Tribune : Le mouvement amazigh radical et la thèse séparatiste – Par Bilal Talidi

Tribune :  Le mouvement amazigh radical et la thèse séparatiste – Par Bilal Talidi

Maddy Weitzman, professeur à l’Université du Texas et chercheur associé à l’Institut Moshe Dayan. Celui-ci a consacré de nombreux travaux à la question amazighe, parmi lesquels “L’identité du mouvement amazigh et les défis des États nord-africains”,

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Alors qu’une controverse sur le mouvement amazigh au Maroc enfle suscitant des réactions virulentes de ses militants, Bilal Talidi se penche dans cette tribune sur les lectures géopolitiques et idéologiques produites dans certains cercles académiques américains et israéliens autour de la question amazighe. Il s’attarde notamment sur les travaux du chercheur israélien Maddy Weitzman, chercheur au Centre Moshe Dayan d'études sur le Moyen-Orient et l'Afrique de l’Université de Tel-Aviv, dont les analyses sur l’identité amazighe, le Maroc et les relations avec Israël sont présentées comme porteuses d’une vision politique visant à redéfinir les équilibres identitaires et géopolitiques de la région.

Bilal Talidi

La question identitaire dans les stratégies géopolitiques

L’observation attentive des centres de réflexion américains et israéliens montre clairement la place qu’occupent les questions linguistiques et ethniques dans les politiques orientées vers la décision politique. Prétendre que Washington et Tel-Aviv défendent les droits linguistiques et culturels des minorités relève d’une illusion dont la fragilité est largement démontrée. La défense des intérêts passe par l’exploitation de tous les dossiers, l’activation de toutes les contradictions et l’art de les gérer afin d’exercer une pression sur les régimes en place.

Dans le cas amazigh, qui traverse l’Afrique du Nord et la région sahélienne, de nombreuses thèses ont émergé. Leurs auteurs se présentent comme des spécialistes et experts académiques de la question amazighe, sans agenda politique apparent. Pourtant, leurs ouvrages, études et articles publiés par des universités, des centres de recherche ou des revues scientifiques dépassent souvent le simple cadre académique pour formuler des recommandations destinées aux décideurs politiques sur la manière de traiter la question amazighe. Et ces recommandations sont parfois particulièrement inquiétantes.

Le rôle de Maddy Weitzman dans la construction d’un discours politique

Les travaux du chercheur israélien d’orientation sioniste Maddy Weitzman, professeur à l’Université du Texas et chercheur associé à l’Institut Moshe Dayan. Celui-ci a consacré de nombreux travaux à la question amazighe, parmi lesquels “L’identité du mouvement amazigh et les défis des États nord-africains”, publié en 2011 et récompensé en 2013 par le prix Karl Brown de l’Institut américain des études maghrébines.

Il a également publié “Un siècle de politiques arabes : de la Révolution arabe au Printemps arabe” en 2016, en plus de nombreux articles consacrés à la relation entre les Amazighs et Israël.

Connu pour ses fréquents séjours au Maroc et ses multiples rencontres avec des militants amazighs, Maddy Weitzman a cherché à documenter leur récit identitaire afin de construire une thèse amazighe mise au service de la politique israélienne, et d’aplanir les difficultés qu’elle rencontre notamment dans l’espace maghrébin. Bien plus encore, il va au-delà de cela et s’en sert pour fonder une thèse séparatiste dangereuse qui menace l’intégrité et la souveraineté de l’État marocain.

Une lecture identitaire au service du rapprochement avec Israël

Plusieurs militants amazighs considèrent Maddy Weitzman comme une référence intellectuelle inspirante pour leur mouvement. Certains voient même en lui un porte-parole académique exprimant, à travers ses travaux, des positions qu’ils préfèrent ne pas afficher directement.

La thèse centrale développée par le chercheur de l’Institut Moshe Dayan repose sur l’idée que les Amazighs constituent un levier stratégique pour favoriser la normalisation avec Israël et éloigner le Maroc de son environnement arabe.

Son argumentaire s’appuie sur l’idée que les racines historiques du Maroc seraient exclusivement amazighes, tandis que les Arabes seraient des éléments extérieurs venus ultérieurement. Selon cette lecture, ce seraient les Arabes qui auraient entraîné le Maroc dans le conflit avec Israël, notamment en donnant à l’État une dimension religieuse incarnée par l’institution de la Commanderie des croyants, tout en restant liés à une mémoire historique marquée par l’opposition à Israël.

