L'Iran et les Etats-Unis s'accusent mutuellement, le Liban sous le feu d’Israël

L'Iran et les Etats-Unis s'accusent mutuellement, le Liban sous le feu d’Israël

Une énorme boule de feu jaillit d'un immeuble à la suite d'une frappe israélienne à Tyr, dans le sud du Liban, le 28 mai 2026 (Photo AFP).

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L’Iran et les États-Unis se sont mutuellement accusés jeudi de violer le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, après une nouvelle série de frappes autour du détroit d’Ormuz et dans le Golfe. Cette escalade intervient alors que les négociations destinées à mettre fin à une guerre entrée dans son quatrième mois restent dans l’impasse, tandis que les attaques israéliennes se poursuivent au Liban. A l’ONU, l’ambassadeur de Tel-Aviv a déclaré que son pays rompait ses relations avec le Secrétaire général de l’ONU en raison d’un rapport inscrivant les israéliens sur la "liste noire" liée aux violences sexuelles lors des conflits

Téhéran - L'Iran et les Etats-Unis se sont mutuellement accusés jeudi de violer le cessez-le-feu, après un échange de frappes qui met un peu plus en péril les négociations pour stopper durablement la guerre, entrée dans son quatrième mois.

Sur l'autre front du conflit, au Liban, malgré un cessez-le-feu théoriquement en vigueur, Israël a étendu sa "zone de combat" alors même que la fin des hostilités contre le Hezbollah pro-iranien est une exigence claire de Téhéran pour parvenir à un accord.

La guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine, a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Et elle ébranle l'économie mondiale, la République islamique verrouillant le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures.

Les derniers affrontements sont les plus graves depuis le début de la trêve le 8 avril.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les Etats-Unis ont abattu quatre drones d'attaque iraniens qui représentaient une "menace autour du détroit d'Ormuz" et ont frappé "une station de contrôle au sol à Bandar Abbas qui menaçait de lancer un cinquième drone", selon un responsable américain.

En représailles, les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé avoir visé une base américaine, sans préciser laquelle. De leur côté, le Koweït et l'armée américaine ont fait état de frappes, attribuées à l'Iran, sur le territoire de cette monarchie du Golfe.

Ce qu'ils ont condamné: l'armée américaine dénonçant une "violation flagrante du cessez-le-feu" et le ministère des Affaires étrangères koweïtien "une dangereuse escalade".

"A genoux"

L'Iran a rejeté la responsabilité sur Washington, fustigeant des "violations continues du cessez-le-feu" après les frappes menées ces derniers jours par Washington sur le sud du pays.

Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, blessé au début de cette guerre et qui n'est pas apparu en public depuis, a estimé de son côté qu'Israël et les Etats-Unis cherchaient "à mettre la nation à genoux", dans une déclaration écrite diffusée par la télévision d'Etat .

Et les Gardiens, armée idéologique du régime, ont promis une "riposte ferme" en cas de nouvelle attaque américaine.

Les forces iraniennes ont par ailleurs effectué des tirs de semonce à l'intention de quatre navires qui tentaient de franchir le détroit d'Ormuz, selon la télévision d'Etat (Irib), qui n'a pas fourni de détails sur le type de bateaux ni sur leur nationalité.

Dans ce climat, des habitants de Téhéran confient leur inquiétude. "On se demande tous les jours: +Y aura-t-il des frappes de missiles ce soir?+", explique à l'AFP Amir, développeur de logiciels de 27 ans.

Mahtab, 62 ans, coiffeuse dans la capitale iranienne, se félicite que sa fille ait pu quitter le pays car "c'est l'enfer ici" et se lamente de voir son fils vivre lui "au jour le jour", sans perspective.

"Entre guerre et paix"

Pour la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, l'Iran et les Etats-Unis se trouvent "dans cette zone très dangereuse entre la guerre et la paix". "Il n'est dans l'intérêt de personne que cette guerre continue", a-t-elle souligné.

