Gaza, Hind Rajab, colonies : Israël, sous pression, continue de tuer

Gaza, Hind Rajab, colonies : Israël, sous pression, continue de tuer

Des Palestiniens en deuil transportent des sacs mortuaires recouverts du drapeau national contenant les dépouilles d’enfants palestiniens tués lors des frappes israéliennes pendant la guerre contre le Hamas et récemment retrouvés sous les décombres, lors d'un enterrement collectif à Gaza le 20 août 2026. (Photo d'Omar Al-Qattaa / AFP)

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De nouvelles frappes israéliennes meurtrières à Gaza, la reconnaissance par l’armée d’avoir ouvert le feu sur la voiture où se trouvait la petite Hind Rajab en 2024, la colère de l’Australie après la clôture de l’enquête sur la mort d’humanitaires de World Central Kitchen et un nouveau bras de fer avec Londres autour de la colonisation en Cisjordanie : Israël se retrouve confronté à une succession de controverses militaires, diplomatiques et judiciaires, alors que les efforts américains pour consolider le cessez-le-feu à Gaza restent fragiles. En attedant, Tel-Aviv poursuit ses massacres.

Dix morts dans de nouvelles frappes à Gaza

Dix personnes ont été tuées mercredi dans des frappes israéliennes dans la bande de Gaza, selon les autorités sanitaires locales. Neuf d’entre elles sont mortes lors d’une attaque contre un commissariat de Gaza-ville, dans le nord du territoire.

L’hôpital Al-Shifa a indiqué avoir reçu neuf corps, parmi lesquels ceux d’une femme et d’une adolescente de 13 ans, ainsi que plus de vingt blessés. La Défense civile de Gaza, placée sous l’autorité du Hamas, a confirmé ce bilan.

Le ministère palestinien de la Santé, rapporté par l’agence de presse Wafa, a déclaré : « Les hôpitaux de la bande de Gaza ont reçu 10 morts et 25 blessés au cours des dernières 24 heures, ce qui porte le nombre total de décès depuis le cessez-le-feu du 10 octobre à 1248 , tandis que le nombre de blessés a atteint 4248 ». Depuis le début de la guerre qualifiée de génocide par  l’ONU, se sont près de 80 000 Palestiniens qui ont été tués dont les deux tiers sont des femmes et des enfants.

L’armée israélienne affirme, comme à son habitude, avoir visé un « rassemblement de terroristes » dans le commissariat.

Une autre frappe a visé Nuseirat, dans le centre de Gaza. Israël prétend y avoir ciblé un ‘’commandant de la branche armée’’ du Hamas ayant participé à l’attaque du 7 octobre 2023. L’hôpital Al-Awda a annoncé avoir reçu le corps d’un homme tué alors qu’il circulait à moto.

Le Hamas a dénoncé une « escalade dangereuse ». Son porte-parole, Hazem Qassem, accuse Israël de mépriser les appels au cessez-le-feu et critique l’incapacité du « Conseil de Paix » de Donald Trump à faire respecter les accords conclus.

Cisjordanie et Gaza : l’ONU alerte sur une nouvelle hausse des violences

Les Nations unies ont fait état d’une intensification des opérations israéliennes en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza, dénonçant leurs conséquences humanitaires et des déclarations jugées susceptibles d’encourager de graves violences.

Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU a évoqué l’opération menée à Al-Dhahiriya, près d’Al Khalil, où un couvre-feu a été imposé à quelque 40.000 habitants, dont des enfants.

Selon lui, cette mesure empêche la population de s’approvisionner, d’accéder aux services essentiels et, dans certains cas, de se rendre au travail.

À Gaza, sept Palestiniens ont par ailleurs été tués et plusieurs autres blessés lors d’un raid israélien visant le port de Gaza, a indiqué la même source.

Ben Gvir vivement critiqué

Le Bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme dans le territoire palestinien occupé a, de son côté, condamné de récentes déclarations du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir appelant à tuer les Palestinines.

Ces propos, incitatifs et déshumanisants, illustrent un mépris du droit international humanitaire, des droits humains et des principes fondamentaux de l’humanité. Le Bureau rappelle le lourd bilan humain enregistré depuis octobre 2023.

Le désarmement du Hamas toujours au cœur des négociations

Ces frappes interviennent alors que la mise en œuvre du cessez-le-feu conclu en octobre 2025 reste laborieuse. Israël et le Hamas s’accusent mutuellement de violations, pourtant les morts ne sont que du coté palestinien, tandis que Washington tente de faire avancer une feuille de route adoptée par le mouvement palestinien en juillet.

Le texte prévoit notamment le désarmement du Hamas et le retrait d’Israël des plus de 60 % du territoire gazaoui qu’il occupe. Israël a cependant rejeté cette version, exigeant un « désarmement véritable » du mouvement.

Jared Kushner, gendre et émissaire de Donald Trump, a rencontré lundi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Il a dit espérer un début de désarmement du Hamas dans un délai de trente jours, tout en précisant que Washington n’entendait pas limiter le droit d’Israël à se défendre contre des menaces imminentes.

