L’école marocaine à l’épreuve de sa transformation : les enseignants au cœur de la réforme

L’école marocaine à l’épreuve de sa transformation : les enseignants au cœur de la réforme

’’Les enseignants ne sont plus perçus comme de simples exécutants des politiques publiques, mais comme des acteurs à part entière de la réforme éducative’’ (Aziz Akhannouch)

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À Rabat, lors du Forum national de l’enseignant, le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch a réaffirmé le rôle central des enseignants dans la refonte du système éducatif marocain. Considérés désormais comme de véritables partenaires et non de simples exécutants, ils sont appelés à participer à toutes les étapes de la réforme. Cette orientation s’accompagne de mesures concrètes : revalorisation salariale, nouveau statut, refonte de la formation et déploiement du programme “Écoles pionnières”. Dans un contexte de transformation globale de l’école marocaine, les autorités mettent en avant une approche fondée sur le dialogue, l’innovation pédagogique et la valorisation du capital humain.

Une reconnaissance politique du rôle des enseignants

Le discours tenu à Rabat par le Chef du gouvernement marque une inflexion nette dans la manière d’appréhender la fonction enseignante. Devant les participants de la deuxième édition du Forum national de l’enseignant, Aziz Akhannouch a insisté sur une idée centrale : les enseignants ne sont plus perçus comme de simples exécutants des politiques publiques, mais comme des acteurs à part entière de la réforme éducative.

Cette reconnaissance s’inscrit dans une vision de long terme. La réforme du système éducatif est décrite comme un processus exigeant, qui nécessite constance, cohérence et confiance mutuelle. Dans cette perspective, les enseignants interviennent à toutes les étapes : diagnostic des dysfonctionnements, formulation de propositions, mise en œuvre des politiques et évaluation des résultats.

Le forum, organisé sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, est également présenté comme une illustration de l’attention portée à ce corps professionnel. Il s’impose progressivement comme un rendez-vous institutionnel structurant, consacré à l’écoute des préoccupations des enseignants et à l’ancrage d’un dialogue durable.

Des mesures concrètes pour revaloriser la profession

Au-delà des déclarations, le gouvernement met en avant une série de mesures destinées à améliorer les conditions matérielles et statutaires des enseignants. L’adoption d’un nouveau statut des fonctionnaires de l’Éducation nationale constitue l’un des piliers de cette stratégie. Ce texte concerne près de 336.000 agents et vise à moderniser la gestion des carrières tout en renforçant l’attractivité du métier.

Parallèlement, une revalorisation salariale significative a été engagée, avec une augmentation générale d’au moins 1.500 dirhams mensuels. Cette mesure s’inscrit dans un effort budgétaire global, incluant également la révision du régime des indemnités, pour un coût annuel estimé à 17 milliards de dirhams.

Ces décisions traduisent une volonté politique de restaurer l’image de la profession enseignante, longtemps fragilisée par des tensions sociales et des revendications persistantes. Elles visent également à stabiliser le corps éducatif et à créer les conditions d’un engagement durable dans la réforme.

Une réforme pédagogique centrée sur la formation

La transformation du système éducatif ne se limite pas aux aspects statutaires. Elle repose aussi sur une refonte en profondeur de la formation des enseignants. Le gouvernement met l’accent sur le renforcement de la formation initiale, tout en développant des parcours structurés de formation continue.

Cette orientation s’inscrit dans une feuille de route plus large, qui place le triptyque école-enseignant-élève au cœur du processus de réforme. L’objectif est de créer un environnement éducatif cohérent, capable de répondre aux défis contemporains, notamment en matière de qualité des apprentissages et d’équité.

Dans cette dynamique, le programme “Écoles pionnières” occupe une place stratégique. Il concerne déjà plus de 4.600 établissements primaires et près de deux millions d’élèves. L’ambition affichée est de généraliser ce modèle à l’ensemble du système à l’horizon 2026-2027. Ce dispositif vise à introduire de nouvelles pratiques pédagogiques, à renforcer l’accompagnement des élèves et à améliorer les performances scolaires.

