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À Rabat, les Dialogues stratégiques décryptent les nouveaux rapports de force mondiaux
Fruit de leurs précédentes rencontres, l'ouvrage rassemble 14 contributions de spécialistes des deux rives de la Méditerranée. Il examine deux grandes problématiques : la sécurisation des infrastructures essentielles et des ressources stratégiques, ainsi que les dynamiques de coopération et de rivalité dans l'espace méditerranéen.
Le Policy Center for the New South et le Centre HEC de Géopolitique ont présenté, mercredi 28 octobre à Rabat, le 20e volume des « Dialogues stratégiques », consacré aux infrastructures critiques et aux rivalités méditerranéennes. Cette publication précède une 21e édition axée sur les mutations de la puissance mondiale et les perspectives du partenariat stratégique entre le Maroc et la France.
Des infrastructures devenues des enjeux de souveraineté
Dans un monde marqué par la multiplication des conflits, la fragmentation des échanges et la recomposition des équilibres internationaux, la sécurité des infrastructures et l'accès aux ressources stratégiques occupent une place croissante dans les politiques des États.
C'est à ces transformations que s'intéresse le 20e volume des « Dialogues stratégiques », présenté mercredi au campus de l'Université Mohammed VI Polytechnique de Rabat par le Policy Center for the New South (PCNS) et le Centre HEC de Géopolitique.
Fruit de leurs précédentes rencontres, l'ouvrage rassemble 14 contributions de spécialistes des deux rives de la Méditerranée. Il examine deux grandes problématiques : la sécurisation des infrastructures essentielles et des ressources stratégiques, ainsi que les dynamiques de coopération et de rivalité dans l'espace méditerranéen.
La première partie s'intéresse notamment aux câbles sous-marins, indispensables aux communications numériques mondiales, et aux minerais critiques, dont l'importance s'accroît avec la transition énergétique et les transformations industrielles.
Ces ressources et infrastructures se trouvent au cœur de nouvelles vulnérabilités. Leur perturbation peut affecter les chaînes d'approvisionnement, les échanges commerciaux, la circulation des données et, plus largement, la souveraineté économique des États.
Les contributions analysent également les possibilités offertes aux pays africains de renforcer leur position dans les chaînes de valeur mondiales, notamment par la transformation locale de leurs ressources.
Pour Abdelhak Bassou, Senior Fellow au PCNS, les conflits contemporains mettent particulièrement en évidence la fragilité des infrastructures névralgiques, qu'il s'agisse des ports, des aéroports, des voies navigables ou des liaisons numériques sous-marines.
« Toute déstabilisation de ces structures de connectivité ne se cantonne pas aux théâtres d’affrontements, mais perturbe l’économie mondiale et met en péril la souveraineté des États dès lors que l’accès aux matières premières, aux réseaux et aux flux de données est menacé », a-t-il averti.
La Méditerranée, entre coopération et rivalités
La seconde partie de l'ouvrage porte sur la Méditerranée, espace où s'entrecroisent les intérêts économiques, les enjeux sécuritaires et les stratégies d'influence des puissances régionales et internationales.
Les analyses abordent les déséquilibres entre les deux rives, les différends maritimes et énergétiques, les possibilités de coopération sécuritaire ainsi que les obstacles à une intégration régionale plus équilibrée.
Malgré le déplacement d'une partie de la dynamique économique mondiale vers l'Asie-Pacifique, Abdelhak Bassou considère que la Méditerranée conserve une place déterminante dans les relations internationales.
Reliée à l'Atlantique par le détroit de Gibraltar et à l'océan Indien par le canal de Suez et la mer Rouge, elle demeure un carrefour majeur des échanges et des circulations stratégiques.
Le directeur du Centre HEC de Géopolitique, Pascal Chaigneau, partage cette appréciation. Il rappelle que les relations méditerranéennes restent marquées par la coexistence d'intérêts communs et de rivalités persistantes.
« La Méditerranée est un espace de coopération bien sûr, mais aussi un espace traversé par des rivalités régionales et internationales », a-t-il souligné.
Pour le responsable français, la nouvelle publication permet de confronter les approches européennes et africaines sur des problématiques dont les conséquences dépassent les frontières nationales.
Oussama Tayebi, spécialiste senior en relations internationales au PCNS et modérateur de la présentation, estime pour sa part que les 14 contributions proposent des outils d'analyse permettant de mieux comprendre les transformations des rapports de force et les nouvelles vulnérabilités auxquelles les États sont confrontés.
Ces travaux doivent également contribuer à identifier les conditions d'une coopération renforcée et d'une meilleure résilience des acteurs régionaux dans un environnement international fragmenté.
Dix années de dialogue euro-africain
La présentation de ce 20e volume marque également une décennie de coopération entre le PCNS et le Centre HEC de Géopolitique.
