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Les petites bêtes d’un journaliste espagnol - ½ - Par Mohamed Benabdelkader *
Si Cembrero est considéré en Espagne et au Maroc, comme une figure polémique, ce n’est absolument pas en raison de son choix d’aborder des sujets sensibles et délicats liés au Royaume du Maroc, mais exactement en raison de son style journalistique controversé, marqué par une approche sensationnaliste, dramatisante et manipulatrice.
Dans un long exercice d’analyse critique, l’analyste et ancien ministrte Mohamed Benabdelkader démonte les ressorts sensationnalistes et contorsionnistes de la pratique journalistique d’Ignacio Cembrero. Loin d’un travail d’enquête rigoureux, son traitement du Maroc s’appuierait sur la dramatisation, la surinterprétation et la recherche obsessionnelle du détail insignifiant pour fabriquer du conflit. Derrière cette mécanique répétitive de « chercher la petite bête », l’auteur montre comment un récit biaisé peut déformer les perceptions, alimenter les tensions et masquer les véritables enjeux.

Mohamed Benabdelkader
En dépit de l’insistance des codes de déontologie journalistique sur la nécessité d’éviter le sensationnalisme afin de protéger la dignité des personnes, garantir la qualité de l’information, et maintenir l’intégrité ainsi que la confiance dans le métier journalistique, de nombreux journalistes persistent à exploiter systématiquement le goût du public pour le sensationnel. Ils dramatisent certains événements ou informations dans le but de produire une forte impression et attirer l’attention, souvent au détriment de la rigueur et de l’exactitude attendues. Cette pratique, qui va à l’encontre des principes éthiques fondamentaux tels que la vérification rigoureuse des faits et le respect des personnes, contribue toutefois à capter une audience plus large, révélant ainsi un dilemme entre une démarche commerciale /militante et les exigences déontologiques incontournables.
Ce type de journalistes utilise souvent des procédés tels que des titres accrocheurs, un vocabulaire dramatique, le choix de photos spectaculaires, et simplifie à outrance l'information, souvent en exagérant ou en déformant la réalité. Il s’agit d’une pratique journalistique qui n’hésite jamais à mettre en avant des éléments polémiques ou spectaculaires pour attirer l'attention, parfois au détriment de la qualité, de l'objectivité, et de la véracité de l'information. Cette pratique journalistique peut même créer ou amplifier des événements au lieu de simplement les couvrir, cherchant davantage à capter l'audience qu'à informer de façon rigoureuse. Le journaliste espagnol Ignacio Cembrero est un exemple idéal de cette pratique, qui illustre parfaitement comment certains journalistes n'hésitent pas à dramatiser les faits et à exploiter le sensationnel pour susciter l'émotion et maximiser l'impact médiatique, au détriment de la véracité et de l'objectivité.
Si ce journaliste est considéré en Espagne et au Maroc, comme une figure polémique, ce n’est absolument pas en raison de son choix d’aborder des sujets sensibles et délicats liés au Royaume du Maroc, mais exactement en raison de son style journalistique controversé, marqué par une
approche sensationnaliste, dramatisante et manipulatrice. Ses articles sur le Maroc se caractérisent par un parti pris excessivement négatif, souvent proche de la calomnie, au point où il n’hésite jamais à inventer ou manipuler la réalité pour influencer et tromper l’opinion publique espagnole.
Certains observateurs reprochent à Cembrero de baser ses articles sur des spéculations, des narratifs répétitifs et une forte hostilité envers le Maroc, qui s’apparenterait, selon eux, à un militantisme fervent qui va au-delà d'une simple action en faveur d’une cause, et s’éloigne largement d’un journalisme d’enquête rigoureux et soucieux d’informer le public de la manière la plus fiable possible. Cette critique suggère qu’il serait accusateur systématique sans toujours apporter les preuves suffisantes, ce qui alimente la polémique autour de son travail. Dans un contexte plus large de tensions géopolitiques et médiatiques complexes, l’opinion publique espagnole est donc souvent exposée, avec ce type de journalisme, à une lecture erronée, stéréotypée, voire partiale, du Maroc,
Je ne m’étendrai pas ici sur les multiples aspects du manque de professionnalisme journalistique chez Ignacio Cembrero, largement abordés et critiqués par les médias marocains ces dernières années. Ce que je souhaite apporter ici, c’est un nouvel éclairage sur ses écrits concernant le Maroc, en analysant son modus operandi sous un angle très particulier : celui du journaliste qui, pour construire le sens de ses écrits, puise constamment dans l’insignifiant. En d’autres termes, quelqu’un qui, à force de vouloir dramatiser sa vision du Maroc, se met à chercher inutilement à Rabat « midi à quatorze heures », en d’autres termes, un journaliste qui, pour asseoir son image d’expert des affaires marocaines, ne trouve d’autre méthode que de chercher « la petite bête » à chaque sujet qu’il aborde concernant le voisin du sud. Cette obsession systématique de s’amuser à toujours tirer une carte de sa manche, ou de tenir à sortir un lapin de son chapeau pour émerveiller son public, constitue la clé indispensable pour comprendre son traitement de l’actualité marocaine, un traitement qui consiste fréquemment à user d’un coup de magie pour renverser la situation et faire de l’insignifiant un sujet explosif.
