Rabat, entre Siel et livre : un écosystème culturel entre mémoire, institutions et créations contemporaines

Rabat, entre Siel et livre : un écosystème culturel entre mémoire, institutions et créations contemporaines

Signature au Salon du livre de Rabat de l’ouvrage « Ni forte ni faible, mère » de Zineb Bouazzaoui (Photo MAP)

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La 31e édition du Salon international de l’édition et du livre à Rabat rassemble rencontres académiques, initiatives institutionnelles et expressions artistiques, dans une ville désignée Capitale mondiale du livre 2026 par l’UNESCO. L’événement met en lumière le rôle du livre dans la structuration des dynamiques culturelles, éducatives et numériques, à travers une pluralité d’acteurs et de thématiques.

Rabat, une centralité culturelle construite dans le temps

La rencontre consacrée à Rabat a permis de revenir sur les fondements historiques et culturels qui ont façonné la capitale comme pôle intellectuel. Les intervenants ont souligné que cette centralité ne relève pas d’un fait récent, mais d’un processus construit sur plusieurs décennies, marqué par la création d’institutions culturelles, de structures de diffusion du savoir et de lieux d’expression artistique. L’émergence de la radio dès 1928, la mise en place du théâtre national en 1962 et le développement d’orchestres de musique ont constitué des jalons importants dans cette trajectoire. À cela s’ajoutent les bibliothèques, les clubs littéraires et les espaces académiques qui ont favorisé l’éclosion de générations d’intellectuels et d’écrivains. La désignation de Rabat comme Capitale mondiale du livre 2026 vient consacrer ce parcours et renforcer son inscription dans les réseaux culturels internationaux, tout en soulignant le rôle du livre comme vecteur de rayonnement et de structuration de l’économie créative.

Écritures, mémoire et diversité des récits

Une autre séquence du salon a été consacrée aux voix féminines dans la littérature marocaine contemporaine. Les échanges ont mis en évidence la contribution de ces écritures à la diversification des formes narratives et à l’élargissement des thématiques abordées. L’accent a été mis sur la dimension mémorielle de ces productions, souvent nourries par des récits familiaux, des traditions orales et des expériences vécues dans des contextes sociaux variés. Ces écritures participent à la transmission d’un patrimoine immatériel, en transformant des expériences individuelles en récits partagés.

Dans le même registre, la question de l’intégration du patrimoine amazigh dans les programmes scolaires a été abordée comme un enjeu central. Les chercheurs ont insisté sur la nécessité d’inscrire cette composante dans les curricula à travers des approches pédagogiques adaptées, afin de renforcer la connaissance de l’histoire et des référents culturels nationaux. Cette démarche vise à consolider le lien entre les élèves et leur environnement culturel, tout en valorisant la diversité des expressions qui composent l’identité marocaine.

Institutions, médiation et accès au savoir

Le SIEL a également été marqué par une présence institutionnelle structurée autour de la diffusion du savoir et de la promotion des droits. L’Institution du Médiateur du Royaume a présenté une série de publications portant sur la médiation institutionnelle et la protection des droits. Ces travaux proposent une analyse des transformations de la relation entre l’administration et les usagers, en mettant en avant les enjeux d’équité et de bonne gouvernance dans les services publics.

Dans le même temps, le Conseil national des droits de l’Homme a lancé une bibliothèque numérique dédiée, enrichie par des outils d’intelligence artificielle. Cette plateforme permet un accès simplifié aux rapports, études et recommandations de l’institution, en offrant aux utilisateurs la possibilité d’interagir avec les contenus. Ce dispositif s’inscrit dans une logique d’élargissement de l’accès à l’information et de modernisation des modes de diffusion du savoir.

Par ailleurs, la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc a organisé une rencontre sur les défis liés à la préservation de la mémoire nationale à l’ère numérique. Les débats ont porté sur les contraintes techniques, les besoins en financement et les exigences de conservation des fonds documentaires, notamment les manuscrits et les archives. Les intervenants ont souligné que la gestion de cette mémoire constitue un enjeu stratégique, impliquant des dispositifs adaptés pour faire face aux risques de dégradation et aux aléas environnementaux.

Création, débats et transformations contemporaines

Au-delà des dimensions institutionnelles, le SIEL a offert un espace de réflexion sur les mutations contemporaines du savoir et de la création. La présentation d’un ouvrage consacré à l’intelligence artificielle générale a permis d’aborder les enjeux liés au développement de ces technologies, notamment en termes de données, d’infrastructures et de compétences humaines. Les échanges ont également évoqué les implications de ces évolutions pour les sociétés arabes, en mettant en avant les défis liés à la production et à la maîtrise des outils numériques.

La remise des Prix Ibn Battouta a mis en lumière la littérature de voyage dans ses différentes déclinaisons, qu’il s’agisse de traductions, de récits contemporains ou d’études critiques. Cette séquence a rappelé la place de l’écriture du voyage dans la circulation des savoirs et des représentations.

Dans un autre registre, l’intervention de Hassan El Fad a porté sur les processus de création dans le domaine de l’humour. L’artiste a mis en avant l’importance de la construction des personnages, de la cohérence narrative et du travail sur les références sociales, soulignant que l’efficacité comique repose sur un ancrage dans le réel.

Par ailleurs, une table ronde consacrée aux provinces du Sud a abordé les dynamiques de développement économique et les enjeux géopolitiques associés. Les échanges ont porté sur les transformations observées dans ces territoires et sur leur positionnement dans les stratégies de développement régional.

Enfin, une rencontre dédiée à l’interaction entre poésie et arts contemporains a exploré les formes de dialogue entre disciplines artistiques. Les intervenants ont souligné que la poésie, loin d’être isolée, s’inscrit dans un ensemble d’échanges avec les arts visuels, la musique et le théâtre, donnant lieu à de nouvelles formes d’expression.

Dans son ensemble, le SIEL 2026 apparaît comme un espace de convergence où se rencontrent patrimoine, institutions et création. Il met en évidence la diversité des approches liées au livre, considéré à la fois comme objet culturel, outil de transmission et support de réflexion sur les transformations en cours.