Depuis 2016, les deux institutions organisent chaque année deux éditions des « Dialogues stratégiques », à Rabat et à Paris.
Ces rencontres réunissent chercheurs, universitaires, responsables publics, spécialistes des relations internationales et représentants de centres de réflexion autour de questions intéressant particulièrement l'Europe et l'Afrique.
Leur démarche repose sur la confrontation des analyses et la recherche de perspectives communes face aux transformations géopolitiques.
Chaque édition associe une problématique mondiale et un enjeu régional, dans une approche destinée à rapprocher la réflexion académique des préoccupations des décideurs.
Les contributions issues de ces échanges sont ensuite réunies dans des publications conjointes, sous forme de Policy Papers, afin d'en prolonger les enseignements.
Pascal Chaigneau a salué, à cette occasion, la qualité du partenariat engagé avec l'UM6P par l'intermédiaire du PCNS, dont le 20e volume constitue une nouvelle réalisation.
Une 21e édition consacrée aux mutations de la puissance
Dans le prolongement de cette publication, la 21e édition des « Dialogues stratégiques », programmée le 29 octobre au PCNS, entend approfondir deux autres sujets : les transformations contemporaines de la puissance et les perspectives du partenariat entre le Maroc et la France.
La première session, intitulée « Puissance et influence : comprendre les recompositions stratégiques contemporaines », examinera la diversification des instruments de puissance dans les relations internationales.
Les capacités militaires et économiques ne suffisent plus à expliquer les rapports de force. La maîtrise des technologies, des ressources stratégiques, des chaînes de valeur, de l'information et des normes internationales constitue désormais un ensemble de leviers essentiels.
Cette évolution accompagne l'affirmation de puissances émergentes et de puissances moyennes, qui cherchent à renforcer leur autonomie stratégique.
Les débats porteront notamment sur les alliances, la rivalité sino-américaine dans l'intelligence artificielle, les transformations des conflits au Moyen-Orient et les nouvelles stratégies militaires.
Un second panel sera consacré aux conflits asymétriques, avec des interventions sur l'Iran, les stratégies russes de perception au Sahel et la montée en puissance de la Chine.
L'objectif est d'examiner comment des acteurs disposant de moyens inégaux utilisent les drones, les cyberopérations, la désinformation ou la coercition économique pour modifier les rapports de force traditionnels.
Maroc-France : les ambitions d'un partenariat renouvelé
La deuxième grande session de cette 21e édition sera consacrée aux relations entre le Maroc et la France, dans le contexte de leur « partenariat d'exception renforcé ».
Fondée sur des liens historiques, humains et économiques, cette relation est appelée à intégrer davantage les transformations géopolitiques et les nouveaux besoins de coopération stratégique.
Les échanges examineront les perspectives ouvertes dans les domaines diplomatique, sécuritaire, militaire, énergétique, technologique et économique.
Une conférence principale de l'ambassadeur de France au Maroc, Philippe Lalliot, précédera les interventions consacrées aux ambitions de ce partenariat.
Parmi les questions abordées figurent les perspectives d'un futur traité bilatéral, la coopération militaire et industrielle de défense, ainsi que les échanges dans l'enseignement militaire supérieur.
Mohammed Loulichki, Jamal Machrouh, Didier Oustric et Olivier Tramond participeront notamment à ces discussions.
Les intervenants s'attacheront à préciser les domaines dans lesquels les deux pays peuvent approfondir leur coopération et donner un contenu concret à leur rapprochement stratégique.
Le corridor atlantique, nouvel espace de coopération
Le dernier volet de la rencontre portera sur les perspectives économiques du corridor atlantique et sur les complémentarités entre le Maroc et la France.
Cette réflexion s'inscrit dans le prolongement des initiatives marocaines visant à renforcer l'intégration des économies atlantiques africaines et à faciliter les connexions avec les pays du Sahel.
Les infrastructures portuaires et logistiques, les investissements, les énergies renouvelables et les chaînes de valeur industrielles figurent parmi les domaines susceptibles d'ouvrir de nouvelles possibilités de coopération.
Les échanges examineront notamment la place de la France dans l'Initiative royale atlantique, l'évolution des rapports franco-marocains autour de l'espace atlantique et les perspectives d'actions économiques communes dans les provinces du Sud.
Eugène Berg, Fathallah Oualalou et Henri-Louis Védie sont annoncés parmi les intervenants.
En associant une réflexion sur les rapports de force mondiaux à l'examen des relations franco-marocaines, cette nouvelle édition poursuit le travail engagé depuis dix ans par les deux institutions : confronter les analyses africaines et européennes et identifier les espaces de coopération possibles dans un environnement international en mutation.