Culture
Tbourida : un souffle d’héritage et de renaissance – Par Mohammed Mbarki
« Présent dans les contes, chanté par les chioukhs, célébré dans les dictons populaires, le cheval imprègne les imaginaires collectifs de l’Oriental marocain. À la fois compagnon de labeur, moyen de transport et signe distinctif, il traverse les sphères de l’utile et du symbolique » Mohammed Mabrki
L’agence de l’Oriental vient d’éditer un Beau livre sur Chevaux et cavaliers, un souffle de l’Oriental Marocain. Le sommaire de l’ouvrage s’organise comme un parcours structuré autour du cheval et de la Tbourida dans l’Oriental marocain, croisant approches historique, culturelle et contemporaine. Après une préface de Chérif Moulay Abdellah Alaoui, président de la Fédération Royale Marocaine des Sports Équestres et un avant-propos signé de Mohammed Mbarki, directeur général de l’Agence de l’Oriental qui posent les fondements et les enjeux de la réflexion, le livre s’ouvre sur un regard renouvelé porté sur la région par Jean-François Clément, avant d’explorer la richesse de sa diversité équine et la structuration progressive de ses établissements équestres. L’analyse se prolonge par l’étude des usages du cheval et de l’écosystème qu’il génère, puis par une mise en perspective de sa place dans l’Oriental, développée par Mohammed Ben Brahim. La Tbourida y occupe une section centrale, abordée comme une pratique à la fois patrimoniale et vivante. Enfin, l’ouvrage élargit son champ à l’imaginaire et aux représentations artistiques du cheval, en examinant sa présence dans la littérature, les maximes, la photographie, l’artisanat et les arts plastiques, offrant ainsi une lecture transversale qui relie tradition, création et expression culturelle. À travers une lecture du patrimoine équestre de l’Oriental marocain, Mohammed Mbarki évoque, lui, la Tbourida comme une expression culturelle inscrite dans la mémoire collective, entre héritage historique, pratiques sociales et dynamiques contemporaines. L’ouvrage explore le rôle du cheval dans les imaginaires, les rituels et les territoires, tout en soulignant les transformations actuelles de cette tradition, reconnue par l’UNESCO comme patrimoine immatériel de l’humanité, et ses perspectives en tant que levier culturel et socio-économique.

Mohammed Mbarki, Directeur Général de l’Agence de l’Oriental
Il est des territoires où l’âme se révèle dans un souffle, un galop, une talqa éclatante de poudre blanchâtre, nimbée de poussière couleur terre. L’Oriental marocain appartient à ces terres profondes, modelées par la mémoire des hommes et le pas aérien des chevaux. Depuis des siècles, ses monts et ses plaines vibrent des chevauchées de ces compagnons fidèles, gardiens de traditions et témoins des joies partagées autant que des grandes épreuves de l’Histoire. Ici, le cheval n’est pas seulement un emblème ; il est mémoire vivante, porteur de valeurs, et d’identité.
Cet ouvrage nous invite à découvrir ce patrimoine exceptionnel, à entrer dans un monde tissé d’harmonie entre l’homme et son cheval. Un monde où la Tbourida (La’b el baroud) – chorégraphie à la fois guerrière et poétique – incarne l’âme des fêtes et la force du lien communautaire. Entre mémoire et modernité, le cheval y devient vecteur d’unité, écho d’un passé glorieux et promesse d’un avenir séduisant.
Présent dans les contes, chanté par les chioukhs, célébré dans les dictons populaires, le cheval imprègne les imaginaires collectifs de l’Oriental marocain. À la fois compagnon de labeur, moyen de transport et signe distinctif, il traverse les sphères de l’utile et du symbolique. Car, au-delà de sa fonction, il demeure signe de noblesse, de raffinement et de fierté.
Un territoire façonné pour le cheval
Des cimes des Béni Snassen à l’oasis de Figuig, de la plaine des Angads aux collines de Guercif, l’Oriental marocain offre un cadre naturel d’une majesté pure, propice à l’épanouissement de la culture équine. Ici, le cheval n’est pas seulement une figure du paysage ; il est partenaire de mobilités, vecteur d’échanges, témoin des grandes épopées collectives.
