L’UA a-t-elle réellement rejeté la candidature de Sall à la tête de l’ONU ? - Par Hatim Betioui

L’UA a-t-elle réellement rejeté la candidature de Sall à la tête de l’ONU ? - Par Hatim Betioui

Le nombre de pays ayant exprimé une opposition explicite ou nuancée au projet de candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’ONY ne dépasse pas treize. Un chiffre relativement restreint au sein d’une organisation continentale qui compte cinquante-quatre États

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Au cœur de la controverse entourant la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies, les interprétations divergent. Entre lecture d’un blocage africain et perception d’une dynamique favorable, l’analyse des faits par Hatim Betioui révèle une réalité plus nuancée, où le poids du soutien silencieux dépasse largement celui d’une opposition fragmentée.

Hatim Betioui

Dans le sillage des débats ayant accompagné le processus de nomination de Macky Sall pour succéder au Portugais Antonio Guterres à la tête de l’ONU, deux récits contradictoires ont émergé. L’un évoque une impasse au sein de l’Union africaine, l’autre y voit le signe d’une progression solide.

Une opposition limitée et fluctuante

Une lecture attentive des chiffres et de l’évolution des positions montre toutefois que ce qui s’est produit s’apparente davantage à une victoire écrasante mal valorisée qu’à un revers politique.

En réalité, le nombre de pays ayant exprimé une opposition explicite au projet de candidature de Macky Sall ne dépasse pas treize. Un chiffre relativement restreint au sein d’une organisation continentale qui compte cinquante-quatre États. Quant aux cinq autres pays souvent présentés comme appartenant au « camp opposé », ils n’ont pas rejeté la candidature, mais ont simplement demandé un délai supplémentaire pour se prononcer. Une posture diplomatique courante dans les dossiers sensibles, qui traduit davantage une hésitation qu’un refus.

Plus significatif encore, ce groupe n’a jamais constitué un bloc homogène. Deux États influents, l’Égypte et le Liberia, ont rapidement révisé leur position : Le Caire a retiré sa demande de report, tandis que Monrovia est revenue sur son opposition. Cette évolution montre que ce qui a été qualifié de « front d’opposition » relevait davantage d’un regroupement circonstanciel susceptible de se dissoudre que d’un alignement politique structuré.

Le poids déterminant du soutien implicite

En prêtant attention aux dynamiques en coulisses, il apparaît que la plupart des treize pays opposés l’étaient pour des raisons essentiellement formelles. Certains ont notamment dénoncé l’absence de concertation préalable à l’annonce de la candidature. Leur position s’inscrit ainsi dans une logique de préservation de leur statut diplomatique, davantage qu’un rejet de la personne ou du projet. Une objection qui peut être levée par une meilleure inclusion dans les étapes ultérieures du processus.

Face à cela, les données essentielles demeurent claires : trente-cinq pays africains n’ont exprimé aucune opposition au projet. Dans le cadre de l’Union africaine, ce silence ne saurait être interprété comme une neutralité passive. Il traduit plutôt une acceptation large d’un candidat qui ne suscite pas de rejet collectif. Lorsqu’un État s’oppose à une candidature, il le fait généralement de manière explicite, comme l’ont fait les treize pays concernés. À l’inverse, l’absence d’opposition reflète souvent une disposition à converger vers un consensus, ou du moins une absence de volonté d’entraver le processus.

C’est là toute la singularité de ce dossier : le rôle des États ayant bloqué la « procédure silencieuse » a été amplifié, au point d’être présenté comme une force de résistance structurée. Or, la réalité politique et numérique indique le contraire. Par leur silence ou leur neutralité constructive, la majorité des pays africains a placé Macky Sall dans une position favorable, tandis que l’opposition, minoritaire et instable, est restée en retrait.

Un enjeu qui dépasse le cadre africain

Plus important encore, ce débat, malgré son intensité, ne tranche pas la véritable bataille. Pour la simple raison connue de tous que le choix du secrétaire général des Nations unies ne se décide pas au sein de l’Union africaine, mais au Conseil de sécurité, où se définissent les rapports de force déterminants. Les États ayant exprimé leur opposition au sein de l’Union ne disposent pas, en conséquence, d’un poids décisif dans la décision finale, puisqu’ils ne comptent aucun membre permanent du Conseil de sécurité, véritables acteurs clés de ce processus.

Face aux équilibres majeurs qui se joueront à New York, l’influence de ces pays demeure limitée à l’échelle internationale. Une réalité qui renforce la position de Macky Sall, lequel bénéficie d’une base africaine largement non opposée, sans pour autant faire face à un front international capable d’entraver sa trajectoire.

Ce qui s’est produit au sein de l’Union africaine peut ainsi être interprété comme une phase de transition entre « acceptation large » et « soutien explicite ». Le président Sall est parvenu à s’imposer comme un candidat non rejeté à l’échelle du continent, condition essentielle dans toute candidature internationale, sans atteindre encore le stade du consensus formel. Néanmoins, la dynamique générale laisse entrevoir la possibilité de transformer cette acceptation en appui déclaré, notamment au regard de la flexibilité des positions de certains États.

En définitive, la rupture de la « procédure silencieuse » ne traduit pas tant une défaite politique qu’une lecture erronée des résultats. Les chiffres penchent nettement en faveur de Macky Sall, l’opposition demeure limitée, et l’arbitrage final se joue hors du cadre africain. À la lumière de ces éléments, sa candidature apparaît aujourd’hui comme un succès discret, en voie de se transformer progressivement en décision internationale pleinement aboutie.