov, dans ce roman culte publié en 1955 nous présente une œuvre largement controversée où il traite à sa manière les thèmes de l'obsession, de la pédophilie, de la manipulation. Il y explore la frontière entre l'amour et la perversion.

Dans Lolita, Humbert Humbert, est un intellectuel obsédé par une fillette de 12 ans, qu'il surnomme Lolita. Il va l'épouser et vivre avec elle une relation plutôt malsaine et destructrice.

Le narrateur s’ingénie à nous plonger dans les pensées, pour le moins, tordues de Humbert.

C'est une exploration de la psychologie humaine à travers la société américaine des années 50. Dans "Lire Lolita à Téhéran" d'Azar Nafisi, la lecture est un acte subversif, militant, une façon de défier un régime oppressif où chaque page tournée est une affirmation de soi.

Dans le film éponyme réalisé par Eran Riklis, le douanier exprime son dégoût en touchant le roman de Nabokov...

Nafisi lui expliqua : c’est un roman…

Dans ce contexte de répression où la liberté d'expression est anéantie, la littérature devient un sanctuaire pour l'esprit, un levier pour l'affirmation identitaire et une lutte contre "l'assoupissement de la conscience".

Nafisi nous invite à voir comment au cœur d'un Iran soumis aux dogmes rigides des mollahs les mots, les récits et la littérature agissent comme des boucliers contre l'oppression.

Elle met en lumière ce lien puissant entre littérature et résistance posant ainsi la question fondamentale et éternelle :

Comment la lecture peut-elle éveiller une conscience critique et ouvrir des espaces de liberté ?

 La clandestinité éclairante

 "Lire Lolita à Téhéran" nous plonge dans un univers autobiographique de Nafisi où un groupe de femmes unies par un amour commun pour la littérature se retrouve dans l'ombre pour discuter d’œuvres interdites.

À travers leurs échanges secrets elles s'efforcent de préserver leur liberté de pensée cultivant leur individualité face à une société qui cherche à les réduire au silence. Nafisi dépeint un parcours où chaque rencontre devient une tentative de résistance mêlant réflexions littéraires et souvenirs personnels.

La force de cette œuvre réside dans sa capacité à démontrer comment la littérature, loin d’être un simple divertissement, se transforme en un acte de défi, de solidarité et de préservation de l’humanité face à la brutalité d’un régime autoritaire. Une fois Nafisi en exil, c’est l’acte d’écrire qui prend le relai…

Entre liberté et résistance 

C’est un plaidoyer pour la libération par la lecture, dans un contexte oppressif.

Nafisi explique comment la connaissance, sous un régime totalitaire, devient un véritable espace de liberté insoupçonné. La littérature offre un refuge où la pensée critique peut s'épanouir, même quand la censure est omniprésente.

Elle conte comment chaque lecture devient pour ces jeunes femmes un acte de résistance qui leur permet de cultiver leur individualité face à une société qui les réduit au silence.

Pour Azar et ses étudiantes c’était leur manière, à elles, de revendiquer une place dans un monde qui cherche à les effacer.

La littérature, refuge contre l’oppression 

La littérature se révèle comme une arme, un moyen de résistance contre l’oppression. C’est ce pouvoir cathartique, libérateur et purificateur de la lecture qui permet à ces jeunes femmes de transcender leur réalité et d'entretenir une vision alternative du monde.

Ce combat intellectuel, loin d’être accessoire, s’inscrit au cœur de la lutte pour la liberté et la dignité.

La littérature, appel à l'action 

Lire Lolita à Téhéran nous rappelle que la lecture, n’est pas un simple loisir mais un acte de résistance et de libération.

Il s'agit de dévoiler le pouvoir changeant des mots, leur capacité à faire grandir la pensée critique et à protéger la liberté.

Quand l'oppression veut faire taire, chaque acte de lire devient un geste de courage engagé, de bravoure militante.

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