Culture
Marrakech en lumière : un jury d’exception et des parcours qui racontent le cinéma mondial
Jenna Ortega est devenue l’un des visages les plus identifiés de la nouvelle génération américaine. Son rôle de Mercredi Addams dans la série de Tim Burton lui a valu plusieurs nominations prestigieuses, illustrant sa capacité à incarner des personnages complexes
À l’approche de sa 22e édition, le Festival international du film de Marrakech dévoile un jury d’une grande diversité artistique, présidé par le cinéaste coréen Bong Joon Ho. Les biographies détaillées des membres soulignent la vitalité d’un cinéma mondial en constante mutation, où dialoguent générations, esthétiques et géographies. L’édition 2025 s’annonce comme un espace de rencontres créatives, révélateur des nouvelles voix du cinéma.
Un jury pluriel pour une compétition dédiée aux talents émergents
Le Festival international du film de Marrakech a annoncé la composition du jury de sa 22e édition, prévue du 28 novembre au 6 décembre 2025. Huit personnalités du cinéma mondial, issues de quatre continents, évalueront quatorze premiers et seconds longs métrages en compétition officielle. Ce choix traduit la volonté du Festival de valoriser les nouvelles écritures et de croiser les sensibilités qui redessinent les frontières du cinéma contemporain. Le réalisateur coréen Bong Joon Ho, auteur de Parasite, Palme d’or et quadruple Oscar, présidera cette édition. Son œuvre, connue pour son regard social affûté, son humour noir et son sens de la mise en scène, a renouvelé l’équilibre entre cinéma d’auteur et cinéma grand public.
Autour de lui siégeront des créateurs aux univers contrastés. Le Brésilien Karim Aïnouz, dont les films interrogent identité et mémoire, le Marocain Hakim Belabbes, figure d’un cinéma introspectif attaché aux récits intimes, et la Française Julia Ducournau, Palme d’or pour Titane, composent un premier noyau artistique solide. À leurs côtés, l’acteur et réalisateur iranien Payman Maadi, révélé dans Une séparation, l’actrice américaine Jenna Ortega, désormais associée à une nouvelle génération de talents hollywoodiens, la cinéaste canadienne Celine Song, acclamée pour Past Lives, ainsi que l’actrice anglo-argentine Anya Taylor-Joy, dont les rôles ont marqué aussi bien le cinéma indépendant que les grandes productions. Selon les organisateurs, cette composition reflète l’ambition du Festival de rester un lieu d’échanges et de circulation des idées. Le palmarès sera révélé lors de la cérémonie de clôture le 6 décembre.
Bong Joon Ho, président du jury: une œuvre qui interroge le monde
Présider le jury de Marrakech revient cette année à Bong Joon Ho, cinéaste majeur de la scène internationale. Depuis Barking Dogs Never Bite en 2000 jusqu’à Parasite en 2019, son parcours dessine une vision précise des mécanismes sociaux et des tensions humaines. Memories of Murder a marqué une génération par sa relecture ironique et sombre d’une affaire criminelle non résolue. The Host a détourné les codes du film de monstre pour livrer une critique sur l’autorité et la responsabilité collective. Mother a exposé une relation mère-fils dans un récit dense, entre drame et thriller. Avec Snowpiercer, il proposait un huis clos futuriste où les survivants d’un monde glacial se retrouvent enfermés dans une lutte de classes sur rails. Okja, comédie politique et fable moderne, oppose une jeune fille à une multinationale obsédée par le profit. Parasite, synthèse de deux décennies d’exploration sociale, a permis d’inscrire le cinéma coréen au premier rang mondial. Mickey 17, son dernier film, poursuit ce dialogue ininterrompu entre critique sociale et audace formelle.
Karim Aïnouz, une esthétique sensible entre mémoire et transformation
Réalisateur brésilien d’origine algérienne, Karim Aïnouz construit depuis plus de vingt ans une œuvre qui interroge l’intime, la mémoire et les ruptures sociales. Découvert avec Madame Satã en 2002, il a depuis signé des films où la question de l’identité se décline sous des formes multiples. La Vie invisible d’Euridice Gusmão, récompensé à Cannes, explore la sororité contrariée dans le Brésil des années 1950. Ses documentaires Nardjes A. et Marin des Montagnes s’inscrivent au croisement du politique et du personnel, captant des instants de transition. Dernièrement, ses films Le Jeu de la Reine et Motel Destino ont été sélectionnés en compétition officielle, confirmant son installation durable dans le paysage cinématographique mondial.
