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Guerre et politique, beaucoup de questions et peu de réponses ? – Par Seddik Maaninou
Capture d'écran, tirée d'images non datées publiées par des utilisateurs sur les réseaux sociaux le 31 mars 2026, montre des nuages de fumée s'élevant alors que des explosions secouent la ville d'Ispahan, en Iran (AFP)
La guerre se poursuit avec une intensité croissante. Au fil des jours, elle a cessé d’être un conflit régional pour devenir une confrontation à dimension mondiale. Dans quatrième et dernière partie de sa série de chroniques sur la guerre, Seddik Maaninou s’interroge tandis que le nombre de pays affectés par les bombardements ne cesse d’augmenter. En même le prix du baril de pétrole a dépassé les cent dollars, dans un contexte marqué par la fermeture persistante du détroit d’Hormuz et le risque de la fermeture de celui de Bab el-Mandab dans ce qui ressemble à des travaux pratiques accompagnant un cours de géopolitique.

Seddik Maaninou
Une guerre qui s’étend et bouleverse les équilibres
J’ai écrit ces lignes depuis une salle de réanimation de l’hôpital universitaire de proximité relevant de la Fondation Mohammed VI, où mon épouse a subi une intervention chirurgicale délicate. Malgré ma peine, je m’efforc de suivre l’évolution de la situation au Moyen-Orient.
Toutes les informations disponibles continuent de faire état de la décision du président Trump d’envoyer davantage d’équipements, de troupes, d’avions et de navires, en vue de la poursuite des opérations de bombardement, avec pour objectif de contraindre l’Iran à capituler et à se soumettre à la volonté américaine et israélienne. Dans le même temps on assiste à un festival d’annonces de négociations pour une éventuelle sortie de guerre.
Une stratégie incertaine et un objectif flou
Dans le même temps, les mêmes sources soulignaient que l’incertitude persistait, elle persiste toujours, quant aux objectifs réels de cette guerre, malgré les multiples justifications avancées. À travers la presse américaine, le président Trump apparaissait dans une impasse, comme pris dans un piège soigneusement tendu par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
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Dans ces conditions, une solution politique semblait impossible. Elle baigne toujours dans l’incertitude pour ne pas dire qu’elle semble toujours hors de portée. La poursuite de la guerre pourrait conduire à une situation critique pour les États-Unis, tandis qu’Israël en tirerait des bénéfices stratégiques.
Au 31è jour de la guerre, il a été annoncé plus de 15 000 à 16 000 cibles iraniennes frappées par les États-Unis et Israël depuis le début de la guerre. Les États-Unis environ 7 000 à 7 800 cibles touchées Israël environ 8 000 à 8 500 cibles
La question qui se pose est la suivante : les États-Unis avaient-ils anticipé un tel volume de frappes ? Combien de cibles reste-il encore à atteindre pour contraindre l’Iran ? Et ces bombardements suffiront-ils à imposer un contrôle américain sur la région comme le déclare sans complexe Donald Trump ? Ceci étant, il est tout de même curieux qu’interrogé, le président américain ait évoqué un partage de contrôle du détroit avec un Ayatollah.
Le détroit d’Hormuz au cœur des tensions
Une autre interrogation majeure demeure : Pourquoi le président américain a-t-il sollicité l’aide militaire de ses alliés pour sécuriser la navigation dans le détroit d’Hormuz ? Les États-Unis seraient-ils incapables, à eux seuls, de garantir la sécurité de ce passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial ? Ou cherchait-il seulement à entrainer l’Europe dans sa guerre ?
Quoi qu’il en soit, les appels insistants de Donald Trump et ses mises en garde adressées aux alliés, plusieurs pays européens et asiatiques ont refusé de répondre à sa demande, craignant d’être entraînés dans une guerre dont l’issue et les véritables objectifs restent incertains.
Des alliés réticents face à une guerre imposée
Les pays européens ne souhaitaient pas et ne souhaitent toujours pas assumer une responsabilité politique dans une guerre décidée unilatéralement par les États-Unis et Israël, sans perspective claire de solution politique. Cette situation révèle une crise profonde qui fragilise les alliances et alimente la crainte d’un désengagement américain laissant l’Europe seule face aux conséquences d’un conflit qu’elle n’a pas choisi.
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Malgré le blocus et les frappes visant des cibles militaires et civiles sur l’ensemble du territoire iranien, plus d’un mois après le début de la guerre, les missiles et les drones continuent d’être lancés vers les pays voisins, provoquant des dégâts dans les bases militaires américaines et les infrastructures, et quelques pertes humaines entre civils et militaires. En Iran on compte au 31è jour des frappes, près de 2000 tués dont 1.568 civils parmi lesquels au moins 236 enfants, 1.211 militaires et 707 personnes au statut inconnu. Le Liban vient en deuxième peu enviable position avec 1.247 tués dans les frappes israéliennes sur le pays du Cèdre. 124 sont des enfants. Israël compte 19 morts dont 4 mineurs. Les Territoires palestiniens ont également payé leur tribu : quatre femmes ont été tuées par des éclats de projectile dans une frappe iranienne en Cisjordanie occupée. En Irak, on compte 101 morts de différentes factions, les États du Golfe 31 et les Américains ont perdus 7 militaires. On est loin des plus de 70 mille tués à Gaza.