L’Histoire du Royaume est traversée par l’image du cheval, dans la guerre comme dans la paix, dans les alliances tribales comme dans les batailles fondatrices. Cette relation et cette proximité entre les pouvoirs et les peuples, a été résumée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui déclarait en substance au début de son règne :
« Le trône des sultans alaouites est sur la selle de leurs chevaux ».
Le cheval demeure ainsi un lien subtil entre autorité et communauté. Présent dans les cérémonies d’allégeance présidées par le Souverain, il anime les festivités, escorte les caravanes et symbolise l’engagement de la tribu, prête à répondre à l’appel d’une cause nationale, même lointaine.
L’Oriental marocain a vu prospérer une diversité remarquable de races équines : le cheval Arabe, raffiné et noble ; le Barbe, robuste et infatigable ; l’Arabe-Barbe, synthèse harmonieuse des deux, porteur d’endurance et d’élégance. Dans cette diversité s’est développé un environnement entreprenant : artisanat, emplois, pratiques nouvelles, jeunesse… Le début du siècle dernier, marqué par la colonisation, a relancé l’intérêt stratégique du cheval Arabe-Barbe. Aujourd’hui, cet héritage se modernise sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, et à travers l’action de la Fédération Royale Marocaine des Sports Équestres, de l’Association du Salon du Cheval d’El Jadida, des éleveurs et des institutions partenaires.
La Tbourida patrimoine immatériel de l’humanité
Le 15 décembre 2021, l’UNESCO a inscrit la Tbourida sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Célébration de la bravoure, de la maîtrise et de l’unité, la Tbourida transcende son origine militaire pour devenir un art de la paix, une offrande collective à la beauté du geste, du cri et de l’éclat de la détonation.
Dans l’Oriental marocain, la pratique de la Tbourida revêt une intensité unique ; elle met en valeur les talents de chaque tribu, de chaque famille. À l’épreuve, chaque cavalier, chaque sorba, traduit l’élégance, la rigueur et la cohésion de toute une communauté. Le recueillement qui précède la chevauchée s’accompagne de prières, d’un dernier regard sur la tenue, d’un rappel des directives du moqaddem. Gestes et rituels, transmis de génération en génération, incarnent une culture du respect, du loyalisme et de l’attachement aux racines.
Là où la topographie rend la chevauchée impossible, on invente une Tbourida pédestre : mimant la gestuelle équestre, les troupes y ajoutent musique, chant et mouvement pour en offrir un spectacle captivant.
Au-delà de la chevauchée, le cavalier et le cheval de l’Oriental inspirent les récits, les chants, la poésie, et se retrouvent dans l’art pictural et dans la musique traditionnelle.
La Tbourida, un souffle d’héritage et de renouveau
À l’abri des tentatives de folklorisation, la Tbourida évolue. Les compétitions se multiplient, les jeunes s’y investissent, les femmes s’y affirment. Cette féminisation, silencieuse et prometteuse, lui redonne une dimension contemporaine, à l’image d’un Maroc en transformation. Venu de l’Oriental marocain, ce souffle nous rappelle qu’un patrimoine, commun et vivant, se traduit dans l’inspiration et l’action. Ici, le cheval n’est pas seulement une histoire à raconter mais aussi et surtout un avenir à construire.
Cet ouvrage est un pont entre la noblesse des héritages et les aspirations d’une jeunesse talentueuse et exigeante. Riche en témoignages, en analyses et en images, il est une invitation à revisiter notre patrimoine, à en saisir les potentialités. Il propose de penser l’avenir du cheval comme un levier de développement dans toutes ses composantes : artisanat, tourisme, sport, santé, équithérapie, culture…
Enfin, cet ouvrage s’inscrit dans la collection « beaux livres » de l’Agence de l’Oriental, avec une particularité : sa conception est le fruit d’un partenariat exigeant avec les éditions Marsam, dans lequel Monsieur Rachid Chraïbi s’est personnellement investi aux côtés des équipes de l’Agence et des auteurs : les professeurs Mohamed Ben Brahim et Jean-François Clément.
Nous adressons nos plus vifs remerciements à Son Altesse le Prince Charif Moulay Abdellah Alaoui, Président de la Fédération Royale Marocaine des Sports Équestres, qui a soutenu ce projet dès sa genèse et a bien voulu en signer la préface.