Rawa’ou Makkah de Hassan Aourid - Par Dr Samir Belahsen

Rawa’ou Makkah de Hassan Aourid - Par Dr Samir Belahsen

Je contemple, autour de moi, ceux dont le cœur est rempli de foi, et j'admire leur caractère et leur sérénité... (Hassan Aourid)

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Samir Belahsen

« Le voyage est un retour vers l’essentiel. »

Proverbe Tibétain

« Voyager, c'est naître et mourir à chaque instant. »

Victor Hugo (Les Misérables)

Hassan Aourid, ex porte-parole du Palais royal et ex historiographe du Royaume, n’avait que 20 ans quand, suite à une histoire familiale, il a commencé sa traversée du désert spirituel dans la ville d’Ifrane.  Une traversée de plus d’un quart de siècle où il se fie à sa seule raison. Quand il effectue le pèlerinage du Hajj en 2007, il réembrassera la foi.

C’est ce parcours, que l’auteur nous conte dans ce récit autobiographique audacieux « Rawa’ou Makkah »  (رواء مكة) (Les flots – ou la grâce de La Mecque), dans un arabe classique soutenu mais fluide. Pas étonnant quand El Moutanabbi, Jarir et Tarafa ibnou Abd font partie de son monde littéraire.

Hassan Aourid est l’auteur de plusieurs romans : Le Morisque (2011), Sirato himar (2014), Printemps de Cordoue (2017), Almoutchou (2022), Al Bachador (2024... Il est aussi l’auteur de deux essais sur « L’impasse de l’islamisme : cas du Maroc » en 2015 et « Pouvoir et religion au Maroc », en 2021.

Pour mon pèlerinage Ramadanesque, je me suis offert la relecture de ce récit de voyages, physique et spirituel.

Les flots de la Mecque

« Mais les choses changent dans ma vie et dans ma vision des choses et des gens...

Je contemple, autour de moi, ceux dont le cœur est rempli de foi, et j'admire leur caractère et leur sérénité...

La vie peut-elle être distraite uniquement par la raison ?

La vie humaine est-elle une entreprise soumise à la logique du profit et des pertes, et à un calcul précis ?

Ou bien la vie est-elle, principalement, soumise à des choses invisibles ? A des choses insaisissables par la raison ?

Connaître le monde et découvrir ses secrets donne-t-il nécessairement un sens à la vie ?

Un feu doux brulait en moi, il me préparait

Serais-je allé au Hajj si je n'avais pas cru en lui ? »

Hassan Aourid nous offre une description riche et nuancée de ce voyage spirituel, une étape fondamentale dans la vie du musulman.

L’auteur décrit la complexité du rituel, emmêlant éléments traditionnels et expériences personnelles, tout en mettant en lumière l’importance symbolique de chaque geste.

La foule immense et multiple qui converge vers la Kaaba indique une dimension universelle de cette pratique.

Elle transcende les frontières culturelles et linguistiques. L’auteur insiste sur l’intensité collective et la dimension individuelle et intime du voyage spirituel.

Le pèlerinage constitue une mise à l’épreuve aussi bien du corps que de l’esprit. Devant ces foules le sentiment d’appartenance à une communauté mondiale est renforcé.

 Aourid dévoile méticuleusement la profondeur symbolique où chaque rite, chaque parole, porte une charge historique et mystique. Dans chaque rituel le pèlerin est isolé dans un espace collectif, cherchant un sens profond dans la rencontre avec le divin. Le pèlerinage à La Mecque en tant que phénomène est à la fois individuel et collectif.

Pour l’auteur le voyage du pèlerinage est une métaphore de la quête identitaire et spirituelle qui est tout aussi individuelle que collective.

 Il met en évidence la simultanéité de l’intemporel et du contemporain dans cette expérience mystique unique.

Le pèlerinage dans la littérature arabe

La littérature arabe regorge de textes sur le pèlerinage. Sans parler du verbal, l’écriture sur le pèlerinage est l’œuvre à d’érudits, d’écrivains et de chercheurs.

Chaque récit de pèlerinage est unique, l’époque du voyage, la personnalité du pèlerin, son regard et ses motivations font la richesse de ce genre littéraire.

Ibrahim Soussi Al Aïni, d’Ahmad Al Fassi Fihri, d’Ibn Battouta, Ibn Jubaïr, Al Abdari, et ’Ibn Rachid Sebti, ont produit des classiques.

Parmi les contemporains on doit citer les œuvres de Hammoudi, Madini et Mabchour.

“Voyage de pèlerinage” de Abdellah Hammoudi

L'anthropologue marocain nous conte son expérience du pèlerinage à La Mecque. Il nous offre une réflexion anthropologique très profonde sur la foi, la communauté et la mémoire avec une double perspective : celle de l'anthropologue et celle du croyant engagé.

“Voyage au pays de Dieu” d’Ahmed Madini

L’auteur, écrivain connu et reconnu pour son style littéraire ancré dans la culture marocaine et arabe, y mêle souvenirs personnels, questions philosophiques et religieuses. Madini nous invite à une réflexion-méditation sur la spiritualité et le sens du chemin humain. Il reflète une quête de sens existentielle au cœur des questions identitaires actuelles.

“Mon journal du Hijaz” d’Abdenacer Mabchour

Ce texte personnel décrit les paysages, examine la culture et relate des rencontres dans la région du Hijaz en Arabie saoudite. Réflexif et poétique en même temps, l'auteur part d’une vision intime de la spiritualité, des traditions, des coutumes du Hijaz et des changements sociétaux dans la région. Le récit est une quête identitaire. Mabchour y mène une réflexion sur le rapport entre mémoire, lieu et identité arabe.

L’émergence du sens

Le voyage-pèlerinage parait chez Aourid, comme dans ces trois œuvres, comme une métaphore du cheminement intérieur, un processus de remise en question et de quête de sens aussi bien qu’une exploration d’espaces tangibles.

Les récits de ces déplacements dévoilent une certaine dualité entre quête spirituelle et quête identitaire, où le sens émerge parfois dans le silence ou dans la confrontation aux limites de soi-même.

Les récits offrent une méditation profonde sur la fragilité du sens dans un univers en perpétuel mouvement.

La recherche de sens reste un défi universel éternel.

 

La Mecque, le 27 février 2026.