Culture
Luis Gonzales Posada, une entrée à l’Académie du Royaume marquée par le dialogue par-dessus l’Océan
Abdejlil Lahjomri, secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume accueillant comme nouveau membre de l’Académie du Royaume le Péruvien Luis Gonzales Posada, ancien président du Congrès péruvien, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien ministre de la Justice
La 51e session de l’Académie du Royaume du Maroc, consacrée aux relations entre intelligence artificielle et humanités, a été marquée par l’installation de sept nouveaux membres issus de différents horizons. Parmi eux, le Péruvien Luis Gonzales Posada, ancien président du Congrès péruvien, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien ministre de la Justice, dont le parcours politique, diplomatique et intellectuel a été présenté par le secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume comme un exemple d’engagement en faveur du droit, de la démocratie et du dialogue international, dans un contexte d’appel au renforcement de la coopération entre le Maroc et le Pérou. Dans ce discours d’investiture, Abdeljlil Lahjomri a mis en avant les convergences entre le Maroc et le Pérou, deux pays séparés par l’océan mais rapprochés par des trajectoires historiques, culturelles et des enjeux communs liés au développement et à la coopération Sud-Sud.
Un parcours politique et diplomatique ancré dans le droit
C'est un privilège exceptionnel et une grande joie pour moi, d’accueillir aujourd’hui parmi nous Monsieur Luis Javier Gonzales Posada, une personnalité éminente de la vie publique et intellectuelle du Pérou, dont le parcours se situe à l'intersection du droit, de la diplomatie et de la réflexion politique illustrant brillamment cette loyauté envers les institutions qui nourrit l'espoir d'un ordre international plus équitable.
Accueillir un homme d'État, c'est toujours recevoir une mémoire vivante. Mais accueillir un homme qui a su allier l'exercice du pouvoir à un souci constant du respect de la loi, c'est saluer en lui une conscience, qui n'a jamais cessé de placer l'action sous l'égide du droit et la décision dans la recherche de l'équilibre. Votre parcours, Monsieur le Président, incarne un engagement profond envers la démocratie parlementaire, envers la primauté de la loi. Il nous rappelle, surtout, que la politique n'est pas l'art de flatter les passions, mais bien l'exigeante tâche de leur donner forme et mesure.
Il est les distances géographiques qui dissimulent des parentés invisibles. Le Maroc et Le Pérou : deux mondes, séparés par un océan, et pourtant si proches. Ils partagent une même expérience, faite de défis. Celle d’une culture plurielle, née du métissage. Celle d’héritages précoloniaux. Celle, aussi, d’une rencontre parfois douloureuse avec la modernité européenne, et d’une volonté tenace d’en faire une force pour demain. Les Andes et l’Atlas, le Machu Picchu et Chella, les mondes inca et amazigh, les échos d’Al-Andalus et les empreintes ibériques… Ils tissent une géographie de l’âme où la mémoire est une source vive.
Nos deux pays comprennent ce délicat équilibre : accueillir l’autre sans se perdre. Dans ce dialogue muet entre les montagnes et les océans, une diplomatie discrète est déjà à l’œuvre. Une reconnaissance qui devance les traités.
A titre d’exemple, comparer Machu Picchu et Chella, ce n’est pas simplement opposer un site mondialement célèbre à un autre plus discret. C’est écouter la résonance de deux lieux où la pierre, l’eau et la hauteur racontent une histoire humaine. L’un, perché à 2 430 mètres dans les Andes, fut une citadelle inca. L’autre, veillant sur l’Atlantique près du fleuve Bouregreg, porte les traces des Phéniciens, des Romains et des Mérinides. Pourtant, tous deux témoignent d’une même sagesse : on ne choisit pas un site pour le dominer, mais pour entrer en dialogue avec lui.
Ces deux lieux partagent aussi une dimension sacrée, discrète mais tenace. Machu Picchu, centre cérémoniel et observatoire du ciel, sculptait le cosmos dans la pierre. Chella, nécropole et site antique, lie la mémoire des souverains à l’eau vive, ces passerelles entre le visible et l’invisible. L’un élève le regard vers les sommets, l’autre l’attire vers la profondeur des sources. Mais tous deux invitent au silence, à la lenteur, à une forme d’écoute.