Face au regain de tensions, les Bourses européennes évoluent en repli jeudi et les prix du pétrole sont repartis en hausse, le Brent de la mer du nord, référence du brut, se rapprochant à nouveau du seuil des 100 dollars.

Car cette situation repousse la perspective d'une rapide réouverture du détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

Mercredi, le président américain Donald Trump avait une nouvelle fois agité la menace d'une reprise des hostilités: l'Iran "veut vraiment conclure un accord. Ils n'y sont pas encore. Nous ne sommes pas satisfaits mais nous finirons par l'être (...). Ou alors nous devrons simplement finir le travail".

Au moins 14 morts au Liban

Les positions des deux camps restent éloignées.

Outre la fin des combats sur tous les fronts et la levée du blocus américain des ports iraniens, Téhéran cherche à obtenir le déblocage de 24 milliards d'avoirs gelés à l'étranger.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps. Les Etats-Unis réclament la destruction du stock iranien d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain. Téhéran dément de son côté vouloir se doter de la bombe atomique.

Au Liban, au moins 14 personnes sont mortes dans le sud du pays, où Israël a étendu sa "zone de combat" contre le Hezbollah.

Et une frappe "ciblée" israélienne a aussi visé Beyrouth selon l'armée israélienne, une source militaire libanaise faisant état de son côté d'une frappe sur un appartement au sud de la capitale.

Israël suspend ses relations avec le secrétaire général de l'ONU

L'ambassadeur israélien à l'ONU a annoncé jeudi la suspension des relations avec le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, dénonçant ainsi la décision pas encore publique d'inscrire Israël sur la "liste noire" liée aux violences sexuelles lors des conflits.

"Nous en avons fini avec ce secrétaire général", a déclaré Danny Danon dans un message vidéo posté sur X. La mission israélienne a précisé que cela signifiait le "gel" de ses relations avec le bureau du secrétaire général jusqu'à la fin du mandat d'Antonio Guterres le 31 décembre 2026.

"Nous avons vu les commentaires. De notre côté, la porte du secrétaire général reste ouverte", a réagi son porte-parole Stéphane Dujarric.

Les relations entre l'ONU et Israël -- Etat créé par une résolution des Nations unies votée en 1947 -- sont notoirement difficiles et au plus bas depuis le 7 octobre 2023, début du génocide israélien à Gaza.

Les autorités israéliennes reprochent en particulier au secrétaire général et à d'autres responsables onusiens d'avoir sévèrement critiqué les massacres à Gaza et Antonio Guterres avait été déclaré "persona non grata" en Israël en 2024. Israël accuse sans preuve de son côté des employés de l'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) d'avoir participé à l'attaque du 7-Octobre dont M. GUterres avait dit laissé entendre que le politique Israélienne à l’égard des Palestiniens en était responsable.

"La décision de mettre Israël sur la liste noire et nous accuser d'utiliser les violences sexuelles comme arme de guerre est scandaleuse", a martelé jeudi Danny Danon, accusant le secrétaire général de mettre au même niveau le Hamas et Israël.

L'ambassadeur fait référence à un rapport du secrétaire général sur les violences sexuelles liées aux conflits, qui n'a pas encore été rendu public mais qui est toujours présenté avant publication aux Etats concernés.

En août dernier, le rapport annuel avait prévenu qu'Israël pourrait être ajouté à la liste des parties suspectées ou responsables de violences sexuelles en situation de conflits armés, liste où se trouve déjà le Hamas.

L'ONU avait alors évoqué des "informations crédibles" de violences sexuelles commises par les forces de sécurité israéliennes contre des détenus palestiniens dans des prisons et autres centres de détention, mettant en avant un refus d'accès des inspecteurs de l'ONU.

"Nous avons invité les représentants de l'ONU à venir en Israël inspecter ces accusations ridicules, ils ont choisi de ne pas venir, ils ont choisi de continuer avec la campagne contre Israël", a déclaré Danny Danon. (Quid avec AFP)