En parallèle, des efforts sont déployés pour lutter contre la déperdition scolaire et élargir les dispositifs de la “Deuxième chance”, destinés aux élèves en situation de décrochage.

Un espace de dialogue et d’innovation pédagogique

Pour le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Saad Berrada, le Forum national de l’enseignant constitue un moment clé dans la consolidation de cette dynamique. Il le décrit comme un espace de réflexion collective, dédié à l’amélioration des pratiques éducatives et à la promotion de l’innovation pédagogique.

Au-delà de sa dimension institutionnelle, l’événement se veut également un temps de reconnaissance. Il met en lumière les efforts quotidiens des enseignants et valorise les expériences réussies, susceptibles d’inspirer l’ensemble du système éducatif.

Les réformes engagées visent ainsi à offrir un environnement de travail plus favorable, en renforçant l’accompagnement pédagogique et en développant la formation continue. L’objectif est double : améliorer la qualité de l’enseignement et garantir une plus grande stabilité du système éducatif.

Le ministre insiste également sur la dimension humaine de la réforme. La transformation de l’école ne se décrète pas uniquement par des politiques publiques. Elle se construit au quotidien, dans la relation entre l’enseignant et l’élève, dans la confiance et dans la persévérance.

L’enseignement, levier central du capital humain

La présidente du Conseil supérieur de l’éducation, Rahma Bourqia, a pour sa part rappelé que l’enseignement constitue un pilier fondamental dans la construction du capital humain. Le forum apparaît, selon elle, comme un cadre privilégié pour interroger les évolutions du métier et les nouveaux rôles assignés aux enseignants.

Ces derniers ne se limitent plus à la transmission des savoirs. Ils participent désormais à la formation de la personnalité des élèves et au développement de leurs compétences. Cette évolution implique une adaptation constante des pratiques pédagogiques, ainsi qu’un investissement accru dans le développement personnel.

Les enseignants sont ainsi appelés à adopter des approches centrées sur l’apprenant, à renouveler leurs méthodes et à s’inscrire dans une logique d’innovation continue. Leur contribution est jugée déterminante pour accompagner la transformation du système éducatif.

Un accompagnement social et technologique renforcé

La Fondation Mohammed VI de promotion des œuvres sociales de l’Éducation-Formation joue également un rôle important dans cet écosystème. Son président, Youssef El Bakkali, a mis en avant les actions menées pour améliorer les conditions de vie et de travail des enseignants.

Depuis 2023, la Fondation a procédé à la distribution de plus de 117.000 ordinateurs et 37.000 vidéoprojecteurs, facilitant ainsi l’intégration des outils numériques dans les pratiques pédagogiques. Ces équipements s’inscrivent notamment dans le cadre du programme “Écoles pionnières”.

Par ailleurs, des initiatives ont été lancées en matière de formation continue. Une plateforme d’apprentissage des langues a été mise à disposition de 32.000 bénéficiaires, tandis que d’autres programmes ciblent le renforcement des compétences des cadres éducatifs.

Ces actions témoignent d’une approche globale, qui combine soutien social, modernisation technologique et développement des compétences.

Un forum structurant pour la réforme éducative

Organisé sur deux jours, le Forum national de l’enseignant réunit plus de 3.000 participants venus de toutes les régions du Royaume, ainsi que des experts nationaux et internationaux. Placé sous le thème “L’enseignant, au cœur de la transformation de l’éducation”, il ambitionne de devenir un espace structurant pour le débat pédagogique.

Les travaux s’articulent autour de quatre axes principaux : la formation au métier d’enseignant, l’épanouissement professionnel, l’adoption de pratiques pédagogiques efficaces et la compréhension des besoins spécifiques des élèves.

Conférences, tables rondes, ateliers participatifs et sessions de partage d’expériences rythment le programme. L’objectif est de favoriser la diffusion des bonnes pratiques et d’encourager une dynamique collective d’innovation.

À travers ce forum, les autorités entendent consolider une approche participative de la réforme éducative. En plaçant les enseignants au cœur du dispositif, elles misent sur leur engagement et leur expertise pour réussir la transformation de l’école marocaine.

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