Dans le dialogue entre le Pérou et le Maroc, ils peuvent devenir des symboles d'un patrimoine vivant, d'une sagesse ancienne du territoire, d'une responsabilité partagée envers l'avenir. Préserver le Machu Picchu ou Chella, c'est affirmer que le développement n'a de sens que s'il s'enracine dans la conscience du temps long et que la paix universelle commence peut-être par le respect des lieux où les civilisations ont appris à se comprendre elles-mêmes.
Votre itinéraire personnel, Monsieur le Président, s’inscrit dans cette tradition latino-américaine où le juriste n’est pas seulement un technicien de la norme mais un gardien de la cité. Né le 30 Juillet 1945 dans la province de Pisco, département d’Ica, vous êtes le fils de l’avocat et dirigeant apriste Carlos Gonzales Posada et de Zully Eyzaguirre. Votre père s’est distingué très tôt dans la vie publique péruvienne, notamment lors de la révolte étudiante du 23 mai 1923, épisode qui témoigne de l’engagement précoce de votre famille en faveur des idéaux démocratiques. Persécuté et emprisonné pour ses convictions politiques, il occupa par la suite la fonction de directeur général de l’Assurance des travailleurs sociaux et contribua à l’élaboration de lois fondatrices.
Dès votre plus jeune âge, vous avez baigné dans un environnement où la politique ne se résumait pas à une simple lutte d’influence, mais relevait d’un véritable engagement envers la société. Cette exigence a naturellement marqué votre parcours intellectuel. Après des études au Collège Clarétain puis au Collège militaire Leoncio Prado, vous avez rejoint les facultés de Lettres et de Droit de l’Université nationale majeure de San Marcos, l’une des plus anciennes et des plus renommées du continent américain. Élu représentant des étudiants au sein du tiers supérieur de l’université, vous avez soutenu avec succès une licence dont le mémoire portait sur les 200 milles de mer territoriale, un sujet qui révélait déjà votre intérêt pour les enjeux internationaux et la souveraineté maritime. Vous avez ensuite obtenu votre titre d’avocat, achevant ainsi une formation ancrée dans la rigueur et l’ouverture sur le monde.
Votre famille elle-même illustre une forte tradition de service public. Votre sœur Consuelo Gonzales Posada fut l’épouse du général Juan Velasco Alvarado et première dame du Pérou. Une autre de vos sœurs, Bertha González Posada, députée reconnue pour son travail parlementaire, contribua à des avancées législatives majeures en faveur des droits des femmes : création du poste de Commissaire aux femmes, loi reconnaissant les femmes au foyer comme travailleuses indépendantes intégrées au système de sécurité sociale.
En 1972, vous avez épousé Marilú de Cossío de Vivanco, fille de l’ambassadeur José Luis de Cossío y Ruiz de Somocurcio. Votre épouse s'est engagée avec un dévouement exceptionnel auprès de l'Institut Mundo Libre, que vous présidez. Cette organisation vient en aide aux enfants des rues confrontés à la toxicomanie. Son action a été saluée à plusieurs reprises sur la scène internationale, notamment par le Prix international de la Fondation panaméricaine pour le développement à Washington, le Prix des Nations Unies – Vienne pour la société civile en 2001, ainsi que par la Médaille de la ville de Lima et une décoration du Congrès du Pérou.
À vos côtés, vous formez une famille de cinq, avec vos trois enfants : Ananú, Javier et Diego Gonzales Posada de Cossío. Cet ancrage familial et cet engagement partagé apportent une profondeur singulière à votre parcours public.
Ce parcours politique et diplomatique, pour sa part, illustre une fidélité sans faille au service de l’État. Le 28 juillet 1985, vous êtes nommé ministre de la Justice dans le premier gouvernement du président Alan García, fonction que vous exercez jusqu’en 1986. Vous êtes ensuite nommé représentant permanent du Pérou auprès de l’Organisation des États Américains, où vous contribuez activement aux débats diplomatiques continentaux. En 1988, vous accédez à la fonction de ministre des Affaires étrangères, que vous occupez jusqu’en mars 1989.
Votre parcours diplomatique se poursuit lorsque le secrétaire général de l’OEA (l’Organisation des États Américains) vous confie la direction du bureau de cette organisation au Venezuela. Mais votre engagement pour la démocratie connaît aussi des épreuves : en 1992, à la suite de l’autogolpe qui bouleverse les institutions péruviennes, vous êtes publiquement contraint de quitter vos fonctions.
