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Sénégal : les divergences entre l'Exécutif et la majorité parlementaire s'exacerbent sur fond de crise budgétaire
De d à G : Le président Bassirou Diomaye Faye et son ex-premier ministre Ousmane Sanko, leader de la majorité parlementaire
Le rejet en commission du budget rectificatif 2026 par les députés de Pastef accentue les tensions entre le gouvernement sénégalais et la majorité parlementaire. Sur fond d’endettement élevé et de dégradation du déficit, les désaccords portent sur les coupes dans les investissements, les choix de financement et le contrôle des dépenses publiques. Un compromis reste recherché avant la séance plénière du 27 octobre.
Dakar - Le bras de fer entre le gouvernement sénégalais et le parti Pastef-Les Patriotes, majoritaire à l'Assemblée nationale, s'est accentué autour du projet de loi de finances rectificative (LFR) pour 2026, rejeté vendredi en commission parlementaire, dans un contexte de fortes tensions sur les finances publiques et d'endettement élevé.
Le texte, dont l'examen en séance plénière est prévu mardi 27 octobre, a été rejeté par les députés de Pastef, formation qui détient 130 des 165 sièges de l'Assemblée nationale, rapportent des médias locaux.
Dans un communiqué publié vendredi, le parti de l'ex-premier ministre Ousmane Sonko a précisé ne pas remettre en cause "la nécessité de réviser le budget", mais conteste certains arbitrages budgétaires, les modalités de financement retenues et l'insuffisance des garanties apportées au Parlement.
La formation politique réclame notamment la préservation des investissements dans les secteurs sociaux prioritaires, la protection du pouvoir d'achat, la réduction du train de vie de l'État et davantage de transparence dans la gestion des finances publiques.
Elle demande également des éclaircissements sur une enveloppe de 120 milliards de FCFA (environ 205 millions de dollars) liée à un mécanisme de réponse d'urgence, ainsi qu'un encadrement renforcé des fonds politiques.
Le groupe parlementaire Pastef a, par ailleurs, dénoncé ce qu'il considère comme une entrave à l'examen de certaines de ses propositions de loi, réclamant la suppression des fonds politiques et leur remplacement par des fonds spéciaux soumis au contrôle parlementaire.
Face à cette situation, le Premier ministre sénégalais, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, a appelé dimanche au dialogue, invitant les députés à présenter des amendements chiffrés au projet de loi afin de parvenir à un compromis avant son examen en séance plénière, mettant en garde contre les conséquences économiques et sociales d'un éventuel rejet du projet de loi de finances rectificative.
"Présentez vos amendements, ne punissez pas le peuple", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Dakar, prévenant que le gouvernement pourrait recourir aux mécanismes constitutionnels à sa disposition si le blocage persistait.
"Nous ne sommes pas des ennemis. Nous ne sommes pas des adversaires. L'exécutif et le législatif doivent dialoguer", a-t-il également argué.
Sur le plan financier, le chef du gouvernement a justifié les ajustements envisagés par une diminution des recettes attendues de 340 milliards de FCFA (environ 581 millions de dollars) et une augmentation de 540 milliards de FCFA (environ 923 millions de dollars) de certaines charges, notamment celles liées aux subventions énergétiques et aux besoins de défense et de sécurité.
Le projet prévoit, en outre, une réduction de 555 milliards de FCFA (environ 949 millions de dollars) des crédits de paiement consacrés aux investissements, le Premier ministre précisant que les autorisations d'engagement correspondantes sont maintenues et que plusieurs projets seront réexaminés en vue de leur inscription au budget 2027.
Ces divergences surviennent alors que le Sénégal s'efforce de rétablir ses équilibres financiers, dans un contexte marqué par une dette publique estimée à 132 % du produit intérieur brut (PIB) à fin 2024.
Selon le projet de budget rectificatif, le déficit budgétaire pour 2026 devrait atteindre 7,6 % du PIB, contre 5,4 % initialement prévu, tandis que les recettes sont révisées à 5.848,7 milliards de FCFA (environ 10 milliards de dollars).
Sur le plan des relations avec les partenaires financiers internationaux, un accord préliminaire a été annoncé en septembre avec le Fonds monétaire international (FMI) sur un programme de financement de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, dont l'approbation définitive reste attendue.
Malgré la persistance des désaccords, Pastef s'est déclaré disposé à engager des discussions avec le gouvernement avant la séance plénière de mardi, laissant ouverte la possibilité d'un compromis sur les orientations budgétaires contestées. (Quid avec MAP)