Culture
Salima Naji, une architecture de la mémoire et du vivant consacrée à l’international
Salima Naji est architecte diplômée de l’École d’architecture de Paris-La-Villette, et docteur en Anthropologie (EHESS, Paris). Elle exerce au Maroc en privilégiant les matériaux locaux dans le respect de l’environnement et de la culture des lieux. Depuis les toutes premières réalisations, sa démarche s’inscrit dans une volonté de collaboration avec les artisans locaux.
L’architecte marocaine Salima Naji a remporté le Prix international 2025 des femmes architectes, une distinction prestigieuse décernée par l’ARVHA à Paris. À travers ce prix, le jury salue un parcours singulier et engagé, fondé sur une architecture attentive aux territoires, à l’histoire et aux savoirs vernaculaires, tout en répondant aux exigences contemporaines. Une reconnaissance internationale pour une œuvre qui conjugue patrimoine, écologie et impact social.
Une reconnaissance internationale pour une démarche engagée
Décerné dans le cadre de la treizième édition du Prix des femmes architectes, le Prix international 2025 distingue une approche architecturale à contre-courant des logiques spectaculaires. Selon l’ARVHA, cette récompense vise à mettre en lumière des parcours féminins inspirants et à encourager la parité dans une profession encore majoritairement masculine. Le choix de Salima Naji consacre une vision profondément humaniste de l’architecture, ancrée dans les territoires et attentive aux communautés locales.
Le jury a salué une œuvre qui allie rigueur contemporaine, respect du patrimoine et engagement social. Parmi les projets cités figurent la Maison des femmes et la maternité de Tissint, la réhabilitation de la Villa Carl Ficke à Agadir, Dar Sania à Oum Gardane, le souk colonial de Tablaba, ainsi que la régénération de la Citadelle d’Agadir Oufella, chantier emblématique de son travail.
Agadir Oufella, reconstruire sans effacer
Dominant l’océan Atlantique, la citadelle d’Agadir Oufella occupe une place centrale dans l’histoire de la ville depuis plus de six siècles. Classé monument historique dès 1932, le site reste marqué par le séisme dévastateur du 29 février 1960. Entre 2017 et 2022, l’État marocain a engagé un projet de réhabilitation destiné à rouvrir ce lieu de mémoire au public.
Salima Naji y a déployé une intervention d’une grande sobriété, privilégiant des constructions semi-enterrées, des lignes épurées et une matérialité minérale en harmonie avec le paysage. Loin d’imposer une signature formelle, son architecture dialogue avec l’histoire et révèle le site plutôt qu’elle ne le transforme.
Une architecture enracinée et responsable
En réactivant des systèmes constructifs parasismiques inspirés des savoirs de l’Atlas, associant pierre et bois, Salima Naji démontre que l’architecture vernaculaire peut répondre aux normes contemporaines les plus exigeantes. Entre 60 et 70 % des matériaux utilisés sont locaux et renouvelables, avec une faible empreinte énergétique.
Au-delà de l’écologie, le projet revendique une forte dimension sociale. Des artisans et maçons de l’Anti-Atlas ont été formés et mobilisés, affirmant une vision de la modernité qui valorise les métiers manuels et la transmission des savoirs. En distinguant Salima Naji, le Prix international 2025 consacre une architecture profondément marocaine, mais résolument universelle.