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Iran : Mojtaba Khamenei durcit l’appareil sécuritaire face à la « guerre économique » de Trump
Un pont fortement endommagé, touché par une frappe américaine, le long de la route reliant Roudan à Bandar Abbas, dans le sud de l'Iran, le 18 juillet 2026. (Photo : Amir Hossein Khorgooei / ISNA / AFP)
À la tête de la République islamique depuis la mort de son père, Ali Khamenei, au début de la guerre américano-israélienne déclenchée fin février, l’invisible Mojtaba Khamenei imprimerait sa marque sur l’appareil d’État. Les nominations effectuées les 9 et 10 août à plusieurs postes clés témoignent d’un choix : remettre en avant des figures expérimentées des Gardiens de la Révolution et préparer le pays à une confrontation durable avec les États-Unis, alors que Donald Trump promet une pression économique sans précédent contre Téhéran.
Une « vieille garde » rappelée aux commandes
Mojtaba Khamenei n’a toujours pas fait d’apparition publique depuis son accession au pouvoir, et les interrogations demeurent sur son état de santé comme sur son influence réelle. Mais ses décisions au sommet de l’appareil sécuritaire donnent les premiers indices sur l’orientation du régime.
Plusieurs postes étaient restés vacants après la mort de leurs titulaires pendant la guerre. Le nouveau guide suprême les a confiés à des responsables connus pour leur fidélité au système et leur longue expérience au sein des Gardiens de la Révolution.
Mohsen Rezaei, 71 ans, ancien commandant des Gardiens pendant presque toute la guerre Iran-Irak dans les années 1980, a été nommé secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, poste auparavant occupé par Ali Larijani, tué pendant le conflit.
Pour Jason Brodsky, directeur des politiques du groupe de réflexion américain United Against Nuclear Iran, ces nominations traduisent « l’adoption d’une posture plus offensive et davantage disposée à prendre des risques ». Selon lui, le nouveau pouvoir fait revenir « la vieille garde ».
Rezaei, symbole d’une ligne dure
Mohsen Rezaei n’a jamais réellement quitté la scène politique iranienne, même si ses candidatures à la présidentielle ont échoué. Sa nomination au Conseil suprême de sécurité nationale a néanmoins surpris certains observateurs.
Depuis le début du conflit, il a multiplié les déclarations martiales. En avril, il avait menacé de couler des navires américains dans le détroit d’Ormuz si Washington décidait d’y « faire la police ». En juin, il avait averti qu’une nouvelle attaque américaine provoquerait un « déluge » de missiles.
Sous sanctions américaines depuis 2020, Rezaei est également accusé par Washington d’être impliqué dans l’attentat de 1994 contre un centre communautaire juif en Argentine.
Son retour intervient alors que les négociations avec les États-Unis restent incertaines, après l’expiration d’un délai de 60 jours fixé pour parvenir à un accord. Les discussions étaient jusqu’ici conduites par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, considéré comme moins dur.
Taeb et Vahidi renforcent le verrou sécuritaire
Hossein Taeb, 63 ans, a été nommé à la tête du Bassidj, branche paramilitaire des Gardiens connue pour son rôle dans le maintien de l’ordre intérieur.
Taeb avait dirigé le renseignement des Gardiens pendant près de quinze ans avant d’être brusquement écarté en 2022. Son départ avait coïncidé avec la révélation d’un projet présumé visant des Israéliens en Turquie.
Jason Brodsky estime que sa nomination reflète la crainte du pouvoir de voir renaître des troubles sociaux dans un contexte de dégradation économique. Le Bassidj pourrait jouer un rôle central en cas de nouvelles manifestations.
Ahmad Vahidi a été confirmé comme commandant en chef des Gardiens. Ancien ministre de l’Intérieur et de la Défense, il devient le troisième chef de cette force en moins d’un an, après Mohammad Pakpour et Hossein Salami.
Ali Abdollahi, ancien responsable du commandement interarmées Khatam al-Anbiya, a été nommé chef d’état-major des forces armées, chargé de coordonner l’armée régulière et les Gardiens.
Trump choisit l’arme économique
Ce durcissement à Téhéran intervient au moment où Washington semble privilégier la pression économique. Après cinq mois de conflit, Donald Trump a annoncé sur Truth Social « l’opération économique la plus écrasante jamais entreprise » contre l’Iran.
Le président américain exige l’arrêt de la contrebande de pétrole, des échanges de devises et des transferts de liquidités. Il menace aussi de représailles économiques tout pays dont les institutions financières, les entreprises, les aéroports ou les administrations offriraient une « bouée de sauvetage » à Téhéran.
Cette stratégie prolonge la politique de « pression maximale » rétablie après son retour à la Maison Blanche en janvier 2025. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent avait déjà promis à l’Iran un isolement économique « comme le monde n’en a jamais vu ».
Téhéran ne donne pourtant aucun signe de recul. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, estime que Washington poursuit des politiques « vouées à l’échec ».
Une économie fragilisée par la guerre
Déjà affaibli par des décennies de sanctions, l’Iran subit désormais le coût du conflit. Le 22 juillet, l’inflation atteignait 66 % sur un an, contre 46 % en février.
La monnaie nationale poursuit également sa chute. Un dollar s’échangeait mercredi à 1,88 million de rials, contre 1,65 million juste avant la guerre.
Face à cette situation, Mojtaba Khamenei avait appelé dès mai les entreprises à éviter les licenciements et les responsables politiques à soutenir « l’économie de la résistance », doctrine héritée de son père et fondée sur la réduction de la dépendance au monde extérieur.
L’environnement régional se détériore parallèlement. Les Houthis du Yémen, alliés de l’Iran, frappent des infrastructures pétrolières et des navires saoudiens en mer Rouge. Les Émirats arabes unis ont suspendu leurs échanges commerciaux et leurs transactions financières avec l’Iran après l’avoir accusé d’avoir tiré deux missiles balistiques tombés en mer, accusation démentie par Téhéran.
Vers une confrontation durable
La confrontation entre Washington et Téhéran entre ainsi dans une nouvelle phase. Les États-Unis cherchent à réduire la marge de manœuvre financière de l’Iran sans intensifier immédiatement les opérations militaires. De son côté, Mojtaba Khamenei réorganise l’appareil sécuritaire autour de responsables aguerris et appelle à renforcer la « dissuasion maximale » tout en préparant des opérations offensives de grande ampleur.
Cette évolution laisse peu de place à un apaisement rapide. L’Iran se prépare à résister à une pression économique croissante tout en maintenant une posture militaire offensive, tandis que Washington tente de faire du coût économique de la guerre un levier politique. Reste à savoir si cette stratégie conduira à une reprise des négociations ou à une confrontation encore plus durable. (Quid avec AFP)