Médecins libéraux, unissez-vous ! Par Dr Anwar CHERKAOUI

Médecins libéraux, unissez-vous ! Par Dr Anwar CHERKAOUI

Face à ces acteurs puissants, structurés, stratégiques, les réactions émotionnelles, les querelles secondaires et les débats de surface ne suffisent plus. la pluralité ne doit jamais devenir dispersion, ni la divergence se transformer en perte d’énergie collective

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Dans cette tribune à la tonalité directe, le Dr Anwar Cherkaoui lance un appel sans détour aux médecins libéraux marocains. Face aux mutations rapides du système de santé, à la montée en puissance de grands groupes structurés et à l’élargissement de la couverture médicale, il alerte sur les limites d’un débat syndical fragmenté et souvent en décalage avec les enjeux réels.

Dr Anwar CHERKAOUI

Expert en communication médicale et journalisme de santé

Permettez-moi, chères consœurs et chers confrères, de vous parler avec franchise, respect et fraternité. Non pas depuis une position de surplomb, mais depuis une trajectoire professionnelle longue de trente-sept années passées au cœur de la santé publique marocaine, et depuis une observation continue du secteur libéral à travers le prisme de la communication médicale et du journalisme de santé.

J’ai vu naître, grandir, s’organiser – et parfois se fragmenter – le champ médical libéral.

J’ai vu ses combats légitimes, ses inquiétudes récurrentes, ses espoirs souvent déçus. Et aujourd’hui, je dois le dire avec honnêteté : le niveau actuel de certains débats syndicaux ne permet pas de faire face aux mutations profondes du système de santé marocain.

Être plusieurs syndicats dans une même profession est une réalité démocratique.

C’est sain. C’est légitime. Mais la pluralité ne doit jamais devenir dispersion, ni la divergence se transformer en perte d’énergie collective.

Or, le temps que nous vivons n’est plus un temps ordinaire. Le Maroc connaît une transformation accélérée de son système de santé : généralisation de la couverture médicale, restructuration territoriale, arrivée massive de grands groupes libéraux dotés de moyens financiers, juridiques, technologiques et communicationnels considérables.

Face à ces acteurs puissants, structurés, stratégiques, les réactions émotionnelles, les querelles secondaires et les débats de surface ne suffisent plus. Il faut le dire clairement : le rapport de force est aujourd’hui défavorable aux petites et moyennes structures libérales isolées, et il le restera tant que le discours syndical ne s’élèvera pas au niveau des véritables enjeux.

Les géants de la santé ne gagnent pas seulement par l’argent. Ils gagnent par l’anticipation, la cohérence, la maîtrise du récit public, la compréhension fine des mécanismes institutionnels, et une capacité redoutable à parler d’une seule voix quand il le faut.

Face à cela, le corps médical libéral ne peut plus se contenter de réagir. Il doit penser, structurer, proposer. Il doit produire des idées solides, des projets crédibles, des positions argumentées, et surtout une vision à long terme de sa place dans le système de santé marocain. Je ne suis membre d’aucun syndicat. Et je ne l’ai jamais été. Ni du public, ni du privé.

Mais je resterai toujours du côté des causes justes de la profession médicale, car affaiblir le médecin, c’est affaiblir le soin, et affaiblir le soin, c’est exposer le citoyen. L’heure n’est plus aux échanges stériles dans des groupes fermés, ni aux indignations répétitives. L’heure est à l’élévation du débat, à la production intellectuelle collective, à l’alliance des compétences médicales, juridiques, économiques et communicationnelles.

Chères consœurs, chers confrères, si le niveau du débat ne monte pas, la vague passera au-dessus de vous.  Ce texte n’est ni un reproche, ni une leçon. C’est un appel fraternel à la lucidité, dans l’intérêt de la médecine marocaine, des médecins, et surtout des patients.