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CAN-2025 : sécurité renforcée et justice de proximité au cœur de l’organisation
Au total, 202 personnes, sur 529 interventions sécuritaires, ont été présentées devant ces bureaux dans le cadre de 152 procédures liées à des faits sanctionnés par le Code pénal et des lois spécifiques.
Organisée au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, la Coupe d’Afrique des Nations a constitué un test grandeur nature pour les dispositifs sécuritaires et judiciaires du Royaume. À travers 529 interventions sécuritaires, la présentation de 202 personnes devant des bureaux judiciaires implantés dans les stades et la mise en place d’un dispositif intégré inédit, les autorités ont conjugué fermeté, réactivité et respect des garanties légales. Une expérience structurante en perspective de la Coupe du monde 2030.
Un dispositif judiciaire inédit au sein des stades
Dès la phase préparatoire, le ministère de la Justice, la Présidence du ministère public et la Direction générale de la sûreté nationale ont opté pour une approche coordonnée afin d’assurer un traitement immédiat des infractions liées à la compétition. Neuf bureaux judiciaires ont été créés dans les stades des six villes hôtes : Rabat, Casablanca, Marrakech, Agadir, Fès et Tanger.
Ces structures de proximité ont permis de gérer en temps réel les incidents survenus dans ou aux abords des enceintes sportives. Au total, 202 personnes ont été présentées devant ces bureaux dans le cadre de 152 procédures liées à des faits sanctionnés par le Code pénal et des lois spécifiques.
Parmi ces dossiers, 82 ont donné lieu à des poursuites et à un renvoi devant le tribunal. Cinquante-six cas ont été traités par le biais de l’amende transactionnelle, deux affaires ont été classées sans suite et douze ont été confiées à la police judiciaire pour complément d’enquête. Cette diversité de réponses traduit une volonté d’adapter la sanction à la gravité des faits, tout en évitant l’engorgement des juridictions.
Une typologie d’infractions majoritairement organisationnelle
Les données recueillies montrent que la majorité des incidents était liée aux règles d’accès et de billetterie. L’accès ou la tentative d’accès frauduleux au stade arrive en tête, représentant 25,48 % des infractions. La spéculation ou la revente illégale de billets suit avec 10,96 %, tandis que les intrusions sur l’aire de jeu comptent pour 7,46 %.
Les opérations de contrôle aux entrées ont permis d’enregistrer 68 tentatives d’accès sans billet et 17 cas d’utilisation de billets falsifiés. Seize affaires concernaient la détention ou la consommation de stupéfiants, vingt la possession de fumigènes, et cinq armes blanches ainsi que deux bombes lacrymogènes ont été saisies.
En amont de la compétition, un système de veille informatisé a permis de détecter des publications sur les réseaux sociaux proposant des billets en dehors des circuits officiels. Les investigations ont conduit à l’interpellation de 396 personnes soupçonnées de spéculation, soumises à des enquêtes judiciaires supervisées par le ministère public.
Malgré ces incidents, les autorités soulignent que la nature des faits reste globalement liée à des comportements ponctuels, témoignant d’une discipline générale du public et d’une gestion organisationnelle maîtrisée.
Une justice réparatrice privilégiée
L’entrée en vigueur, le 8 décembre 2025, du Code de procédure pénale modifié a renforcé l’efficacité du dispositif. L’élargissement du champ d’application de la transaction pénale, notamment à travers l’article 1-41, a permis de traiter rapidement certains délits mineurs dans une logique de justice réparatrice.
Ce mécanisme gradué vise à éviter la judiciarisation excessive des affaires de moindre gravité, tout en maintenant un effet dissuasif. Il garantit les droits des supporters et le respect du procès équitable, grâce à des procédures adaptées à chaque situation.
La proportion significative d’amendes transactionnelles confirme la pertinence de ce levier, conciliant rapidité, efficacité et respect des libertés individuelles.
Un dispositif sécuritaire multidimensionnel
Sur le plan sécuritaire, la DGSN a déployé un dispositif global fondé sur l’anticipation et la coordination internationale. La mobilisation a débuté aux frontières, avec un renforcement des effectifs et des outils informatiques afin de fluidifier l’arrivée des supporters étrangers.
Un plan intégré d’organisation des déplacements a encadré les flux depuis les axes routiers jusqu’à l’intérieur des stades. Des zones de filtrage rigoureuses ont été mises en place aux portes, combinant contrôles, fouilles et fluidité d’accès.
Entre 3.000 et 4.000 agents ont été mobilisés pour chaque match, issus des unités de maintien de l’ordre et appuyés par des équipes techniques spécialisées. Des opérations de ratissage ont été menées dans les neuf stades et quinze Fan Zones, ainsi que dans les gares, les hôtels et les lieux de rassemblement.
Les infrastructures étaient dotées de salles de commandement équipées de systèmes avancés de vidéosurveillance, de drones et d’outils d’intelligence artificielle pour la gestion des flux et la détection de comportements suspects.
La création du Centre de coopération policière africaine a constitué une innovation majeure. Regroupant des représentants des pays participants, d’Interpol, de la FIFA, de la CAF ainsi que du Qatar, du Portugal et de l’Espagne, ce centre a assuré la coordination et l’échange d’informations en temps réel.
Des moyens humains et techniques renforcés
Dix-sept espaces dédiés aux bureaux judiciaires ont été aménagés et équipés d’ordinateurs, de connexions sécurisées au système de gestion judiciaire et de terminaux de paiement électronique pour le règlement immédiat des amendes.
Soixante fonctionnaires ont assuré le fonctionnement des structures, dont 18 représentants du ministère public et 12 agents chargés des opérations financières. Treize interprètes en français, anglais et espagnol ont garanti l’accès à la justice sans barrière linguistique.
La Présidence du ministère public a mobilisé neuf procureurs du Roi, présents sur place pour examiner immédiatement les procédures et statuer sur les suites à donner. L’Observatoire national de la criminalité a accompagné le dispositif en assurant le suivi statistique et l’analyse des indicateurs.
Un modèle pour les grands événements à venir
L’expérience de la CAN-2025 constitue un laboratoire opérationnel pour les grandes échéances à venir, au premier rang desquelles figure la Coupe du monde 2030 coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.
Cette mobilisation a démontré la capacité du système judiciaire et sécuritaire marocain à s’adapter aux contraintes des manifestations d’envergure internationale. Elle illustre une approche intégrée où coordination institutionnelle, innovation technologique et respect des droits fondamentaux se conjuguent.
Au-delà des chiffres, cette séquence met en lumière un modèle de justice de proximité capable d’intervenir au cœur même de l’événement. Un dispositif pensé non seulement pour sanctionner, mais aussi pour prévenir, réparer et garantir la sécurité juridique dans un contexte de forte affluence.
La CAN-2025 aura ainsi constitué une étape sportive majeure et un test réussi pour les institutions marocaines, confirmant la capacité du Royaume à sécuriser et encadrer des compétitions continentales selon les standards internationaux les plus exigeants. (Quid avec MAP)