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À Oujda, le livre ouvre le débat sur les grandes mutations du monde
L'accès au livre et le développement de la créativité participent à la construction d'une société du savoir et à la diffusion des valeurs de tolérance et d'ouverture.
Réunissant écrivains, philosophes, chercheurs et éditeurs de plusieurs continents, la sixième édition du Salon du livre « Lettres du Maghreb » se tient à Oujda du 27 octobre au 1er novembre. Placée sous le thème « Réinventer un monde commun », cette manifestation fait de la littérature et du dialogue intellectuel des instruments de réflexion sur les transformations contemporaines.
Un espace de dialogue au-delà du livre
Le Salon « Lettres du Maghreb » poursuit son développement à Oujda, où il s'est progressivement imposé comme un rendez-vous culturel réunissant des voix venues de différents horizons. Au-delà de la présentation des nouveautés éditoriales, la manifestation entend favoriser la confrontation des idées et les échanges autour des grandes questions qui traversent les sociétés contemporaines.
Pour son président, Mohamed Mbarki, cette ambition était présente dès la création de l'événement.
« Nous avons souhaité en faire un lieu de rencontre entre écrivains, chercheurs, philosophes, traducteurs, éditeurs, artistes et lecteurs, un espace où les idées circulent librement, où les expériences se croisent et où les regards se confrontent dans le respect de la diversité », explique-t-il.
Le thème retenu cette année, « Réinventer un monde commun », traduit cette volonté de réfléchir aux conditions d'un avenir partagé dans un contexte de profondes mutations internationales.
Les débats abordent ainsi les recompositions géopolitiques, les défis environnementaux, les migrations, les questions de mémoire et d'identité, mais aussi les transformations des pratiques culturelles et le devenir des arts et des littératures.
L'intelligence artificielle occupe également une place importante dans les échanges, notamment pour ses conséquences sur la société et l'industrie du livre.
Repenser les relations entre les cultures
Pour le commissaire du Salon, Jalal El Hakmaoui, cette sixième édition entend renouveler les approches intellectuelles en examinant les relations entre différentes traditions culturelles et philosophiques.
Les rencontres s'intéressent particulièrement aux rapports entre l'Orient et l'Occident, aux croisements des pensées européennes et africaines ainsi qu'aux spécificités du roman arabe.
L'objectif est aussi de remettre en question certaines visions dominantes et de favoriser une lecture plus ouverte des échanges culturels.
La dimension internationale du Salon se traduit par la participation de personnalités venues d'Afrique, d'Amérique du Nord et du monde arabe.
Parmi les invités figurent notamment Mohamed Bennis, Mohsen Jassem Al-Moussawi, Mohamed Amer Meziane et Jihad Al-Rantisi.
Les organisateurs veillent parallèlement à associer des écrivains et créateurs de différentes générations. De jeunes talents, dont Nahla Karam, Imane Ait Baba et Afnan Fahid, participent à cette édition, aux côtés de figures établies de la vie intellectuelle et littéraire.
Cette diversité doit permettre de multiplier les regards sur les transformations culturelles et d'élargir les échanges entre expériences et sensibilités.
La lecture au cœur des préoccupations
La promotion de la lecture, particulièrement auprès des enfants et des jeunes, constitue un autre axe majeur de la manifestation.
Les organisateurs considèrent que l'accès au livre et le développement de la créativité participent à la construction d'une société du savoir et à la diffusion des valeurs de tolérance et d'ouverture.
Cette orientation se traduit par l'élargissement des espaces consacrés aux jeunes publics et par le renforcement des activités organisées en dehors du Salon.
Le lycée Omar Ibn Abdelaziz et l'Université Mohammed Premier accueillent ainsi des rencontres avec des écrivains, des chercheurs et des critiques littéraires.
Des visites d'auteurs sont également programmées à la prison locale d'Oujda, afin d'élargir l'accès à la culture et de toucher des publics éloignés des circuits habituels du livre.
Le pavillon de l'Université Mohammed Premier et l'espace destiné aux enfants et aux jeunes ont été agrandis pour cette édition.
Jalal El Hakmaoui souligne l'importance de ces initiatives, les jeunes représentant à ses yeux le public de demain et un enjeu essentiel pour l'enracinement durable de la lecture dans la société.
Un rendez-vous culturel ancré dans son territoire
Organisé sur une superficie d'environ 5 000 mètres carrés, le Salon accueille des maisons d'édition, des institutions publiques, des espaces jeunesse, des salles de conférences et un café littéraire.
Sa programmation comprend 23 tables rondes consacrées à des questions culturelles, littéraires et sociales.
Parmi les sujets retenus figurent la culture dans la construction du Grand Maghreb, le rôle de la traduction, l'évolution du roman et de la poésie africains ainsi que les migrations et les déplacements humains.
Une exposition artistique réunissant des créateurs de la région de l'Oriental complète cette programmation.
Pour Jalal El Hakmaoui, « Lettres du Maghreb » contribue désormais au développement culturel local et régional tout en renforçant la présence d'Oujda sur la scène intellectuelle nationale et internationale.
En associant rencontres littéraires, débats géopolitiques, création artistique et initiatives éducatives, le Salon affirme ainsi une vocation qui dépasse la seule promotion du livre : faire de la culture un espace de rencontre, de réflexion et de dialogue entre les sociétés.