Grand Prix national de la presse 2025 : une profession célébrée, un rôle réaffirmé

Grand Prix national de la presse 2025 : une profession célébrée, un rôle réaffirmé

De gauche à droite : Le Président de la Cour Constitutionnelle, Mohammed Amine BENABDALLA, remettant le Prix honorifique du Grand Prix de la Presse 2025 à Naïm KAMAL, éditorialiste et directeur du Quid.ma

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La 23e édition du Grand Prix national de la presse a mis en lumière, à Rabat, l’engagement de journalistes issus de divers horizons médiatiques. Entre hommages, distinctions et prises de parole institutionnelles, la cérémonie a rappelé le rôle essentiel de la presse marocaine dans l’accompagnement des enjeux nationaux, au moment où le paysage médiatique poursuit sa transition numérique et professionnelle.

Une cérémonie placée sous le signe de la reconnaissance

La cérémonie de remise des prix du Grand Prix national de la presse, organisée lundi soir à Rabat, a rassemblé un large public composé de responsables institutionnels, de figures culturelles et de professionnels des médias. Dans la salle, une atmosphère de reconnaissance et de transmission marquait cette 23e édition, qui demeure l’un des rendez-vous les plus importants du secteur depuis sa création en 2002 à l’initiative du Roi Mohammed VI.

Le Prix honorifique, l’un des moments forts de la soirée, a été décerné ex-æquo à deux personnalités dont les parcours témoignent de décennies dédiées au métier. Le jury a choisi de distinguer Naïm Kamal, journaliste et directeur de publication de Quid.ma, pour son apport à la presse nationale et son engagement constant en faveur d’un journalisme exigeant. Un hommage a également été rendu, à titre posthume, à Said El Jadidi, ancien journaliste du desk espagnol de la SNRT, dont la carrière avait marqué plusieurs générations de professionnels.

De gauche à droite : Jihane Jdidi, fille du défunt journaliste Saïd Jdidi et Naïm Kamal, évoquant la mémoire du défunt.

La dimension intergénérationnelle et la continuité du service public de l’information figuraient au cœur de la cérémonie, qui a réaffirmé l’importance d’un journalisme ancré dans l’indépendance, la rigueur et la responsabilité.

Une presse appelée à accompagner les transformations nationales

Le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid

Intervenant lors de cette édition, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, a souligné le rôle central du journalisme dans un contexte national marqué par des évolutions géopolitiques et institutionnelles significatives. Le ministre a rappelé que l’adoption récente de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Sahara marocain constitue un tournant majeur que la presse marocaine est appelée à accompagner avec sérieux et professionnalisme.

Selon lui, la presse doit contribuer à éclairer l’opinion publique, analyser les enjeux et animer un débat informé, dans un esprit de responsabilité nationale. Il a insisté sur la nécessité d’un journalisme capable de rendre compte des mutations du pays, en restant attaché à l’éthique professionnelle et à la déontologie.

Le ministre a également rappelé que la presse ne peut être réduite à un simple métier : elle est un service public, un espace de transparence démocratique, et un vecteur essentiel de confiance dans l’action publique. La révélation de faits, la vérification des informations et la diffusion de contenus fiables, selon ses mots, constituent la base d’un paysage médiatique sain.

Dans un secteur confronté à des défis structurels, notamment la transition numérique, la crise du modèle économique et la nécessité d’une plus grande proximité avec les publics, le ministre a appelé à l’adaptation des formations et des compétences. Le journalisme de demain, a-t-il affirmé, devra maîtriser la recherche avancée, la vérification des données, l’analyse et le traitement approfondi de l’information, tout en intégrant la responsabilité numérique comme exigence centrale.

Une édition marquée par la diversité des talents récompensés

Photo de famille des primés.

Cette 23e édition a mis à l’honneur des journalistes issus de médias nationaux et internationaux, de la presse écrite aux plateformes électroniques, en passant par la télévision, la radio, l’agence de presse et le journalisme d’investigation. La diversité des distinctions illustre l’évolution d’un paysage où coexistent nouvelles pratiques éditoriales, approfondissement de l’enquête et développement du multilinguisme médiatique.

Le prix honorifique dédié aux journalistes marocains exerçant à l’étranger a été attribué à Jawad Badda, journaliste de beIN Sports, et à Fatima Zahra Bouaziz, correspondante de l’agence EFE au Maroc. Cette distinction met en lumière le rôle croissant de la diaspora médiatique dans la représentation du Maroc sur la scène internationale.

Le prix de la télévision a été remporté ex-æquo par Abdellah Jaafari de Medi1 TV, pour son reportage consacré à l’Académie Mohammed VI de football, et par Younes El Bdiwi de la Chaîne culturelle de la SNRT, récompensé pour son travail sur le Waqf scientifique au Maroc. Ces choix traduisent la reconnaissance d’un journalisme télévisuel qui allie pédagogie et enquête de terrain.

