Incendies en Europe : fragile amélioration sous la menace d’une nouvelle vague de chaleur

Incendies en Europe : fragile amélioration sous la menace d’une nouvelle vague de chaleur

Des pédalos calcinés sont visibles au barrage de San Juan après qu'un incendie de forêt a ravagé la région de Pelayos de la Presa, à 65 kilomètres au sud-ouest de Madrid, le 28 juillet 2026. (Photo Miguel Riopa / AFP)

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Alors que des incendies d’une ampleur exceptionnelle continuent de ravager plusieurs régions d’Europe, les secours enregistrent de premières avancées en Espagne et dans le sud-ouest de la France. La situation reste toutefois extrêmement précaire. Le retour de températures élevées, la baisse de l’humidité et les vents annoncés pourraient réveiller des foyers encore actifs.

Une amélioration encore fragile en Espagne

Après plusieurs journées particulièrement critiques, les autorités espagnoles ont affiché mardi un optimisme prudent. Le Premier ministre Pedro Sánchez a estimé que le pays commençait à entrevoir « la lumière au bout du tunnel » dans la lutte contre les incendies qui sévissent notamment à l’ouest de Madrid.

Selon le chef du gouvernement, le travail mené par les pompiers, les militaires et l’ensemble des services de secours a permis d’inverser progressivement la tendance. Les opérations conduites pendant la nuit de lundi à mardi ont notamment permis de mieux maîtriser certains fronts et de ralentir la progression des flammes.

Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a également fait état d’une évolution « raisonnablement positive ». Il a salué les efforts considérables des équipes engagées sur le terrain, tout en appelant à ne pas baisser la garde.

La principale inquiétude concerne toujours le vaste incendie qui se développe autour de la Sierra située à l’ouest de Madrid, notamment au nord du lac artificiel de San Juan. Le brasier menace de rejoindre celui d’Ávila, dans la région voisine de Castille-et-León, ce qui pourrait créer un front encore plus difficile à contenir.

Au total, près de 77 000 hectares ont déjà été parcourus par les flammes dans cette zone, soit une superficie équivalente à plusieurs fois celle de Paris. Quelque 63 000 personnes ont été contraintes de quitter leur logement depuis le début de la crise.

Les autorités espagnoles présentent désormais cet incendie comme le plus important de l’histoire récente du pays.

Le vent et la chaleur menacent les progrès accomplis

Malgré les avancées observées pendant la nuit, les prochaines heures sont considérées comme décisives. Les services météorologiques espagnols redoutent l’arrivée d’un vent du sud susceptible de modifier brutalement la trajectoire des flammes.

Les températures doivent également repartir à la hausse. L’Agence météorologique espagnole a averti qu’une nouvelle vague de chaleur pourrait durer jusqu’à la fin de la semaine. Dans plusieurs régions, les risques d’incendie sont qualifiés d’extrêmes.

La baisse de l’humidité, la sécheresse des sols et la végétation desséchée par les canicules successives offrent un combustible abondant aux feux. Un incendie apparemment maîtrisé pendant la nuit peut ainsi reprendre avec violence dès le retour du soleil et du vent.

À Robledo de Chavela, à l’ouest de Madrid, le maire Fernando Casado a comparé le feu nocturne à un « chaton endormi » capable de devenir, dans la journée, un « lion redoutable ». Cette image résume l’extrême instabilité de la situation.

Dans plusieurs communes, les autorités commencent à envisager le retour progressif des habitants. Mais la fumée reste trop dense dans certaines localités proches d’Aldea del Fresno. La Garde civile continue d’en interdire l’accès en raison des risques liés à l’inhalation des fumées.

Des habitants attendent parfois durant des heures dans leurs véhicules, espérant obtenir l’autorisation de rentrer chez eux pour vérifier l’état de leur habitation ou nourrir leurs animaux. À l’angoisse provoquée par les flammes s’ajoute l’incertitude sur les dégâts subis par les maisons, les exploitations agricoles et les élevages.

Depuis le début de l’année, environ 175 000 hectares ont brûlé en Espagne. Le pays, particulièrement exposé aux effets du réchauffement climatique, connaît des épisodes de sécheresse et de chaleur de plus en plus longs et intenses.

La Gironde sous surveillance maximale

En France, la situation demeure particulièrement tendue en Gironde, où un mégafeu a ravagé environ 42 000 hectares depuis le 22 juillet. Le front n’a pas progressé pendant la nuit de lundi à mardi et reste officiellement stabilisé, mais plusieurs reprises de feu ont dû être traitées par les sapeurs-pompiers.

Les interventions ont notamment concerné le nord du Porge ainsi que l’espace dunaire du Cap-Ferret. Les foyers ont été maîtrisés, mais les autorités insistent sur le caractère imprévisible de l’incendie.

La hausse attendue des températures et la baisse de l’humidité font craindre une nouvelle aggravation. La Gironde et les Landes ont été placées en vigilance jaune pour canicule, alors qu’un nouveau pic de chaleur est attendu mercredi.

Face à la menace, la préfecture a ordonné l’évacuation de 4 000 personnes hébergées dans des structures touristiques à Lacanau. Cette décision vise à éviter que les vacanciers ne se retrouvent pris au piège en cas de reprise rapide des flammes ou de saturation des axes routiers.

