Élections législatives de 2026 : faut-il légiférer contre les dynasties familiales en politique ? – Par Anwar Cherkaoui

Élections législatives de 2026 : faut-il légiférer contre les dynasties familiales en politique ? – Par Anwar Cherkaoui

Dans plusieurs formations politiques, des personnalités influentes cherchent à imposer leurs proches sur les listes électorales. Un père souhaite céder sa circonscription à son fils. Une mère prépare l’ascension de sa fille. Un responsable politique fait investir son épouse.

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À l’approche des élections législatives marocaines prévues en septembre 2026, la question de l’influence des familles dans la vie politique refait surface. Dans cette tribune, Mohammed Anwar Cherkaoui s’interroge sur la place croissante des logiques familiales dans les investitures partisanes et plaide pour une réflexion sur l’encadrement juridique des successions politiques au sein d’une même famille, au nom de la méritocratie, de l’équité électorale et de la consolidation démocratique.

Mohammed Anwar CHERKAOUi

 Acteur Associatif

À l’approche des élections législatives prévues le 23 septembre 2026, une question sensible mais essentielle s’impose dans le débat public marocain : la démocratie peut-elle s’épanouir pleinement lorsque certains partis politiques transforment les candidatures électorales en affaire de famille ?

Le sujet peut sembler délicat, voire controversé. Certains y verront une atteinte à la liberté individuelle ou au droit constitutionnel de tout citoyen de se présenter aux suffrages.

Pourtant, derrière cette apparente normalité se cache une réalité qui inquiète de nombreux observateurs de la vie politique nationale : l’émergence d’une véritable rente familiale électorale.

 La politique en héritage

Dans plusieurs formations politiques, des personnalités influentes cherchent à imposer leurs proches sur les listes électorales. Un père souhaite céder sa circonscription à son fils. Une mère prépare l’ascension de sa fille. Un responsable politique fait investir son épouse.

Parfois, plusieurs membres d’une même famille se retrouvent simultanément candidats à différents niveaux de représentation et il est arrivé de retrouver simultanément père et fille au Parlement, ou qu’une famille s’accapare un parti. À force de se répéter, elle donne le sentiment que certains sièges électifs sont devenus des patrimoines transmissibles, comme s’il s’agissait d’un héritage politique réservé à quelques lignées.

Cette pratique n’est pas nouvelle. Elle existe depuis des décennies et concerne aussi bien la Chambre des représentants du Maroc que la Chambre des conseillers du Maroc. Dans Le Commandeur des croyants, le politologue américain John Waterbury, édité en 1975 décrit minutieusement un système où les élites familiales — grandes familles urbaines de Fès, Rabat, Salé, Marrakech ou familles caïdales et rurales — se partagent les centres de pouvoir et se reproduisent en son sein.

 La politique et ses exigences

Le véritable problème n’est pas qu’un fils, une fille ou une épouse souhaite servir son pays.

Toute citoyenne et tout citoyen en a le droit. Surtout s’il est formé et préparé pour. Mais le problème survient lorsque la candidature repose davantage sur le nom de famille que sur les compétences, l’expérience, la vision ou l’engagement au service de l’intérêt général.

La politique n’est pas une succession héréditaire. Elle exige culture institutionnelle, sens de l’État, écoute des citoyens, maîtrise des dossiers économiques et sociaux, et capacité à défendre les intérêts de la nation.

Aucune de ces qualités ne se transmet automatiquement par le lien du sang.

 Une démocratie fragilisée

Lorsque les investitures sont monopolisées par des clans familiaux, plusieurs conséquences préoccupantes apparaissent. Les militants compétents et méritants sont écartés. Les jeunes talents sans appui familial se découragent. Les électeurs perdent confiance dans la sincérité du processus démocratique.

A l’arrivée, les institutions représentatives sont plus perçues comme des espaces de reproduction d’influences plutôt que comme des lieux de débat et de service public.

À terme, la démocratie se vide de sa substance.

 Une proposition de loi pour moraliser la vie politique

Certains proposent l’adoption d’une disposition législative interdisant à plusieurs membres d’une même famille proche de se présenter simultanément lors d’un même scrutin, ou de succéder directement les uns aux autres dans une même circonscription sans critères transparents de sélection.

Il est normal qu’on objecte à cette proposition qu’en définitive il appartient aux électeurs de sanctionner par leurs votes semblables comportements politiques et de barrer le chemin à ces recyclages familiaux. Sans doute. Encore faudrait-il que la démocratie marocaine en soit à un stade de maturité qui lui permet de se protéger de tout ce qui vicie son fonctionnement.

Une telle mesure ne viserait pas à exclure des citoyens en raison de leur parenté, mais à prévenir les conflits d’intérêts et à garantir une plus grande équité dans l’accès aux responsabilités électives.

Elle constituerait un signal fort en faveur de la moralisation de la vie publique et de la consolidation de l’État de droit.

 Le Maroc face à un choix historique

Sous l’impulsion de Mohammed VI, le Maroc a engagé depuis plusieurs années de profondes réformes institutionnelles visant à renforcer la bonne gouvernance, la transparence et la méritocratie.

Les élections de septembre 2026 représentent une occasion majeure de traduire ces principes dans la pratique politique quotidienne.

Le citoyen marocain aspire à des représentants choisis pour leur intégrité, leur compétence et leur capacité à porter des solutions concrètes, non pour leur seule appartenance à une famille influente.

 Redonner à la politique sa noblesse

La représentation nationale doit rester un mandat confié par le peuple, et non un privilège transmis de génération en génération. La démocratie marocaine gagnerait en crédibilité si les partis politiques privilégiaient les parcours, les idées et le mérite plutôt que les liens de parenté. L’avenir du Maroc mérite mieux que des successions familiales organisées. Il exige des femmes et des hommes libres, compétents et profondément engagés au service exclusif de la nation.

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