Chercher midi à quatorze heures signifie dans le style cembreriste, l’habitude frénétique de glisser inutilement un petit détail qu’il estime susceptible d’orienter la perception de l’opinion publique, ou bien de mettre en avant un aspect marginal qu’il croit pouvoir déranger, ou encore de chercher à tordre l’information pour susciter la polémique là où il n'y en a pas. Il s’agit d’une forme de « surinterprétation » obsessionnelle chronique, ou plus simplement d’une passion de « chercher la petite bête », cette manie de s’attarder excessivement sur le moindre petit détail, souvent insignifiant ou hors contexte, pour lui donner une importance ou une signification exagérée, parfois au risque de perdre le sens global de la situation.
Ceuta que le Maroc revendique
Lorsque Cembrero publie un commentaire sur son compte x (2-12-2025) reconnaissant le succès du Maroc dans la réduction de l'émigration clandestine vers les Canaries et l'Andalousie, il oriente immédiatement le récit vers un angle polémique en soulignant une prétendue indulgence envers la ville de Ceuta, revendiquée par le Maroc.
Le Maroc s'efforce avec succès de freiner l'émigration clandestine vers les Canaries et l'Andalousie, mais pas vers Ceuta, ville qu'il revendique. Au cours des 11 premiers mois de cette année, 3.559 sans-papiers ont débarqué sur ses côtes, soit 46,2 % de plus qu'en 2024.”
Malgré le fait que l’information principale concerne les Canaries et l’Andalousie, le journaliste au lieu de présenter les données statistiques relatives à ces deux régions autonomes, il va chercher sa petite bête dans les chiffres concernant l’enclave de Ceuta que le Maroc revendique, et qui ne représentent qu’une hausse mineure et insignifiante, et ce pour dramatiser ces chiffres et transformer un bilan globalement positif en une accusation implicite de partialité politique. Les disparités régionales qui persistent en matière d’immigration, en aucun moment n’ont empêché les autorités espagnoles d’admettre que la diminution générale des arrivées irrégulières est étroitement liée à l'action du Maroc, désormais un allié indispensable dans la maîtrise des flux migratoires clandestins. Cependant, au lieu de hiérarchiser les succès massifs (baisse Canaries/Andalousie), Cembrero préfère zoomer sur Ceuta comme « exception suspecte », liée à la revendication territoriale marocaine. L'enjeu pour ce journaliste « spécialiste du Maghreb », réside dans la construction d'un sensemaking qui inverse la réalité, afin de donner du sens à son interprétation délirante qui consiste à imputer la supposée absence de freinage à Ceuta, que le Maroc revendique, à une stratégie délibérée !
Une information positive est ainsi détournée par un détail mineur surinterprété politiquement, nuisant à l'informativité équilibrée et alimentant une lecture suspicieuse. C’est ainsi que Cembrero se jette sur sa petite bête, ignorant la baisse nationale espagnole en termes de flux migratoires (-35,9%) ainsi que le rôle clé du Maroc, afin de biaiser la perception et transformer un partenariat efficace en soupçons géopolitiques.
