Politique
Algérie-Maroc : Oualid Kébir dénonce un « caméléonisme » politique autour de la résolution 2803
« Comment un État peut-il soutenir un mécanisme international destiné à protéger les civils et à garantir la stabilité, puis reprocher à un autre pays de participer à son application ? » (Oualid Kébir)
En novembre 2025, l’Algérie votait en faveur de la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies sur Gaza, au nom du consensus arabe et islamique. Quelques mois plus tard, certains médias algériens dénoncent la participation du Maroc à sa mise en œuvre. Pour l’opposant algérien Oualid Kébir, ce revirement illustre une incohérence politique et médiatique qui interroge.

« La force internationale saluée lors du vote devient suspecte dès lors que Rabat s’y associe. Il y voit une incohérence difficilement justifiable sur le plan politique » (Oualid Kébir).
Une résolution structurante pour Gaza
Oualid Kébir rappelle d’abord le contenu de la résolution 2803, adoptée le 17 novembre 2025 par le Conseil de sécurité. Le texte saluait un plan global présenté par Donald Trump visant à mettre fin au conflit à Gaza. Il prévoyait la création d’un Conseil de paix en tant qu’organe administratif transitoire, chargé d’accompagner la sortie de crise.
La résolution actait également la mise en place d’une force internationale provisoire. Celle-ci devait contribuer au rétablissement de la stabilité, sécuriser l’acheminement de l’aide humanitaire, soutenir la reconstruction et préparer un processus politique permettant aux Palestiniens d’exercer leur droit à l’autodétermination et d’établir leur État.
Le texte mentionnait en outre le déploiement d’une force multinationale, en coordination avec les États concernés, afin de garantir la sécurité, protéger les civils, prévenir toute reprise des violences et superviser les arrangements postérieurs au cessez-le-feu. Pour Oualid Kébir, il s’agit d’un dispositif clairement encadré par le droit international et les mécanismes onusiens.
Le vote algérien et le consensus revendiqué
À l’époque, l’Algérie siégeait comme membre non permanent du Conseil de sécurité. Elle a voté en faveur de la résolution, la présentant comme conforme au consensus arabe et international. Oualid Kébir rappelle que les médias algériens avaient alors défendu ce choix en le décrivant comme un acte de réalisme politique et une manière d’éviter l’isolement d’Alger sur la scène régionale.
Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, avait justifié ce vote en soulignant qu’il s’inscrivait dans un cadre arabo-islamique partagé. Lors d’une conférence de presse, il avait affirmé que l’Algérie ne pouvait s’écarter de la position des Palestiniens ni sortir du consensus soutenant le projet de résolution et appelant à son adoption par le Conseil de sécurité.
Il avait également insisté sur la nécessité d’une résolution urgente et contraignante pour mettre fin aux souffrances infligées au peuple palestinien à Gaza. Pour Oualid Kébir, ces déclarations constituent un engagement clair en faveur du texte et de ses mécanismes.
Un retournement médiatique pointé du doigt
Le débat a pris une nouvelle tournure lorsque le Maroc, en tant que membre fondateur du Conseil de paix, a annoncé sa disponibilité pour contribuer à la force internationale prévue par la résolution. C’est à ce moment, indique Oualid Kébir, que le discours médiatique algérien a changé de ton.
Certains commentaires ont qualifié la participation marocaine de ‘’trahison ou de coordination avec l’occupation’’. Le quotidien El Khabar a notamment publié un article critiquant la décision du Maroc de prendre part à la mise en œuvre d’une résolution que l’Algérie avait pourtant approuvée.
Pour l’opposant algérien, le contraste est frappant. La force internationale saluée lors du vote devient suspecte dès lors que Rabat s’y associe. Il y voit une incohérence difficilement justifiable sur le plan politique.
Une question de cohérence politique
Oualid Kébir pose une interrogation centrale : comment un État peut-il soutenir un mécanisme international destiné à protéger les civils et à garantir la stabilité, puis reprocher à un autre pays de participer à son application ?
Il souligne que la contribution du Maroc ne s’écarte ni de l’esprit ni de la lettre de la résolution. Elle s’inscrit dans la logique du texte, qui prévoit explicitement une force internationale pour sécuriser l’aide, protéger les populations et accompagner la reconstruction.
Il estime que qualifier cette participation d’atteinte à la dignité revient à contredire les justifications avancées au moment du vote. Si la résolution était présentée comme une nécessité politique et humanitaire, son application ne saurait être assimilée à une faute morale.
Un débat au-delà des rivalités
Au-delà de la polémique, la question dépasse la rivalité entre Alger et Rabat. Elle touche à la cohérence du discours politique et à la crédibilité des positions affichées sur la scène internationale, souligne Oualid Kébir qui renvoie le journal Al Khabar à ses propres archives. Voici ce qu’il a publié au lendemain du vote algérien en v-faveur de la résolution2803 du Conseil de sécurité des Nations unies.
Un devoir international et moral
Le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, a, hier soir, présenté les motivations et les éclaircissements relatifs au vote de l’Algérie en faveur du projet de résolution américain sur Gaza, rejeté par la résistance, écrivait notamment Al Khabar.
Lors d’une conférence de presse, Ahmed Attaf a déclaré que « l’Algérie ne pouvait s’écarter de la position de ses frères palestiniens, ni sortir du cadre du consensus arabe et islamique soutenant le projet de résolution et appelant à son adoption par le Conseil de sécurité. Il a ajouté que l’Algérie ne pouvait pas non plus adopter une position contraire à celle qu’elle avait défendue auparavant, à savoir la nécessité d’une résolution urgente et contraignante pour mettre fin à toutes les formes de souffrance infligées au peuple palestinien à Gaza. »