L'ONU accuse Israël de vouloir la ''déstabiliser'' la Syrie, après une incursion et des frappes meurtrières

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Des débris et des véhicules militaires gisent sur les lieux d'une frappe israélienne dans le gouvernorat de Hama, dans le sud de la Syrie, le 3 avril 2025. Israël a mené une vaste campagne de bombardements contre les installations militaires syriennes depuis que les rebelles islamistes ont renversé Bachar el-Assad. (Photo d'Abdulaziz KETAZ / AFP)

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Alors que la Syrie tente de se relever après des années de guerre, l'ONU dénonce une escalade militaire israélienne aux conséquences dramatiques. Frappes aériennes, destructions d'infrastructures, incursions terrestres : ces actions, qualifiées de « préméditées » par Damas, ont fait 13 morts en 24 heures et ravivent les tensions régionales. L’envoyé spécial de l’ONU accuse Israël de chercher à « déstabiliser la Syrie à un moment sensible ».

Damas - L'ONU a accusé Israël jeudi de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG.

Les frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée.

L'envoyé spécial de l'ONU, Geir Pedersen, a appelé Israël "à cesser ces attaques (...) qui sapent les efforts visant à construire une nouvelle Syrie en paix avec elle-même et avec la région, et déstabilisent la Syrie à un moment sensible".

Depuis la chute de Bachar al-Assad et la prise du pouvoir par une coalition islamiste le 8 décembre, Israël, qui ne s’en privait pas non plus auparavant, a mené des centaines de frappes en Syrie contre des objectifs militaires.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a averti jeudi le nouveau le dirigeant syrien, Ahmad al-Chareh, qu'il paierait un "lourd tribut" si la sécurité d'Israël était menacée.

"Cette escalade injustifiée constitue une tentative préméditée de déstabiliser la Syrie", a pour sa part accusé le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays.

Le ministère syrien des Affaires étrangères a affirmé que l'aéroport avait été "presque entièrement détruit" et évoqué des "dizaines de blessés civils et militaires".

"Protectorat turc" 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, quatre militaires ont été tués et 12 blessés dans les raids contre l'aéroport de Hama.

Un correspondant de l'AFP a vu au moins un avion militaire calciné dans un hangar, et des véhicules militaires, dont un transportant un système de défense anti-aérienne, gravement endommagés.

Un bâtiment du centre de recherche scientifique à Barzé, dans la banlieue de Damas, également visé, a été détruit, selon un correspondant.

En Israël, l'armée a prétendu comme chaque fois avoir "frappé les capacités militaires dans les bases syriennes de Hama et T4, dans la province de Homs, ainsi que d'autres infrastructures militaires dans la région de Damas".

Une source syrienne proche du dossier, restée anonyme aurait indiqué à l’AFP que la Turquie, alliée des nouvelles autorités syriennes, tente d'établir des "positions militaires" en Syrie dont une "à l'intérieur de la base T4".

Lors d'une conférence de presse à Paris, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a imputé à la Turquie "un rôle négatif en Syrie" et "au Liban". "Nous ne pensons pas que la Syrie devrait être un protectorat turc", a-t-il dit.

Appels au combat 

A Deraa, une foule en colère a participé jeudi aux funérailles de neuf personnes tuées lors de l'incursion.

"C'est une zone agricole (...) où personne ne menace les forces israéliennes. Nous voulons vivre en paix mais nous n'acceptons pas qu'on nous attaque", a déclaré Khaled al-Awdat, 48 ans, qui participait aux obsèques.

Les autorités de la province avaient annoncé leur décès après un bombardement israélien ayant suivi une "incursion israélienne" dans la région, "où les forces de l'occupation ont pénétré pour la première fois aussi profondément".

Selon l'OSDH, il s'agit d'habitants de la région qui ont pris les armes après des appels lancés dans les mosquées à contrer l'avancée des troupes israéliennes.

Soratant sa litanie habituelle, un porte-parole militaire israélien a déclaré que "la présence d'armes dans le sud de la Syrie constitue une menace pour l'Etat d'Israël", ajoutant que l'armée "ne permettrait pas l'existence d'une menace militaire en Syrie".

Dès la chute de Bachar al-Assad, après plus de 13 ans de guerre civile, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon démilitarisée du Golan, dans le sud-ouest de la Syrie.

Il a aussi mené des centaines de frappes aériennes sur des sites militaires, prétendant vouloir empêcher que des armes ne tombent entre les mains des nouvelles autorités, qu'il qualifie de "jihadistes".

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait exigé fin février "la démilitarisation totale du sud de la Syrie" et affirmé qu'il ne tolérerait pas que les forces du nouveau pouvoir se déploient au sud de Damas.

Le 26 mars, six civils avaient déjà été tués après une incursion israélienne similaire dans la province de Deraa, selon les autorités locales. (Quid avec AFP)

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