La thèse du “Maroc maure” et le risque séparatiste

Toujours selon cette approche, la meilleure stratégie pour la politique sioniste au Maghreb consisterait à renforcer l’idée de l’origine “maure” du Maroc, à promouvoir une identité amazighe exclusive et à mettre en avant le caractère supposément laïque de l’histoire politique amazighe.

Cette lecture insiste également sur l’idée que l’islam serait un élément tardivement introduit dans l’histoire marocaine. L’auteur cite à cet égard l’exemple de l’émirat de Barghawata, présenté comme un modèle historique ayant adopté une religion distincte de l’islam et un texte religieux différent du Coran des musulmans.

L’auteur considère que cette vision identitaire constitue une thèse séparatiste dangereuse, susceptible de menacer la cohésion de l’État marocain, sa souveraineté et sa stabilité.

Une identité pensée en opposition à l’État

C’est pourquoi, lorsqu’il définit l’identité du mouvement amazigh dans son ouvrage principal, il affirme qu’elle se situe dans une contradiction fondamentale avec l’identité de l’État ainsi qu’avec celle des mouvements de l’islam politique, entretenant avec les deux une relation permanente de confrontation.

Dans l’introduction de son livre consacré à l’identité de ce mouvement, il ne cache pas que celui-ci regarde vers l’expérience des Kurdes, en particulier les Kurdes d’Irak, dans leur long parcours mêlé de larmes et de sang pour obtenir des droits linguistiques et culturels ainsi qu’une autonomie administrative, avec une attention particulière sur la notion d’autonomie administrative.

Il écrit également, de manière explicite, que ce mouvement croise les aspirations des régions de Catalogne et du Pays basque en Espagne. Cela signifie clairement, selon l’auteur, l’existence d’un projet politique attribué au mouvement amazigh, en contradiction avec l’identité de l’État et avec l’ensemble des courants qui s’y rattachent totalement ou partiellement, dans une perspective pouvant conduire à la séparation ou, au minimum, à la revendication de l’autonomie.

L’introduction de la dimension berbère dans la définition du judaïsme

Dans thèse, Weitzman va encore plus loin. Il considère qu’Israël devrait, au regard des caractéristiques et du potentiel politique du mouvement amazigh, revoir sa conception de l’identité juive et y intégrer la dimension berbère.

Dans un article de recherche intitulé “Le récit du passé au service du futur : identité du mouvement amazigh et relations juives”, il écrit textuellement dans la conclusion : “Pour Israël et le monde juif en général, il est désormais possible de commencer à intégrer la dimension berbère dans les discussions publiques sur la question de savoir qui est juif.”

Cette conclusion, ajoutée aux autres développements de cette thèse, constitue un défi sécuritaire pour le Maroc. Il ne s’agit pas seulement d’encourager des tendances séparatistes, d’alimenter la confrontation avec l’État, d’affaiblir sa légitimité ou de menacer la coexistence entre les composantes de la société marocaine.

Il s’agit également d’un projet politique expansionniste d’inspiration sioniste, visant à dépasser les critères religieux qui encadrent traditionnellement l’appartenance au judaïsme, afin d’introduire la composante berbère dans une certaine définition de l’identité religieuse juive.

Des risques pesant sur l’unité du Maroc

Une telle construction pourrait, à terme, servir de fondement à une revendication historique ou symbolique sur le Maroc, Israël pouvant un jour prétendre disposer d’un héritage historique dans le Royaume et revendiquer sa récupération.

Dans cette perspective, le mouvement amazigh tel que Mady Weitzman cherche à le façonner, conformément à la vision du Centre Moshe Dayan, deviendrait l’outil de mise en œuvre de ce projet.

Nous présentons ces conclusions avec la même clarté que celle dans laquelle elles ont été formulées — rappelons qu’elles ont été rédigées en anglais — afin de placer chacun face à ses responsabilités.

Les dangers et les défis qui menacent l’unité du Maroc, sa stabilité, la coexistence de ses composantes, sa spécificité religieuse et la place de l’institution de la Commanderie des croyants ne peuvent être abordés de manière sélective ou à la légère.

Il ne saurait être acceptable, selon l’auteur, de mettre en garde contre certains périls tout en minimisant d’autres menaces jugées plus graves, simplement parce que leurs sources correspondent à des partenaires avec lesquels existent des intérêts politiques ou stratégiques temporaires.

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