Covid-19 / Ali Bouabid : La confiance nécessaire est troublée par le manque de visibilité et les signaux contradictoires

5437685854_d630fceaff_b-
3173
Partager :

Prolongation l’état d’urgence sanitaire, mais encore… C’est la question que semble se poser Ali Bouabid sur sa page Facebook, sous le titre : L’épreuve de la responsabilité politique. Il y livre sa perception, juste, de la situation actuelle de confinement/déconfinement. Et souligne combien l’attitude gouvernementale perturbe la vision des citoyens et trouble leur confiance acquise.  Le Quid publie ce texte avec l’autorisation de son auteur, tant les questions qu’il pose et les problèmes qu’il soulève sont largement partagés par l’opinion publique marocaine.

Le 10 juin, et après trois mois de confinement les marocains veulent non seulement « respirer » mais comprendre pour rester mobilisés. Tirer et discuter des leçons du confinement est en principe un préalable pour scénariser «l'après» 10 juin.

La confiance nécessaire est aujourd’hui troublée par le manque de visibilité et les signaux contradictoires qui nous parviennent. Elle a besoin d’un minimum de transparence sur les chiffres et surtout d’explications sur leurs évolutions. Elle ne peut se suffire de l’exposé quotidien et partiel de la situation épidémiologique qui informe sans expliquer. Ou encore de l’énoncé des critères théoriques en vigueur pour décider du déconfinement. 

Plus fondamentalement, il appartient à présent aux pouvoirs publics de dresser un bilan analytique de la situation depuis trois mois en faisant notamment ressortir les principaux enseignements tirés des constats effectués au triple plan, sanitaire, social et économique et d’en déduire les arbitrages que le gouvernement entend opérer en matière de confinement/déconfinement. Le fil rouge qui doit relier les constats, les leçons et les choix doit être clairement énoncé. Il était absent de l’exposé du chef du gouvernement du 18 mai 2020.

C’est là un choix purement politique qui doit s’assumer comme tel. Il se lira dans le nouvel arbitrage à rendre entre les trois impératifs contradictoires (sanitaire, social et économique). Il ne saurait donc s’abriter derrière une quelconque vérité médicale indiscutable. Le savoir médical est évidemment essentiel pour éclairer des choix. Mais remettre le pays en ordre de marche relève d’un tout autre registre : faire fonctionner une société. Et ce ne sont pas des avis scientifiques et médicaux si pertinents soient-il qui peuvent et doivent l’assurer. Le sens de la responsabilité politique dans toute sa difficulté, et devant une opinion comme jamais attentive car ébranlée dans son quotidien, n’a jamais été aussi prégnant.

Ali Bouabid
Le 9 juin 2020

 

lire aussi