Contention et enfermement des malades mentaux : un constat qui interpelle la psychiatrie marocaine – Par Dr Anwar Cherkaoui

Contention et enfermement des malades mentaux : un constat qui interpelle la psychiatrie marocaine – Par Dr Anwar Cherkaoui

La camisole, un recours qui ne doit intervenir que dans les cas extrêmes où s’imposerait la contention pour protéger le patient de lui-même, les soignants et l’entourage

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 Alors que les pratiques de contention et d’isolement en psychiatrie font l’objet d’un débat croissant à l’échelle internationale, leur persistance interroge également le système de santé marocain. L’évolution des approches thérapeutiques, les contraintes structurelles et l’exigence éthique font qu’aujourd’hui la question dépasse, explique Dr Anwar Cherkaoui, le cadre médical pour toucher à la dignité du patient et à la capacité de la psychiatrie à concilier sécurité, humanité et respect des droits, dans un contexte marqué par de nouvelles dynamiques comme celles impulsées par la Fondation Lalla Oum Keltoum pour la santé mentale.

Dr Anwar CHERKAOUI

 Expert en communication médicale et journalisme de santé

Dans un hebdomadaire français daté du 2 avril 2026, une campagne visuelle dénonce frontalement la contention en psychiatrie.

Sangles, isolement, portes closes : l’image est saisissante.

Elle renvoie à une réalité qui dépasse les frontières et invite à un examen lucide des pratiques, y compris au Maroc.

Le constat est connu des professionnels. La contention (immobilisation d’un patient) et l’isolement (l’enfermer temporairement) existent encore dans de nombreux systèmes de santé.

Elles ne sont pas des traitements.

Ce sont des mesures de contrainte, historiquement liées à une époque où la psychiatrie relevait davantage de l’asile que de l’hôpital.

Pendant des décennies, faute d’alternatives efficaces, ces pratiques ont été utilisées pour contenir des situations de crise aiguë, protéger les patients, les soignants et l’entourage.

Mais elles ont aussi exposé à des dérives, documentées et dénoncées par les psychiatres eux-mêmes, par les associations de patients et par les organisations internationales.

Depuis, la psychiatrie mondiale a profondément changé.

Les traitements psychotropes de nouvelle génération, les stratégies psychothérapeutiques et la réhabilitation psychosociale ont transformé la prise en charge.

L’objectif n’est plus de contenir, mais de comprendre, d’apaiser et d’accompagner.

Dans ce cadre, la contention est désormais considérée comme un ultime recours, strictement encadré, limité dans le temps et soumis à une traçabilité rigoureuse.

Les recommandations internationales insistent sur la priorité donnée aux alternatives : soins médicamenteux, aménagement des espaces de soins, renforcement des équipes et approche individualisée du patient.

Au Maroc, la psychiatrie a suivi cette évolution.

Plusieurs générations de praticiens ont contribué à faire passer la discipline d’une logique d’enfermement à une approche centrée sur le patient.

Des figures reconnues comme Moussaoui, Ktiouet, Tyal ou Ouanass ont accompagné cette transition vers une psychiatrie plus moderne et plus humaine.

Mais un autre constat s’impose.

Les contraintes de terrain - manque de ressources humaines, insuffisance d’infrastructures adaptées, surcharge des services - peuvent encore exposer à des pratiques de contrainte.

La question n’est donc pas théorique.  Elle est organisationnelle, éthique et sociétale.

Existe-t-il encore des situations de contention dans les services psychiatriques marocains ?

Si oui, dans quelles conditions précises sont-elles utilisées ? Quelles alternatives sont réellement disponibles au quotidien ?  Et comment garantir que ces mesures restent exceptionnelles et proportionnées ?

Ces interrogations s’inscrivent dans un contexte national marqué par une prise de conscience croissante de l’importance de la santé mentale, notamment avec la création de la Fondation Lalla Oum Keltoum pour la santé mentale. Une initiative qui témoigne d’une volonté de mieux reconnaître les troubles psychiques et d’améliorer leur prise en charge.

Le débat sur la contention ne relève pas de la polémique. Il s’appuie sur un principe fondamental : la dignité du patient. Un malade atteint de troubles psychiatriques reste un citoyen à part entière, porteur de droits, dont celui d’être soigné sans atteinte inutile à son intégrité.

La psychiatrie contemporaine rappelle une évidence parfois oubliée : le soin ne se limite pas à prescrire ou à contenir. Il repose d’abord sur la qualité de la relation, sur l’écoute, sur la capacité à apaiser sans contraindre.

Ce constat interpelle. Il invite à documenter les pratiques, à renforcer les moyens, à former les équipes et à inscrire durablement la psychiatrie marocaine dans les standards internationaux les plus exigeants.

Car au-delà des techniques et des protocoles, une question demeure centrale : comment soigner sans enfermer, comment protéger sans attacher, comment accompagner sans contraindre ?

 

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