De retour à Lima, le prestigieux barreau de la capitale vous confie la présidence de sa Commission des affaires étrangères, une responsabilité que vous endosserez pendant cinq années consécutives. Durant ce mandat, vous vous distinguez par un travail remarquable, notamment en défendant la position péruvienne dans le conflit l’opposant à l’Équateur. Vous publiez à cette occasion un avis historico-juridique qui fera date sur la question. En reconnaissance de cet engagement, le barreau vous décernera par la suite sa plus haute distinction : le prix « Vicente Morales Duárez ».
Votre parcours parlementaire prend véritablement son essor lorsque vous êtes élu député d'Ica en 2001, puis réélu en 2006. Au Congrès, vous avez présidé plusieurs commissions clés, notamment celles des Affaires étrangères, de la Défense nationale, de l'Ordre intérieur, de la Lutte contre la drogue et de la Protection civile.
Le 27 juillet 2007, vous accédez à la présidence du Congrès de la République du Pérou, un mandat que vous exercez jusqu'en juillet 2008. Cette période reste marquée par votre mobilisation en faveur des victimes du séisme qui a frappé le sud du pays. Sous votre impulsion, des lois d'aide aux régions sinistrées ont été adoptées rapidement et à l'unanimité. Vous avez également lancé la campagne nationale « Voir pour croire », offrant des opérations ophtalmologiques à 1 500 personnes dans le besoin. Des collectes massives ont par ailleurs permis d'acheminer des centaines de tonnes de nourriture, de vêtements et d'eau vers les zones affectées.
Votre présidence s'est aussi illustrée par des actions concrètes en faveur de l'inclusion sociale : introduction de la langue des signes sur la chaîne du Congrès, installation d'une rampe d'accès électrique pour les personnes à mobilité réduite, et création du premier centre éducatif pour 300 enfants sourds, nommé « Ludwig van Beethoven ».
Sur le plan diplomatique, vous avez contribué de manière décisive à soutenir la position péruvienne devant la Cour internationale de Justice dans le différend maritime avec le Chili, une expérience que vous relatez dans votre livre « La Haye, décision historique ».
Votre héritage législatif est tout aussi significatif. Vous avez œuvré pour l'adhésion du Pérou à la Cour pénale internationale et porté plusieurs lois majeures, dont celles ayant permis la réintégration de diplomates injustement écartés.
Parmi les textes législatifs qui ont marqué cette période, on retrouve notamment la loi sur l'asile politique – une avancée significative dans le domaine du droit international –, la loi relative au droit de refuge, ou encore la loi qui a instauré la journée des défenseurs de la démocratie. S’y ajoutent des mesures concrètes telles que la loi qui a interdit la consommation de tabac dans les lieux publics.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon le rapport officiel de la Direction générale du Parlement, vous avez occupé la première place parmi les 120 législateurs de la période 2006-2011 pour le nombre de projets de loi transformés en normes juridiques effectives. Votre contribution au développement institutionnel du Pérou a été saluée à de multiples reprises, comme en témoignent la médaille d’or du service diplomatique, le titre de professeur émérite de l’Académie diplomatique du Pérou, plusieurs décorations des forces armées et de la police nationale, ou encore le doctorat honoris causa décerné par l’Université San Luis Gonzaga d’Ica.
Votre engagement dépasse largement le cadre politique. Vous êtes aussi un intellectuel de terrain, avec cinq livres à votre actif qui explorent les relations internationales, la géopolitique de l'Amérique latine, les enjeux de sécurité régionale, les transformations politiques du Pérou et les grands mouvements qui façonnent notre époque. En parallèle, vous tenez une chronique hebdomadaire dans le journal Expreso, où vous analysez l'actualité et alimentez le débat d'idées. À travers vos écrits, on découvre cette conviction forte : une démocratie ne s'épanouit vraiment que là où la discussion et l'argumentation restent vivantes.
Vers une coopération intellectuelle et stratégique élargie
Cette vision rejoint pleinement la vocation de notre Académie. Fondée pour penser dans la longue durée, elle s’efforce de faire dialoguer les disciplines, de créer un espace où la science, la culture et l’éthique se rencontrent. L’Académie n’est pas un sanctuaire isolé du monde ; elle est un laboratoire de lucidité, un lieu où la réflexion éclaire l’action publique sans s’y subordonner, où l’exigence intellectuelle nourrit l’engagement politique sans le contraindre.
