Puisse l’Algérie répondre à l’appel de fraternité du Maroc - Par Taalâ Saoud Al-Atlassi

Puisse l’Algérie répondre à l’appel de fraternité du Maroc - Par Taalâ Saoud Al-Atlassi

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le général Said Chegriha

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Dans la foulée de la résolution du Conseil de sécurité du 31 octobre 2025, un tournant décisif s’est imposé dans le dossier du Sahara marocain. Le monde entérine désormais l’autonomie sous souveraineté marocaine comme seule issue réaliste et juste. Cette nouvelle étape remet au premier plan la relation tourmentée entre Rabat et Alger, et réactive la question essentielle : l’Algérie répondra-t-elle enfin à l’appel constant du Maroc pour la fraternité et la coopération ?

Talaa Saoud Al-Atlassi

Une résolution qui trace un chemin unique

La résolution du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, ouvre – ou plutôt oriente – vers l’unique voie menant au règlement du différend autour du Sahara marocain. Elle affirme explicitement que la volonté internationale voit dans l’autonomie, sous souveraineté marocaine, la formule la plus efficace, possible, réaliste et équitable pour mettre en œuvre le principe d’autodétermination des populations de cette région du Maroc.

À la lumière de cette décision, chargée de la force et de la persistance de la communauté internationale, l’illusion séparatiste ne peut désormais que se dissiper, s’estomper puis s’éteindre. La résolution consacre en effet le caractère exclusif de l’autonomie sous souveraineté marocaine comme fondement et cadre de référence des négociations.

Le projet séparatiste n’aura été, depuis le début, que l’excroissance enflammée d’un blocage délibéré dans les relations naturelles entre l’Algérie et le Maroc. Un blocage voulu par le défunt président Houari Boumediene dès le milieu des années 1960, et élevé au rang de doctrine guidant, jusqu’à aujourd’hui, la position de l’État algérien envers son voisin.

Les appels répétés du Roi Mohammed VI, ses insistance et constance à inviter la présidence algérienne au dialogue et à renouer les fils de fraternité et de coopération entre les deux pays, restent pour l’instant sans réponse.

Une constante marocaine pour la fraternité

Les appels du Roi Mohammed VI s’inscrivent dans une conviction profonde et ancienne de l’État marocain : celle de bâtir des relations solides, fraternelles et coopératives avec l’Algérie. Une conviction nourrie par un passé d’initiatives, de rencontres et d’accords liant feu le Roi Hassan II aux présidents Boumediene puis Chadli Bendjedid, sans jamais parvenir à modifier la doctrine de l’État algérien, fondée sur l’idée que le Maroc n’est pas un partenaire mais un adversaire.

Durant les années 1970 et 1980, les rencontres entre Hassan II et Boumediene se sont multipliées – à Ifrane, Nouadhibou, Agadir – certaines avec la participation du président mauritanien Moktar Ould Daddah. Elles débouchèrent notamment sur la signature, en 1972, de l’accord de délimitation des frontières, ratifié par le Parlement marocain en 1992.

Mais tout cela ne fut qu’une succession de trêves dans un climat de tension et d’hostilité persistantes. Un climat que Chadli Bendjedid hérita à son tour, malgré de multiples rencontres bilatérales, arabes ou médiées par l’Arabie saoudite, ou encore celles tenues dans le cadre de l’Union du Maghreb arabe à Marrakech ou Zéralda.

Avec le président Abdelaziz Bouteflika, la situation s’aggrava encore – ou devint simplement plus explicite. Certains historiens attribuent cette dérive à une mainmise renforcée de l’institution militaire, profitant de la présence d’un président civil pour faire passer sa ligne de confrontation.

Les mémoires du défunt général Khaled Nezzar l’illustrent avec force détails : son influence demeura considérable lorsqu’il était au pouvoir, puis même depuis son exil, jusqu’à son retour facilité par le défunt général Gaïd Salah.

Un consensus international sans équivoque

Le consensus international visant à mettre fin aux agissements séparatistes contre le Maroc – consensus auquel se sont associés la Russie et la Chine, en ne s’opposant pas à la résolution – révèle une volonté claire : désactiver un engin inflammable que l’Algérie a enfoui contre le Maroc et entretenu durant un demi-siècle.

Cette désactivation intervient dans un contexte où la communauté internationale cherche à éteindre un foyer de tension susceptible, s’il venait à exploser, de se transformer en volcan qui embraserait l’Afrique et les pays du bassin méditerranéen, avec des répercussions géostratégiques pouvant atteindre l’espace arabe et l’environnement européen.