Ce Maroc irrédentiste
Un autre exemple du cadrage médiatique orienté vers la polémique par la « recherche de la petite bête », concerne le traitement que le « spécialiste du Maghreb » a accordé à la résolution 2797 dans un article publié dans EL Confidencial (1-11-2025) sous le titre « Après le Sahara, Ceuta ? Le soutien de l’ONU va enhardir Rabat dans ses revendications, à l’Espagne ». Avec la même obsession compulsive qui caractérise son style journalistique, il a ainsi essayé « d’éclairer » l’opinion publique espagnole :
“Quelle sera la prochaine initiative de ce Maroc irrédentiste après son succès diplomatique à l’ONU à propos du Sahara occidental? Rabat a quatre revendications envers l'Espagne: deux en rapport avec le Sahara; une à propos des eaux des Canaries et, à plus long terme, le transfert de la souveraineté de Ceuta, Melilla, des îles Chafarinas et des rochers »
Bien que le terme irrédentiste est principalement descriptif, désignant une doctrine politique nationaliste visant à revendiquer des territoires non encore récupérés par l’Etat et faisant partie historiquement de son intégrité territoriale, Cembrero avec son expression « ce Maroc irrédentiste » cherche à véhiculer un jugement de valeur en croyant donner à ce terme un sens péjoratif correspondant à sa narrative stigmatisante et anti marocaine. Confondant irrédentisme et expansionnisme, il cherche à dramatiser la situation en avertissant ses lecteurs espagnols de se méfier de ce voisin du sud et de se préparer au pire, affirmant que la dernière résolution de l’ONU sur le Sahara ne fait que renforcer son maximalisme, voire son agressivité expansionniste. Voilà la petite bête de Cembrero ! Le Maroc intègre victorieusement sa proposition d’autonomie saharienne dans la légalité internationale, et ce journaliste espagnol « spécialiste du Maghreb », transforme sans vergogne la résolution historique de l’ONU en menace imminente, pour justement imposer un cadrage conflictuel et alarmiste.
Sans aucun souci de contextualisation historique ou politique des revendications territoriales du Maroc, qui sont pourtant connues depuis longtemps dans le cadre des relations bilatérales entre les deux pays, ce cadrage cembreriste s’efforce d’alimenter un sentiment d’inquiétude ou de menace, comme si le journaliste « spécialiste du Maghreb » était chargé d’avertir ses compatriotes d’un danger marocain, à l’instar des vigiles côtiers espagnols à l’époque d’Isabelle et Ferdinand criant « Moros en la costa! » détournant ainsi l’attention des mécanismes complexes de l’action diplomatique et du dialogue politique, vers une vision caricaturale d’un Maroc « agresseur » ou « revendicateur excessif », ce qui renforce une lecture conflictuelle et déséquilibrée, qui nuit à l’objectivité et à la compréhension des enjeux.
Une fondation liée à la Maison Royale
Un troisième exemple de la « petite bête » recherchée soigneusement par le journaliste espagnol est facilement repérable dans l’article qu’il a publié dans le quotidien El Confidencial (14/08/2025), portant sur un communiqué publié par de la Fondation Hassan II des Marocains Résidant à l'Etranger. En fait, il s’agit dans cet article de faire d'une pierre deux coups, ou plutôt
d’un seul sujet deux « petites bêtes », la première consiste à fouiller dans le lien de parenté entre la Présidente de la fondation et le Roi du Maroc, notamment lorsqu’il a écrit
Le journaliste, fidèle à son style de « chercher la petite bête », choisit de focaliser sur l’identité familiale de la présidente de l’institution au lieu de mettre en avant l’essentiel : la condamnation des actes hostiles contre la communauté marocaine. Mettre un accent excessif ou abusif sur la parenté entre la princesse Lalla Meryem (qui est bien la sœur aînée du Roi Mohamed VI) et le Souverain, ne vise pas uniquement à détourner l’attention du contenu essentiel du communiqué, notamment la dénonciation d’actes hostiles contre la communauté marocaine, mais essentiellement à transformer une dénonciation concernant les droits humains légitimes en un acte politique polémique. Exercer un focus décalé et inapproprié sur ce détail familial pour chercher à « entraîner » l’État marocain dans un affrontement diplomatique avec l’Espagne, relève d’une interprétation non fondée dans le contenu du communiqué, et d’un cadrage médiatique abusif qui détourne le regard du public de l’objet réel du communiqué vers une lecture biaisée, qui occulte la mission sociale, humanitaire et culturelle de la Fondation et le contexte de soutien exprimé à la communauté marocaine en Espagne victime de discriminations ou agressions.