Hakim Belabbes, la mémoire comme matière filmique
Le Marocain Hakim Belabbes s’est imposé comme l’un des cinéastes les plus attentifs aux récits intimes, aux souvenirs et aux gestes qui façonnent l’expérience individuelle et collective. Ses films Les Fibres de l’âme, Fragments ou encore Rêves ardents témoignent d’un travail minutieux sur la mémoire. Son style associe observation, poésie et sobriété narrative. Parallèlement, il joue un rôle important dans la formation et la transmission. Enseignant aux États-Unis avant de fonder le Sahara Lab au Maroc, il accompagne les jeunes cinéastes et développe des espaces d’expérimentation. Depuis 2023, il dirige l’Institut Supérieur des Métiers de l’Audiovisuel et du Cinéma (ISMAC) à Rabat, consolidant son engagement auprès des nouvelles générations.
Julia Ducournau et les nouvelles écritures du cinéma français
Julia Ducournau est l’une des voix les plus singulières du cinéma français contemporain. Junior l’avait révélée avec un ton déjà affirmé. Grave, son premier long métrage, a surpris par sa liberté formelle et la radicalité de son récit, tout en remportant le Prix FIPRESCI. Titane, Palme d’or en 2021, a confirmé son goût pour les sujets transgressifs. Son cinéma, souvent catalogué dans les genres, explore avant tout la transformation des corps, la métamorphose et le rapport complexe à la norme. En 2025, elle présente Alpha, son troisième film, dans un contexte où le cinéma d’auteur français cherche à renouveler ses codes.
Payman Maadi, de la scénarisation iranienne à la reconnaissance mondiale
Payman Maadi a débuté comme scénariste avant de se détourner vers l’interprétation. Révélé grâce à À propos d’Elly puis Une séparation, il s’est imposé comme acteur capable d’incarner des personnages situés entre vulnérabilité et loyauté. Son rôle dans Opponent en 2023 lui vaut de nouveaux éloges. À Hollywood comme dans le cinéma indépendant, il navigue entre projets d’envergure et films intimistes. En parallèle, il réalise ses propres long-métrages, affirmant sa maîtrise d’un cinéma sensible et direct.
Jenna Ortega, symbole d’une nouvelle génération hollywoodienne
Jenna Ortega est devenue l’un des visages les plus identifiés de la nouvelle génération américaine. Son rôle de Mercredi Addams dans la série de Tim Burton lui a valu plusieurs nominations prestigieuses, illustrant sa capacité à incarner des personnages complexes. Elle alterne films indépendants et productions plus visibles, passant de Death of a Unicorn à des projets avec Trey Edward Shults ou Brian Helgeland. Elle apparaîtra prochainement dans Klara and the Sun de Taika Waititi, confirmant sa place parmi les actrices montantes de Hollywood.
Celine Song, une écriture émotionnelle au cœur du cinéma contemporain
La scénariste et réalisatrice Celine Song a rapidement trouvé sa place dans le paysage international. Son premier long métrage, Past Lives, nommé aux Oscars, l’a imposée comme l’une des voix les plus prometteuses du cinéma nord-américain. Son second film, Materialists, explore les aspirations d’une jeune entremetteuse new-yorkaise, abordant les contradictions affectives et sociales d’une métropole en mouvement. Son travail se distingue par un équilibre subtil entre émotion, humour et profondeur psychologique.
Anya Taylor-Joy, entre cinéma d’auteur et univers hollywoodiens
Anya Taylor-Joy s’est révélée dans The Witch avant de connaître une reconnaissance mondiale grâce à son rôle dans Le Jeu de la dame. Sa carrière lui permet d’alterner blockbusters et productions indépendantes. Elle s’illustre dans Le Menu, L’Homme du Nord, Split et des films grand public comme Super Mario Bros. Elle apparaîtra dans Dune, troisième partie, ainsi que dans de nouveaux projets portés par Romain Gavras ou Taika Waititi. Sa présence dans le jury témoigne de l’importance des actrices capables de naviguer entre plusieurs univers cinématographiques.
Un festival en phase avec les mutations du cinéma mondial
En réunissant ces parcours singuliers, la 22e édition du Festival international du film de Marrakech s’affirme comme un espace où se rencontrent formes, esthétiques et générations. Le choix des membres du jury illustre la volonté d’ouvrir le champ de la découverte, de favoriser la circulation entre continents et de maintenir le Maroc comme carrefour culturel. Le Festival confirme, par cette sélection, une ambition: inscrire Marrakech dans la cartographie des grands rendez-vous cinématographiques, tout en offrant aux nouveaux talents une scène attentive et exigeante.