Des tensions régionales qui s’enracinent
Les pays du Golfe semblent désormais douter de la volonté réelle des États-Unis de les protéger contre d’éventuelles attaques iraniennes. Par ailleurs, les tensions confessionnelles entre sunnites et chiites se sont aggravées, nourrissant une hostilité durable qui ne semble pas près de s’apaiser.
La haine s’est installée dans les sociétés du Golfe et en Iran, et le désir de vengeance s’intensifie. Les réflexes tribaux, profondément enracinés dans la région, resurgissent avec force, ravivant des solidarités et des antagonismes anciens. La question se pose alors : assiste-t-on à l’émergence d’une nouvelle guerre, alimentée par des blessures historiques profondément ancrées, qui ont déjà provoqué tant de violences et de confrontations ?
Au moment où l’on parle de négociations, d’intermédiations entre Américains et Iraniens, notamment au Pakistan, une autre question s’impose : les États-Unis finiront-ils par se retirer, laissant derrière eux un bourbier dans lequel les générations futures resteront piégées, tandis qu’Israël serait le principal bénéficiaire à long terme ?
La mémoire des guerres passées
Lors du premier mois de guerre, Donald Trump a affirmé qu’un nouveau type d’avion entrerait en action, capable de transporter des charges explosives d’une puissance exceptionnelle, chaque bombe coûtant des millions de dollars au Trésor américain. Il s’est montré fier de la supériorité technologique de ces appareils, de leur capacité de frappe et de leur précision. Pour l’instant, les Américains continuent de frapper alors que les deux protagonistes de cette guerre ne semblent plus en harmonie totale, Israël semblant mener des opérations dans le dos de son allié. Réalité ou partage des rôles ?
Reste à savoir si ces moyens suffiront à mettre fin à la guerre. Le président américain semble oublier que son pays a déjà largué des millions de tonnes de bombes sur le Vietnam du Nord, mobilisant des centaines de milliers de soldats, avant d’être contraint de négocier avec ses adversaires.
De même, les États-Unis ont tenté pendant vingt ans de contrôler l’Afghanistan, avant de se retirer dans des conditions difficiles, à l’issue de négociations avec les combattants afghans.
L’absence de perspective politique
À ce stade, aucune indication politique sérieuse ne semble exister pour mettre fin au conflit. Donald Trump se vante d’avoir éliminé tous ceux qui auraient pu servir d’interlocuteurs potentiels, ce qui rend toute négociation compliquée. Téhéran n’hésite pas à démentir chaque fois que Trump évoque des contacts prêts d’aboutir. Qui dit vrai, qui joue au poker menteur ?
Dès lors, aucune perspective politique ne se dessine vraiment pour engager un processus de paix. Néanmoins, il n’est plus question de renverser le régime en Iran, mais plutôt de trouver des figures capables de négocier une sortie de crise.
Des informations contradictoires
Les informations en provenance de Téhéran restent contradictoires. Certains évoquent des manifestations contre le régime, thèse soutenue par des opposants installés en Europe et aux États-Unis. D’autres parlent d’une réorganisation interne du pouvoir pour faire face à la guerre, permettant la poursuite des tirs de missiles et de drones.
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Une question persiste : si plus de quinze mille cibles ont été détruites, d’où l’Iran continue-t-il de lancer ses attaques ? Quelle est encore l’ampleur de son arsenal ? Et pourquoi les frappes semblent-elles viser, de manière parfois aléatoire, des pays comme les Émirats arabes unis ?
Quelle est la capacité réelle de l’Iran à poursuivre la guerre ? Va-t-il réellement fermer le détroit de Bab el-Mandeb, contraignant ainsi les navires à contourner l’Afrique pour rejoindre l’Europe, créant dans le monde une situation insoutenable ?
Les questions sont nombreuses et les réponses incertaines. La plus importante demeure : quand et comment cette guerre prendra-t-elle fin ? Le régime iranien sera-t-il renversé ? Les États-Unis seront-ils contraints d’intervenir avec des troupes terrestres spécialisées dans ce type de conflit ?
Un blocage stratégique persistant
Ce soir, la situation générale peut être résumée ainsi : les États-Unis n’ont pas réussi à convaincre leurs alliés de s’engager pour sécuriser la navigation dans le détroit d’Hormuz. La crise économique mondiale s’aggrave, et beaucoup estiment que les mesures envisagées ne suffiront pas à résoudre le problème.
Il est également probable que l’Iran sorte affaibli de cette guerre, mais sans qu’une solution durable ne soit en vue. Les appels se multiplient pour dénoncer l’impasse politique et l’échec diplomatique.
La conclusion s’impose d’elle-même : la solution ne viendra pas du ciel.