Le cadrage journalistique biaisé, repose ainsi sur une personnalisation abusive trop axée sur la personnalité de la Présidente / Princesse visant à occulter la réalité sociale et humaine dénoncée par la Fondation. Cela reflète une forme subtile de surinterprétation polémique ou de recherche malveillante de «la petite bête », visant à assimiler cette personnalisation excessive du communiqué de la Fondation, à une révélation journalistique extraordinaire, et ce, pour créer un effet de surprise au détriment d’une information de qualité, équilibrée et utile. C’est typiquement un cas où la déontologie journalistique - précision, contextualisation et respect des faits essentiels - est mise à mal par une lecture manipulatrice et sensationnelle,
Ingérence marocaine dans les écoles espagnoles !
La deuxième « bête noire » recherchée ici par le journaliste espagnol pour foncer dans la dramatisation et le sensationnalisme, saute aux yeux lorsqu’il ajoute dans le même contexte :
Pour maintenir le lien entre les millions de Marocains résidant à l’étranger et leur pays d’origine, ainsi que pour les encourager à investir au Maroc, la Fondation Hassan II a mis en place en Espagne, dans les écoles publiques de douze communautés autonomes, le Programme d’Enseignement de la Langue Arabe et de la Culture Marocaine »
Prétendre que la fondation Hassan II met en place dans des écoles publiques espagnoles un programme d’enseignement pour les enfants des marocains résidant en Espagne, laisse entendre que cette initiative constitue une ingérence unilatérale du Maroc dans les écoles publiques espagnoles. Or, cette présentation omet de rappeler que ce type d’enseignement, dans son origine, s’inscrit dans un cadre de coopération bilatérale entre le Maroc et l’Espagne, formalisée par plusieurs accords signés notamment depuis 1980, et concrétisée par le Programme de Langue Arabe et Culture Marocaine (PLACM) reconnu par les autorités espagnoles. Ce programme est co-administré par les deux pays via une commission de suivi et d’évaluation, avec des engagements partagés, notamment en matière de recrutement et de rémunération des enseignants assurés par le Maroc (ministère de l’éducation nationale et Fondation Hassan II), mais sous une supervision pédagogique conjointe.
Rappelons que ce programme linguistique et culturel coordonné par le personnel de l’Ambassade du Maroc en Espagne et le Ministère de l’Éducation de la Formation Professionnelle et des Sports, et géré par les communautés autonomes, s’inscrit dans une logique d’inclusion et d’ouverture interculturelle, visant à favoriser l’intégration scolaire, sociale et culturelle des enfants issus de l’immigration marocaine, tout en encourageant la connaissance de la langue arabe et de la culture marocaine, dans le respect du système éducatif et des lois espagnoles. Ignorer ce cadre bilatéral et ce contexte de coopération, conduit forcement à un cadrage manipulateur qui simplifie abusivement la réalité, intègre des éléments véridiques pour faire passer des assertions trompeuses, et vise ainsi à imposer une fausse perception de cette initiative comme une ingérence ou une intrusion étrangère, alors qu’il s’agit d’un effort collaboratif formalisé, inscrit dans les relations diplomatiques et culturelles entre les deux pays.
Ce manque de contextualisation, en plus de nuire à la compréhension objective du programme (PLACM), alimente un discours polémique qui peut nourrir des tensions idéologiques et politiques inutiles entre les communautés concernées. Le journaliste « spécialiste du Maghreb » fidèle à sa propre ligne éditoriale anti-marocaine, présente l’initiative de la Fondation Hassan II comme une ingérence idéologique du Maroc dans les écoles publiques espagnoles, sans mentionner qu’il s’agit en réalité d’un programme bilatéral, formalisé par des accords de coopération culturelle et éducative entre le Maroc et l’Espagne. Omettre ce contexte officiel et ce cadre bilatéral, ne pourrait avoir qu’un seul enjeu, celui d’alimenter une lecture polémique et simpliste, qui nuit à la compréhension objective et équilibrée de cette coopération éducative et culturelle entre les deux pays, reposant essentiellement - faut-il le rappeler - sur le principe de réciprocité.
Se demande-t-on sérieusement si le journaliste Ignacio Cembrero « spécialiste du Maghreb » ignore le principe fondamental de réciprocité dans les relations diplomatiques entre États souverains, car c'est précisément dans ce cadre que l'Espagne déploie sur le territoire marocain son plus vaste réseau d'établissements scolaires officiels à l'étranger, avec une dizaine d'instituts à Tétouan, Tanger, Larache, Al Hoceima, Nador, Rabat, Casablanca et à Laâyoune également, sans que cela ne suscite chez les marocains le moindre scandale d’ingérence ou de soft power espagnol.
* Docteur en Sciences de l'Information et de la Communication