Au regard du monde, cette tension n’a jamais été perçue autrement que comme une obsession algérienne visant à importuner le Maroc.

Elle n’inquiétait guère les puissances internationales concernées par l’Afrique du Nord ou engagées dans la région pour des raisons stratégiques : cela valait hier, durant des décennies. Mais dans le  contexte géopolitique en profonde mutation, la situation est différent.

Les grandes mutations qui traversent le monde

Aujourd’hui, de profondes transformations « traversent le monde », parmi lesquelles l’extension vers l’Afrique des conflits et des rivalités internationales les plus aiguës — à l’intérieur du continent comme autour de lui.

Le Maroc, dans ce contexte, occupe en Afrique une position stratégique : géographique, politique et économique. Cette position s’appuie sur des leviers solides et des ressources riches qui ont attiré vers lui toutes les grandes puissances influentes : des États-Unis à la France, de la Russie à la Chine, de l’Espagne à l’Allemagne, et la liste est longue.

Car le Maroc est devenu, par les atouts qu’il a accumulés, une porte d’accès privilégiée à l’Afrique, et un partenaire attractif pour qui cherche à y établir présence et influence.

Le Maroc est aujourd’hui un besoin stratégique pour le monde : un acteur générateur de synergies, force de proposition pour les crises africaines, non un foyer d’embrasement. C’est pourquoi sa stabilité — qui englobe son unité territoriale — est désormais un enjeu international. De là s’explique l’enthousiasme de la communauté internationale à reconnaître la souveraineté marocaine sur les provinces sahariennes concernées par le différend.

De là aussi découle la conviction globale quant à la justesse et l’efficacité de la proposition marocaine d’autonomie.

De là découle également l’implication du président Donald Trump dans la mise en œuvre de cette proposition, l’accueil des négociations à son sujet, ainsi que son insistance à encourager une amélioration des relations maroco-algériennes dans un délai déterminé.

L’illusion séparatiste, un dernier écho

Dans ce contexte, les bravades du groupe séparatiste ne sont plus que des cris de détresse, lancés par un égaré perdu dans le désert de son illusion.

Avant lui, de nombreux mouvements séparatistes dans le monde ont persisté des décennies avant de se transformer en partis politiques dans leurs propres pays. Le dernier en date est le Parti des travailleurs du Kurdistan, qui s’est dissous, a déposé les armes et s’est engagé dans l’action politique au sein de la Turquie.

Il n’y a donc pas d’autre issue pour ce groupe que de se conformer à la décision internationale, de quitter la scène pour laisser place à la vérité du conflit et à la réalité de l’hostilité algérienne qui l’alimente.

Un horizon de coopération pour Alger

L’Algérie dispose d’une porte d’accès honorable vers des relations qualitatives avec le Maroc. Une porte qui ne peut que servir ses propres intérêts — politiques, économiques et sociaux.

Cette porte, le Roi Mohammed VI l’a ouverte en appelant au dialogue et en insistant pour que les deux pays sortent ensemble de la crise dans une logique gagnant-gagnant, sans vainqueur ni vaincu.

Peut-être que l’Algérie répondra aujourd’hui à cet appel de la raison et de la fraternité marocaine. Un signe important semble en tout cas apparaître.

L’Algérie ne s’est pas jointe au vote sur la résolution du Conseil de sécurité relative au Sahara, mais elle a voté en faveur de la résolution adoptant le plan Trump concernant Gaza.

Ce plan, pourtant rejeté par toutes les factions palestiniennes, n’attendait pas que l’Algérie le soutienne — d’autant que la Russie et la Chine s’étaient abstenues.

Ce vote algérien a donc été interprété comme un message adressé au président Trump : signaler une volonté de « s’exercer » à mettre de côté certaines considérations liées aux factions palestiniennes.

Trump a salué ce vote algérien, mais ses intérêts les plus forts et les plus durables sont avec le Maroc. Car en politique, il ne déteste ni n’aime personne : il aime ses intérêts, et le dit ouvertement.

L’Algérie le sait probablement, elle qui ne cherche qu’à obtenir un soutien pour sortir de l’isolement international dans lequel elle s’est elle-même enfermée. Elle souhaite en sortir avec le moins de dommages possibles, et avec un minimum de compréhension — à défaut de sympathie — de la part des États-Unis.

Ce qui importe au Maroc, c’est de gagner l’Algérie à un horizon large et lumineux de coopération et de fraternité.

À elle ensuite d’emprunter le chemin qui lui semblera le plus approprié.