Dans la catégorie radio, le jury a distingué Nabila Qamimi et Mounia Arshi d’Alidaa Alwatania. La première pour un reportage sur l’épopée de la Marche verte, la seconde pour une production portant sur les pistes de réforme du Code de la famille. Les deux travaux montrent une utilisation sonore maîtrisée, au service de récits documentés et accessibles.

Le prix de la presse écrite a été remis à Nabila Bakas du journal Le Matin pour son article intitulé Les hôpitaux publics… quand les agents de sécurité dictent leur loi, qui traite d’un sujet sensible avec une approche d’investigation et d’analyse sociale. Dans la presse électronique, la journaliste Khadija Alimoussa de TelQuel Arabi a été récompensée pour son enquête sur l’enrôlement des enfants à Tindouf, illustrant la pertinence du journalisme en ligne sur des questions d’actualité internationale.

Pour la presse d’agence, Mohammed Haddadi a été distingué pour un article intitulé Le chapelet, vedette incontestée des cadeaux offerts aux pèlerins, un sujet mêlant culture, pratiques sociales et économie du pèlerinage.

Le prix du journalisme d’investigation a été attribué au duo Asma Aïnoun et Zakaria Dhalfi de 2M pour leur reportage Programme Moukhtafoun : l’affaire Marouane Al-Mokaddem, une enquête sensible sur un dossier humain et judiciaire complexe.

Les productions amazighes et hassanies ont également été récompensées. Ibrahim Ishwi et Fadwa Amghar, de la Radio amazighe, ont remporté le prix ex-æquo pour leurs reportages respectivement consacrés à la coutume tribale Tada et à la récolte des moules dans la province de Tiznit. Dans la catégorie dédiée à la culture et l’espace sahraoui hassani, Cheikh Maâ El-Ainine de Radio Laâyoune et Ghali Karhi de la Chaîne Laâyoune ont été récompensés pour leurs reportages sur l’autoroute Tiznit-Dakhla et les chevaux d’Oued-Noun.

Le prix régional a été attribué à Hafedh Malain du site Laâyoune Now pour un reportage intitulé La Glorieuse Marche verte, un demi-siècle de fidélité, témoignant du dynamisme croissant des rédactions locales. En photographie, le prix est allé à Abdelmajid Bziouat de L’Économiste pour son travail consacré à M’hamid el Ghizlan, espace emblématique du patrimoine nomade.

Le prix de la caricature n’a pas été décerné cette année, faute de productions répondant aux critères du jury.

 Des recommandations pour renforcer la dynamique professionnelle

La présidente du jury, Fatima Zahra Ouriaghli, a souligné le niveau élevé des 156 œuvres candidates cette année, saluant le professionnalisme des journalistes marocains et leur engagement à informer le public avec responsabilité. Elle a présenté plusieurs recommandations visant à renforcer la structure du Grand Prix et à stimuler l’excellence.

Parmi ces suggestions figurent la création d’un prix consacré à la présentation et au dialogue, deux compétences au cœur du travail télévisuel et radiophonique, qui contribuent à dynamiser le débat public. Elle a également proposé la mise en place d’un prix spécifique pour le journalisme sportif, un domaine en pleine expansion qui gagnerait à être davantage institutionnalisé.

Le jury recommande par ailleurs de revoir la structure du Grand Prix en instaurant des distinctions pour la deuxième et la troisième places, afin d’encourager la compétition positive et de valoriser un plus grand nombre de travaux.

Les membres du jury — comprenant notamment Mohammed Taoufik Ennassiri, Mouhsine Bountaj, Abdellatif Bensfia, Sanae Rahimi, Mohammed Zouak, Fatima Anejdam, Adil Alaoui, Mohamed Bourouis, Ahmed Arkam et Youssef Belhaissi — ont rappelé que la diversité des profils présents reflète celle du paysage médiatique marocain, en constante évolution.

Une presse en mouvement, entre responsabilités et mutations

Au-delà des distinctions, cette édition du Grand Prix national de la presse a mis en exergue une profession en transition, appelée à conjuguer traditions rédactionnelles et innovations numériques. Le journaliste marocain est désormais confronté à des défis nouveaux : lutte contre la désinformation, adaptation aux formats interactifs, maîtrise des données, exigences économiques et proximité avec les lecteurs.

Le message attendu par l’ensemble des intervenants reste clair : la presse marocaine avance vers l’avenir avec la conscience de ses responsabilités, forte de sa vocation historique d’acteur de démocratie et de société. La reconnaissance des talents, l’exigence professionnelle et l’adhésion aux principes éthiques demeurent les piliers d’un paysage médiatique appelé à se renouveler sans perdre son cap.