Selon un responsable israélien, Netanyahu et Kushner se seraient également entendus pour confier à un général américain la supervision du processus. La feuille de route prévoyait pourtant que celui-ci soit mis en œuvre par le Comité national pour l’administration de Gaza, composé de technocrates palestiniens, dont Israël bloque toujours l’entrée dans le territoire.

Hind Rajab : l’armée reconnaît avoir ouvert le feu

Parallèlement, l’armée israélienne, dos au mur, a reconnu mercredi que ses soldats avaient tiré sur la voiture dans laquelle se trouvait Hind Rajab, une Palestinienne de cinq ans tuée à Gaza en janvier 2024. L’armée avait auparavant affirmé que ses troupes ne se trouvaient pas dans la zone au moment des faits.

Hind Rajab avait appelé les secours depuis la voiture de sa famille, prise sous les tirs alors que ses proches tentaient de fuir Gaza-ville. L’enfant avait été entendue pendant un long appel avec le Croissant-Rouge palestinien. Son corps avait finalement été retrouvé dix jours plus tard avec ceux de six membres de sa famille et de deux ambulanciers envoyés pour lui porter secours.

Une ambulance du Croissant-Rouge avait ensuite été autorisée à se rendre sur place. À son arrivée, un obus a été tiré dans sa direction, tuant les deux secouristes présents à bord. L’armée a décidé d’ouvrir une enquête criminelle en raison de possibles manquements dans la coordination de ce déplacement.

La Fondation Hind Rajab, basée à Bruxelles et engagée dans la documentation des violations à Gaza, affirme toutefois n’avoir « aucune confiance » dans cette enquête et réclame des mécanismes indépendants.

D’autres dossiers militaires examinés ou clos

L’armée israélienne a également annoncé une enquête criminelle sur la mort de quinze Palestiniens en mars 2025 à Tal al-Sultan, dans le sud de Gaza, parmi lesquels figuraient des membres du personnel médical et un employé de l’ONU.

Elle avait reconnu avoir tiré sur des ambulances et des véhicules de secours qu’elle jugeait suspects. L’agence humanitaire des Nations unies OCHA avait indiqué que plusieurs équipes de secours avaient successivement été prises pour cible après être venues rechercher leurs collègues. Les corps avaient ensuite été découverts près de Rafah.

Concernant la mort de deux membres de Médecins sans frontières à Khan Younès en février 2024, l’armée recommande des mesures disciplinaires contre certains soldats.

En revanche, elle a clos les dossiers portant sur la mort de deux employés de MSF à Gaza-ville en novembre 2023 et sur celle de sept membres de World Central Kitchen en avril 2024, estimant que les investigations n’avaient pas fait apparaître de soupçon raisonnable de comportement criminel.

Canberra dénonce la clôture du dossier World Central Kitchen

Cette dernière décision a provoqué une vive réaction de l’Australie. La ministre des Affaires étrangères, Penny Wong, s’est dite « outrée » par la clôture de l’enquête sur la mort de Zomi Frankcom, ressortissante australienne et membre de World Central Kitchen.

Elle faisait partie des sept humanitaires tués en avril 2024 lorsqu’un convoi de l’organisation avait été frappé à trois reprises.

Penny Wong a convoqué l’ambassadeur d’Israël à Canberra, Hillel Newman, et demandé à l’ambassadeur australien en Israël de transmettre directement la position de son gouvernement. Elle a jugé particulièrement blessant que Canberra ait été informé de la décision quelques instants seulement avant son annonce, qui intervenait à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire.

Le diplomate israélien a réaffirmé qu’Israël n’avait jamais eu l’intention de viser les humanitaires, tout en défendant la conclusion selon laquelle aucune responsabilité pénale ne pouvait être retenue. Benjamin Netanyahu avait lui-même reconnu après les faits que les sept travailleurs humanitaires avaient été tués « par inadvertance ».

Nouveau bras de fer avec Londres sur la Cisjordanie

À ces tensions autour de Gaza s’ajoute un différend diplomatique avec le Royaume-Uni concernant le projet de colonisation E1 en Cisjordanie occupée.

Londres a convoqué la chargée d’affaires israélienne et demandé l’arrêt immédiat du programme après l’émission d’un nouvel appel d’offres portant sur 1.200 logements. Le projet E1 prévoit au total environ 3.400 habitations sur une zone de douze kilomètres carrés située à l’est de Jérusalem, entre Maale Adoumim et Jérusalem-Est.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, juge le projet « inacceptable » et demande son retrait. Son homologue israélien Gideon Saar a rejeté « catégoriquement » cette position, affirmant que les Juifs avaient le droit de vivre sur l’ensemble du territoire qu’Israël considère comme sien.

Pour les Palestiniens et plusieurs pays occidentaux, l’enjeu est considérable : le projet E1 couperait la Cisjordanie en deux et compromettrait la continuité territoriale nécessaire à la création d’un éventuel État palestinien. L’ONU et plusieurs gouvernements, dont la France, l’ont dénoncé.

La Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, compte environ trois millions de Palestiniens et plus de 500.000 colons israéliens hors Jérusalem-Est. Les colonies y sont considérées comme illégales au regard du droit international. Depuis le 7 octobre 2023, les violences y ont fortement augmenté, ajoutant un nouveau foyer de tension à une crise régionale qui reste loin d’être stabilisée.