Médecins spécialistes en régions : l’heure d’un observatoire pour mesurer l’impact réel – Par Dr Anwar Cherkaoui

Médecins spécialistes en régions : l’heure d’un observatoire pour mesurer l’impact réel – Par Dr Anwar Cherkaoui

Pour l’année 2025, des centaines de postes ont été ouverts et une large majorité effectivement pourvue, couvrant au moins 76 provinces. La région de Béni Mellal–Khénifra figure parmi les plus concernées, avec une concentration notable d’affectations, tandis que des provinces comme Tétouan, Fquih Ben Salah, Azilal et Béni Mellal voient leurs hôpitaux se renforcer de manière significative.

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L’arrivée de médecins spécialistes dans des hôpitaux et centres de santé longtemps privés de cette offre marque une avancée majeure pour l’équité territoriale au Maroc. Pour transformer cet effort en gain durable pour la santé publique, la mise en place d’un observatoire dédié s’impose comme un outil scientifique de suivi, d’évaluation et d’anticipation, au service des patients, des professionnels et de la gouvernance hospitalière.

Dr Anwar Cherkaoui

   Expert en communication médicale et journalisme de santé-

Une avancée attendue dans des territoires longtemps sous-dotés

L’objectif est de tirer des leçons durables de cette avancée, par la mise en place d’un observatoire de l’apport des nouvelles affectations de médecins spécialistes dans les régions.  Ce n’est ni un outil de contrôle ni une preuve pour des sanctions, mais un dispositif scientifique et épidémiologique de suivi.

On ne peut que se réjouir de l’arrivée de médecins spécialistes dans des centre de santé et des hôpitaux des régions longtemps privées de cette offre. Dans plusieurs provinces, l’accès à une spécialité hospitalière relevait jusque-là du déplacement lointain, coûteux et parfois impossible.

Des bénéfices immédiats pour les patients

Aujourd’hui, l’anesthésie-réanimation à Demnate et Midelt, la pédiatrie à Sidi Slimane ou Imintanout, la gynécologie-obstétrique à Guercif, ou encore la chirurgie générale à Aït Ourir et Safi, ne sont plus des promesses mais des réalités cliniques. Pour certaines populations, c’est la première fois qu’un spécialiste est accessible à proximité, dans l’hôpital provincial de référence.

Cette dynamique s’inscrit dans la répartition nationale des médecins spécialistes pour 2025, détaillée par le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, lors d’une séance de questions orales à la Chambre des conseillers.

L’objectif affiché est clair : réduire les inégalités territoriales, combler les déficits en spécialités et renforcer durablement l’offre hospitalière publique, notamment dans les zones sous-dotées. La méthode revendiquée repose sur une approche structurée.

Une part importante des postes a été affectée à des hôpitaux confrontés à un manque de spécialités ou à des établissements en phase d’ouverture. Une autre répond aux exigences de continuité des soins, des gardes et des obligations de service. Le reste permet de remplacer des départs et d’assurer la stabilité des équipes.

Pour l’année 2025, des centaines de postes ont été ouverts et une large majorité effectivement pourvue, couvrant au moins 76 provinces. La région de Béni Mellal–Khénifra figure parmi les plus concernées, avec une concentration notable d’affectations, tandis que des provinces comme Tétouan, Fquih Ben Salah, Azilal et Béni Mellal voient leurs hôpitaux se renforcer de manière significative.

Surtout, plus de soixante-dix établissements ont bénéficié de l’introduction d’au moins une spécialité qu’ils ne proposaient pas auparavant. Au-delà des chiffres, c’est une transformation de la santé publique qui se dessine.  La spécialité médicale quitte progressivement les grands centres et hôpitaux   pour se rapprocher des citoyens, là où les besoins sont les plus criants.

Une femme enceinte suivie en gynécologie à Guercif, un enfant pris en charge en pédiatrie à Sidi Slimane, un patient opéré sans transfert à des centaines de kilomètres : ces situations traduisent un gain immédiat en équité, en temps et en sécurité sanitaire.

Un outil stratégique pour la gouvernance hospitalière

C’est précisément à ce stade qu’une réflexion de gouvernance s’impose. Pour tirer des leçons durables de cette avancée, la mise en place d’un observatoire de l’apport des nouvelles affectations de médecins spécialistes apparaît opportune.

Non pas un outil de contrôle ou de sanction, mais un dispositif scientifique et épidémiologique de suivi. Un observatoire capable d’analyser l’activité réelle des services nouvellement dotés, l’évolution des délais de prise en charge, l’impact sur les transferts interrégionaux, la satisfaction des patients et l’intégration des spécialistes dans les équipes locales.

Un tel observatoire offrirait une vision prospective. Il permettrait d’anticiper les besoins futurs, d’ajuster les affectations, d’identifier les spécialités à fort impact territorial et de documenter, preuves à l’appui, la réduction progressive des inégalités d’accès aux soins spécialisés. Il servirait aussi de base objective pour améliorer le management hospitalier, renforcer l’attractivité des postes en régions éloignées et consolider la confiance des citoyens dans l’hôpital public.

Cette répartition 2025, pour qu’elle produise pleinement ses effets, mérite d’être observée, comprise et accompagnée. Car rapprocher la santé spécialisée des populations lointaines n’est pas seulement une décision administrative : c’est un choix de société et une vision d’avenir pour le système de santé marocain.