Nos relations bilatérales, encore trop peu explorées au regard de leur potentiel, reposent pourtant sur des convergences évidentes. Le Pérou et le Maroc partagent une appartenance au Sud global qui n’est pas une catégorie de dépendance mais un espace de propositions. Tous deux sont engagés dans des stratégies de développement durable, dans la valorisation de leurs ressources naturelles, dans la promotion d’une économie ouverte mais régulée. Tous deux ont compris que la stabilité institutionnelle est la condition première de la croissance, et que la paix sociale ne se décrète pas : elle se construit par l’éducation, par la justice, par l’inclusion.
Dans un monde de plus en plus divisé, où les tensions géopolitiques risquent de remplacer le dialogue par la logique des blocs, nos nations ont une opportunité unique : incarner une troisième voie. Celle d’un multilatéralisme rigoureux, ancré dans le respect du droit international et dans la recherche patiente de compromis.
Mais cela va bien au-delà du simple renforcement des échanges commerciaux ou de la multiplication des visites officielles. Il s’agit de construire, pas à pas, une coopération intellectuelle et culturelle profonde, capable de jeter les bases d’une paix universelle. L’histoire nous l’a montré : les crises les plus graves prennent souvent racine dans une incompréhension mutuelle. Là où les idées circulent, la méfiance s’estompe ; là où intellectuels, culturels, artistes et chercheurs collaborent, les préjugés finissent par s’effondrer.
J’espère que votre présence ici aujourd’hui marquera le début d’un nouveau chapitre : celui d’échanges académiques plus riches, de programmes communs en matière de gouvernance démocratique, et de recherches partagées sur la gestion de la diversité culturelle et linguistique. Nous avons tant à apprendre de l’expérience péruvienne en matière de décentralisation et de valorisation des cultures nationales. De notre côté, nous sommes prêts à partager notre expérience sur la coexistence des langues.
La paix universelle, notion qui peut parfois paraître abstraite, prend toujours corps dans des actions concrètes : un accord scientifique signé, un colloque organisé ensemble, des bourses accordées à des étudiants, une œuvre traduite, un projet commun sur la transition énergétique ou la protection des océans. C’est par ces gestes, à notre échelle, que nous la construisons.
Nos deux pays sont maritimes par vocation et par imagination ; ils savent que la mer sépare et relie tout à la fois. Entre l’Atlantique et le Pacifique, il existe une continuité d’eau qui rappelle l’unité de la planète. À l’heure où les défis climatiques exigent des réponses coordonnées, une coopération sud-sud renouvelée peut apporter des solutions adaptées à nos réalités. Aujourd'hui, le monde redécouvre le rôle crucial des océans. Comme l’a précisé Sa Majesté Le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, dans son discours adressé aux participants au Sommet « L’Afrique pour l’Océan » : « L’environnement est un pilier majeur de la gouvernance océanique, mais il n’en est pas l’unique facette. L’océan, c’est notre souveraineté alimentaire, notre résilience climatique, notre sécurité énergétique et notre cohésion territoriale. Il renvoie à ce que nous sommes, à ce que nous consommons, à ce que nous exploitons et par conséquent, à ce que nous léguerons. ». Fin de citation de Sa Majesté Le Roi Mohammed VI.
Qu'il s'agisse de nourrir les populations, de transporter l'énergie, de préserver la biodiversité ou de réguler le climat, leur importance est vitale, se sont le poumon bleu de la terre. Mais ces vastes étendues qui couvrent plus des deux tiers de la planète, sont également le théâtre de défis majeurs : surpêche, pollution plastique, acidification des eaux, rivalités stratégiques et vulnérabilité des câbles sous-marins qui relient le monde numérique. Ils sont à la fois un trésor de vie et une source de tensions croissantes. Dans ce contexte, la coopération entre les nations maritimes du Sud devient plus essentielle que jamais.
Notre pays a fait de l'économie bleue une priorité stratégique, modernisant ses ports, structurant une filière pêche durable et préservant ses écosystèmes côtiers. Le Pérou, quant à lui, dispose grâce au courant de Humboldt d’un littoral exceptionnellement riche et d’une expertise reconnue en gestion des pêcheries.
Ensemble, nous pourrions porter une vision plus large du développement maritime, qui dépasse la simple exploitation des ressources. Il s’agirait de comprendre et de protéger l’océan, en alignant nos efforts sur l’Objectif de Développement Durable n°14 des Nations unies. Nos deux nations pourraient ainsi jouer un rôle moteur au sein du Sud global.
