chroniques
Gaza entre médias occidentaux et réseaux sociaux – Par Mustapha Hmimmou
L’un de ses apports les plus décisifs des réseaux sociaux est la conquête démocratique de l’information par le public numérique. En Occident, avec la guerre contre Gaza, cette transformation a eu le plus grand mérite de briser son monopole médiatique à sens unique
La guerre de Gaza a révélé une rupture profonde entre les récits médiatiques traditionnels en Occident et ceux portés par les réseaux sociaux. L’arrivée sur le marché de plateformes autres occidentale à l’image Tik Tok ont accentué cette tendance, brisant le monopole des plateformes occidentales souvent tentées aussi d’imposer leur censure par la suppression de contenus qui ne leur conviennent pas. Et pour la première fois, explique Mustapha Hmimmou, une majorité de jeunes, y compris de jeunes Juifs américains, s’informent hors des canaux classiques, bouleversant les équilibres narratifs et mettant en échec des décennies de domination médiatique occidentale.

Mustapha Hmimmou
Une ancienne secrétaire d’État et un ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis entre autres, s’alarment du fait qu’une majorité de jeunes, y compris des jeunes Juifs américains, s’informent désormais principalement sur les réseaux sociaux comme TikTok. Ils y découvrent les événements du 7 octobre et leurs suites. Pour ces figures officielles, cette situation constitue une défaite narrative, résumée par cette phrase : "Nous perdons la guerre sur les réseaux sociaux"
Depuis plus de sept décennies, et au grand dépit du peuple palestinien et du monde arabo-musulman qui le soutient, le credo fallacieux d’une grande partie des médias occidentaux imposait une lecture inversée du réel. Les coupables y passaient pour des victimes et les véritables victimes y étaient diabolisées à souhait. Cette manipulation systématique a durablement modelé l’opinion publique occidentale, empêchant toute compréhension juste de la tragédie du peuple palestinien et étouffant sa voix dans l’arène internationale.
Comme toute innovation humaine, la révolution numérique avec ses imperfections et ses biais qu’il convient de signaler et d’y remédier, est tout naturellement imparfaite. Elle mérite certes critique, vigilance et amélioration, mais il serait injuste d’en minimiser les bienfaits. L’un de ses apports les plus décisifs est la conquête démocratique de l’information par le public numérique. En Occident, avec la guerre contre Gaza, cette transformation a eu le plus grand mérite de briser le monopole médiatique traditionnel qui imposait son credo depuis des décennies et a ouvert au grand public un espace de parole inédit où la vérité peut enfin circuler librement.
La diffusion horizontale des contenus joue un rôle essentiel. Smartphones, plateformes de partage et réseaux sociaux permettent au citoyen de filmer, publier, transmettre et documenter directement ce qu’il voit, sans dépendre des filtres éditoriaux traditionnels. Les images circulent de compte en compte, de pays en pays, jusqu’à atteindre une visibilité que nul pouvoir centralisé ne peut étouffer. Cette circulation spontanée, démultipliée par des millions d’utilisateurs, empêche désormais que la réalité d’un peuple soit effacée ou déformée.
L’émotion brute qui se dégage de ces témoignages numériques est plus forte que la propagande institutionnelle. Là où les discours officiels se perdent dans des explications technocratiques, l’image d’un enfant blessé, d’un quartier détruit ou d’un survivant qui raconte sa nuit sous les bombes impose d’elle-même la vérité. Les algorithmes eux-mêmes, conçus pour privilégier ce qui touche et mobilise, amplifient cette voix populaire en lui offrant une portée mondiale, n’en déplaise à ses puissants détracteurs.
Les tentatives d’influence des élites trouvent désormais leurs limites. Les plateformes numériques, même sous pression, doivent composer avec une réalité simple : l’audience mondiale se détourne de ceux qui censurent excessivement et se tourne vers ceux qui laissent circuler les récits authentiques. Le public numérique, plus agile, contourne aisément les obstacles grâce aux partages, aux sauvegardes, aux comptes alternatifs et aux plateformes multiples. La vérité finit toujours par trouver une issue.
Ce phénomène rappelle, dans un registre moderne, la lutte de la plèbe romaine pour accéder à la parole politique. Longtemps privée de voix, elle a fini par conquérir sa place et imposer aux puissants patriciens une vision plus juste de la société. Aujourd’hui, de manière symboliquement comparable, le public numérique impose sa présence dans le champ de l’information mondiale. Sans mandat officiel ni moyens institutionnels, il parvient à faire entendre la vérité et à renverser des récits forgés par des décennies de propagande trompeuse.
Pour le monde arabo-musulman et, plus encore, pour le peuple palestinien, tout deux longtemps injustement diabolisés et stigmatisés, cette transformation a été vécue comme une délivrance morale et une consolation apaisante. Après des décennies d’injustice narrative, la révolution numérique a permis de rétablir l’évidence. Le monde distingue enfin le véritable coupable et la véritable victime. Les images et témoignages venus de Gaza ont dévoilé la réalité de l’oppression, brisant le solide édifice médiatique qui la dissimulait.
De crainte d’être boycottés, ce n’est qu’après cette pression venue des réseaux sociaux que certains médias traditionnels en Occident ont commencé à évoquer, même avec prudence, la terrible situation à Gaza, tout en maintenant souvent un cadre qui ménage la susceptibilité de l’agresseur.
Ainsi, et grâce à Dieu avant tout, le peuple numérique a libéré l’information véridique. Il a rendu accessible et universelle une narration autrefois confisquée, ouvrant la voie à une démocratie de l’information où la manipulation devient plus difficile. Cette révolution, créée à l’origine par les puissances occidentales, leur échappe désormais et constitue un progrès vers une conscience humaine mondiale plus éclairée.
La solidarité massive avec Gaza, notamment en Occident, en est la preuve la plus éclatante. Les résultats sur le plan diplomatique international et surtout en occident sont fascinant, sans quoi la question palestinienne n’aurait pas refait surface et remise à jour et le fragile, mais salutaire, cessez le feu n’aurait pas eu lieu.