Les manifestations sportives et culturelles ont également été interdites jusqu’au 8 août dans l’ensemble du département. Les autorités veulent limiter l’exposition de la population aux fumées et à la pollution atmosphérique, mais aussi éviter de mobiliser des équipes de secours sur des événements non prioritaires.

Des milliers de personnes vulnérables déplacées

La crise a également nécessité l’évacuation de nombreux établissements médicaux et médico-sociaux. Près de 2 300 personnes âgées, pensionnaires de maisons de retraite ou de structures médicalisées, ont dû être relogées.

Au total, 41 établissements ont été évacués depuis le début de l’incendie. Ces opérations complexes ont mobilisé des ambulances, des professionnels de santé, des collectivités locales et des structures d’accueil situées parfois loin des zones touchées.

Dans les Landes voisines, la situation s’est légèrement améliorée. Environ 15 000 personnes évacuées des secteurs de Biscarrosse, Parentis-en-Born et Sanguinet ont été autorisées à regagner leur domicile après la sécurisation des zones concernées.

Le président Emmanuel Macron a annoncé que l’incendie de Biscarrosse était désormais fixé. Il a toutefois appelé à une extrême prudence concernant le mégafeu de Gironde, stabilisé mais encore virulent.

La lutte contre les incendies a aussi coûté la vie à un sapeur-pompier volontaire de 38 ans. Il est mort après la sortie de route du camion-citerne qu’il conduisait au nord d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône. Le sud de la France reste soumis depuis plusieurs semaines à un risque élevé d’incendie.

Une enquête ouverte dans le Var

Dans le Var, un homme de 23 ans a été mis en examen et placé en détention provisoire. Il est soupçonné d’être impliqué dans plusieurs départs de feu de végétation.

Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer son rôle éventuel dans une partie de l’incendie qui ravage le massif du Gros Bessillon. Ce feu important mobilise les services de secours depuis plusieurs jours.

Cette arrestation intervient alors que les autorités françaises renforcent la surveillance des zones forestières. En période de sécheresse extrême, un simple départ de feu peut se transformer en quelques minutes en incendie incontrôlable.

Les conséquences économiques commencent également à se faire sentir. Le gouvernement français a convoqué une réunion à Bercy afin d’examiner la situation des entreprises affectées par les incendies. Les secteurs du tourisme, de l’hébergement, de la restauration, de l’agriculture et de l’exploitation forestière figurent parmi les plus exposés.

En France, plus de 116 000 hectares ont déjà brûlé depuis le début de l’année. Emmanuel Macron a estimé que les forêts détruites ne pourraient pas être reconstituées à l’identique. Selon lui, il faudra « replanter et rebâtir une forêt différente », mieux adaptée aux sécheresses et aux températures élevées.

Le Portugal mobilise plus d’un millier de pompiers

Le Portugal fait lui aussi face à plusieurs incendies dans le nord et le centre du pays. Plus d’un millier de pompiers et de professionnels de la protection civile ont été mobilisés, avec le soutien d’une vingtaine d’avions et d’hélicoptères.

Les principaux foyers sont signalés dans les régions de Santarém, Guarda, Braga et Bragança. Ils touchent surtout des zones de broussailles et progressent dans un contexte de forte chaleur.

Les températures pourraient atteindre 40 °C dans plusieurs secteurs du centre et du sud du territoire. L’Institut portugais de la mer et de l’atmosphère estime que le risque d’incendie est maximal ou très élevé dans la quasi-totalité du pays.

Le Portugal avait été relativement épargné au début de l’été, avant de connaître un important incendie dans le district de Viseu. Environ 13 000 hectares avaient alors été détruits, conduisant Lisbonne à demander l’aide du mécanisme européen de protection civile.

Le pays a également envoyé des renforts en France et en Espagne, illustrant la solidarité mise en place entre les États européens confrontés simultanément à des incendies majeurs.

Cette nouvelle série de feux ravive toutefois le souvenir de l’année 2017, lorsque les incendies avaient causé la mort de plus d’une centaine de personnes au Portugal.

Une Europe confrontée à des incendies plus extrêmes

La multiplication des feux en France, en Espagne et au Portugal met en évidence la vulnérabilité croissante du continent face aux événements climatiques extrêmes.

Les longues périodes sans précipitations assèchent les sols et la végétation. Les vagues de chaleur augmentent l’inflammabilité des forêts, tandis que les vents favorisent la propagation rapide des flammes sur de très longues distances.

Dans ce contexte, les progrès enregistrés sur certains fronts restent précaires. Une variation du vent, une hausse de la température ou une reprise dans une zone difficile d’accès peut remettre en cause plusieurs jours d’efforts.

Au-delà de l’urgence, les gouvernements devront repenser l’aménagement des forêts, renforcer les dispositifs de prévention et adapter les territoires à un risque d’incendie appelé à devenir plus fréquent.

Pour l’heure, pompiers, militaires, pilotes et bénévoles poursuivent leur combat dans des conditions éprouvantes. Entre amélioration fragile et menace de nouvelles reprises, l’Europe reste suspendue à l’évolution de la météo.

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