Cette coopération pourrait prendre plusieurs formes : des programmes de recherche communs sur la biodiversité et le climat, un partage d’expertise sur la gouvernance des pêches et la lutte contre la pêche illicite, et enfin, un travail conjoint sur la transition énergétique, notamment autour des énergies marines renouvelables.
Les océans ont toujours été bien plus que de l’eau : ce sont des routes vivantes où circulent les idées, les langues, les savoir-faire. L’Atlantique a marqué la mémoire du Maroc ; le Pacifique façonne l’imaginaire du Pérou. Aujourd’hui, une diplomatie maritime commune pourrait ouvrir la voie à des forums universitaires, à des chaires partagées sur le droit de la mer, à des échanges concrets entre nos ports et nos chercheurs.
Dans un monde où les grandes puissances investissent massivement dans l’exploration des fonds marins et le contrôle des routes océaniques, les pays du Sud doivent s’unir pour défendre leurs intérêts et promouvoir une gouvernance plus juste.
Mais au-delà de la stratégie, il y a une question d’éthique. L’Anthropocène nous force à revoir notre rapport à la mer : l’océan n’est pas une poubelle sans fond. La montée des eaux menace des villages côtiers, la disparition des coraux bouleverse des écosystèmes entiers, le plastique envahit même les abysses. Dans ce contexte, coopérer n’est plus une simple option, c’est un impératif, une responsabilité collective.
Dans cette perspective, la présence parmi nous d’un homme d’État comme vous Monsieur le Président, dont l’un des premiers écrits s’intitule « 200 000 miles de mer territoriale » et dont l’expérience diplomatique et parlementaire s’est exercée dans un pays profondément lié à son littoral pacifique, peut ouvrir des passerelles nouvelles. La diplomatie parlementaire, que vous avez pratiquée au plus haut niveau, peut devenir un levier pour promouvoir des accords bilatéraux ou multilatéraux sur la protection des océans, pour soutenir des initiatives régionales en matière de sécurité maritime, pour encourager une coordination accrue dans les enceintes internationales traitant du droit de la mer.
En partageant une vision commune pour l'avenir des océans, Le Maroc et le Pérou peuvent replacer la mer au cœur d’un humanisme renouvelé. Un humanisme qui reconnaît la fragilité des écosystèmes, qui pense aux générations futures, et qui voit la protection des mers comme un gage de paix. Car tout est lié : les courants transportent autant la vie que les conséquences de nos choix. Coopérer pour les océans, c’est accepter cette interdépendance profonde qui nous unit.
Ainsi, l’investiture que nous célébrons aujourd’hui peut aussi être l’amorce d’un dialogue stratégique sur la mer, sur ses ressources, sur ses vulnérabilités, sur ses promesses. Deux pays marins qui unissent leurs expertises et leurs volontés peuvent peser davantage dans la définition des normes internationales, proposer des modèles de développement durable adaptés aux réalités du Sud, et affirmer que la paix universelle passe aussi par une gouvernance éclairée des océans.
Votre engagement constant en faveur du dialogue parlementaire international résonne particulièrement dans cette enceinte.
Permettez-moi, Monsieur le Président, de souligner enfin la dimension humaine de cette rencontre. L’amitié entre les peuples naît d’une estime réciproque, d’une admiration pour les réussites de l’autre et d’une empathie pour ses épreuves. Le Maroc et le Pérou ont connu des transitions complexes ; ils ont aussi démontré une résilience remarquable.
En vous recevant comme membre de notre Académie, nous affirmons une volonté de dialogue transcontinental et la conviction que la pensée et l’action peuvent s’éclairer mutuellement.
Puissiez-vous trouver ici une maison intellectuelle fraternelle, attentive à vos analyses, désireuse d’apprendre de votre expérience et prête à construire avec vous des projets concrets au service de la paix et du développement. Que cette investiture soit le signe d’un engagement partagé : promouvoir un humanisme actif, défendre la primauté du droit et croire, malgré les ombres du temps, en la capacité des nations à coopérer pour le bien commun.
En votre personne, Monsieur le Président Luis Javier Gonzales-Posada, nous saluons un homme d’État, un juriste, un diplomate, un intellectuel engagé et désormais un confrère.