Face aux géants de la santé, l’union devient une stratégie de survie pour les petites structures libérales

Face aux géants de la santé, l’union devient une stratégie de survie pour les petites structures libérales

Un paysage sanitaire où une myriade de cabinets libéraux individuels et de petites cliniques font face de grands groupes de santé structurés, puissants, dotés d’un management moderne, d’outils financiers solides

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Face à la montée en puissance des grands groupes hospitaliers, le secteur libéral marocain se trouve à un tournant décisif. Longtemps pilier de la médecine de proximité, il est aujourd’hui confronté à un déséquilibre structurel qui fragilise son modèle économique et organisationnel. Dans cette tribune, Dr Anwar Cherkaoui estime qu’avec le nouveau paysage sanitaire, l’union n’apparaît plus comme un choix idéologique ou corporatiste, mais comme une réponse pragmatique et vitale. Mutualiser sans se diluer, fédérer sans effacer les identités, parler d’une seule voix sans renier la diversité : autant de défis qui dessinent une stratégie de survie, mais aussi une opportunité de réinvention pour les petites structures libérales, au cœur des enjeux d’accès aux soins, d’équité territoriale et de qualité de la relation médecin-patient.

Dr Anwar CHERKAOUI

Expert en communication médicale et journalisme de la santé

Dans le paysage sanitaire marocain, une mutation profonde est en cours. Silencieuse mais rapide. Elle redessine les rapports de force, rebat les cartes économiques et impose de nouveaux standards d’organisation.

D’un côté, de grands groupes de santé structurés, puissants, dotés d’un management moderne, d’outils financiers solides et d’une capacité d’expansion nationale et internationale.

De l’autre, une myriade de cabinets libéraux individuels et de petites cliniques, historiquement au cœur de l’offre de soins de proximité, mais aujourd’hui fragilisés.

La question n’est plus idéologique. Elle est devenue existentielle.

 Un déséquilibre structurel qui s’accentue

Les grands groupes hospitaliers ont compris très tôt l’importance de la mutualisation : ressources humaines spécialisées, systèmes d’information intégrés, achats groupés, communication institutionnelle, capacité de négociation avec les payeurs et les pouvoirs publics.

Leur force ne réside pas uniquement dans le capital financier, mais dans une organisation collective parfaitement huilée.

À l’inverse, les petites structures libérales fonctionnent encore, pour beaucoup, sur des modèles individuels ou artisanaux. Elles portent une médecine de proximité, souvent de grande qualité humaine et clinique, mais peinent à répondre aux exigences croissantes du système : digitalisation, normes, traçabilité, pression économique, délais de paiement, concurrence accrue. Dans ce contexte, l’isolement devient un handicap majeur.

 S’unir sans disparaître : un impératif stratégique

L’idée d’une union des cabinets et petites cliniques n’est pas nouvelle. Sur un autre plan de nombreux médecins l’ont déjà mise en œuvre, mutualisant leurs moyens et connaissances dans des cliniques spécialisées et des polycliniques. Il y a cette voie, mais il y en a d’autres. Quoi qu’il en soit, l’idée s’impose aujourd’hui avec insistance, portée par plusieurs voix.

Non pas dans une logique de confrontation, mais dans une démarche rationnelle : créer de la masse critique sans renier les identités professionnelles. Deux options se dessinent théoriquement :

La fusion de toutes les composantes dans un syndicat unique, ou bien la constitution d’un collectif fédératif regroupant les syndicats existants autour d’objectifs communs.

La première option, bien que séduisante sur le papier, se heurte à la réalité du terrain : histoires différentes, sensibilités diverses, cultures syndicales multiples. L’unification totale apparaît aujourd’hui difficilement réalisable.

 Le collectif : une voie pragmatique

La seconde option semble plus réaliste et plus mature. Elle consiste à fédérer les syndicats représentatifs au sein d’une structure commune, sans dissoudre leurs identités respectives. Un collectif fort, capable de parler d’une seule voix sur les grands dossiers : tarification, conventions, gouvernance du système de santé, place du libéral dans les réformes en cours.

L’objectif n’est pas de lisser les différences, mais de construire un socle commun. Dans les négociations avec les décideurs publics, le poids ne se mesure plus au nombre de structures isolées, mais à la capacité de coordination et à la cohérence du discours.

Il serait toutefois réducteur de lire cette réflexion uniquement sous l’angle syndical. L’enjeu est avant tout sanitaire et sociétal.  La disparition progressive des petites structures libérales aurait un impact direct sur : l’accès aux soins de proximité, la continuité médicale, l’équilibre territorial et la relation médecin-patient.

Préserver ce tissu ne signifie pas refuser la modernité ou la montée en puissance des grands groupes.  Cela implique simplement de rééquilibrer le jeu, en donnant aux acteurs de taille modeste les moyens de s’organiser collectivement.

Dans le Maroc de la santé qui se construit, l’individualisme n’est plus une option viable.

L’union, sous des formes souples, intelligentes et respectueuses des identités, apparaît comme une condition de survie, mais aussi comme une opportunité de renouveau.

Comme le résume de nombreux praticiens, l’effort doit venir de tous les dirigeants, sans exception, pour atteindre un objectif clair : exister collectivement face aux décideurs, ou disparaître individuellement face au marché.