chroniques
Que voulez-vous de “Moul lhanout” (l’épicier du quartier) ? – Par Mohamed Chahid
Une illustration des perspectives conçue par l’auteur de cette tribune et qui fait clairement allusion aux enseignes commerciales étrangères
Moul lhanout, moul l’picerie, l’épicer du coin et du quartier semble souffrir face aux autorités. Fermeture de leurs magasins, démolition de certaines façades, retrait d’enseignes publicitaire, signale Mohamed Chahid, membre du comité exécutif du Syndicat national des Commerçants et Professionnels. Dans cette tribune, il s’interroge sur l’absence d’écoute et de dialogue. Et face à une ‘’campagne ne se limite plus, écrit-il, aux seules autorités locales’’, il réclame ‘’des procédures claires, une administration ouverte au dialogue, des lois appliquées dans un esprit de réforme et non de sanction »

Mohamed CHAHID
Membre du comité exécutif
Syndicat National des Commerçants et Professionnels
Au Maroc, vous pouvez demander ce que vous voulez… et peut-être l’obtenir.
Mais surtout, n’essayez pas de demander une autorisation, un permis commercial, une autorisation d’occupation temporaire du domaine public, un auvent, ou même une enseigne publicitaire… car là commence un long parcours de souffrance, entre procédures complexes et démarches qui semblent ne jamais finir.
Ces derniers temps, nous avons tous suivi sur les réseaux sociaux les cris et les plaintes de nombreux commerçants et professionnels dans certaines villes. Des cris qui reflètent l’ampleur de la détresse vécue par une catégorie qui constitue pourtant une partie essentielle du tissu économique et social, mais qui ne trouve pas toujours une oreille attentive à ses difficultés.
Au lieu d’ouvrir des canaux de dialogue et d’écouter les problèmes des commerçants et des professionnels afin de comprendre les véritables raisons pour lesquelles certains d’entre eux ne disposent pas de certaines autorisations, malgré des années d’activité, nous assistons à une approche à dominante répressive.
Ces derniers temps, de nombreux commerçants ont subi une forte pression psychologique : fermeture de leurs magasins, démolition de certaines façades, retrait d’enseignes publicitaires… dans des scènes qui donnent l’impression qu’il s’agit de combattre des adversaires, et non des acteurs économiques qui cherchent simplement à travailler et à subvenir à leurs besoins.
Plus surprenant encore, ces pratiques se déroulent parfois sous ce qu’on appelle une « couverture médiatique », alors qu’il s’agit plutôt d’une forme de mise en scène portant atteinte à la dignité du commerçant, au lieu de mettre en lumière le véritable fond du problème.
Cette campagne ne se limite plus aux seules autorités locales. Diverses commissions de contrôle s’y sont engagées : commissions des préfectures et communes, services de santé, etc. À tel point que le petit commerçant ou “Moul lhanout” est devenu l’objet d’un contrôle permanent tout au long de l’année.
Une autre question s’impose avec force : quel est le rôle des collectivités locales dans tout cela ?
Les collectivités territoriales, selon les dispositions en vigueur, ont une responsabilité fondamentale dans l’organisation des activités commerciales et la délivrance des autorisations correspondantes. Elles doivent également simplifier les procédures et ouvrir des canaux de dialogue avec les professionnels afin de trouver des solutions réalistes aux problématiques existantes.
Mais la réalité montre souvent une absence quasi totale des communes dans ce débat : retards dans la délivrance des autorisations, complexité des procédures, manque d’initiative pour instaurer un dialogue sérieux avec les commerçants et les professionnels afin de régulariser leurs situations.
Une approche uniquement répressive ne peut être une solution. Une véritable organisation commence par la simplification des procédures et la mise en place de conditions légales claires permettant au commerçant d’obtenir une autorisation, au lieu de le pousser à opérer dans une zone grise.
Dans l’attente des résultats des Assises nationales du commerce à Marrakech, prévues le 27 Avril sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi que Dieu l'assiste, et que nous espérons être une étape décisive pour rendre justice à ce secteur vital et à ses acteurs, l’avenir du petit commerce et des professionnels reste ouvert à plusieurs perspectives.
Le commerçant ne demande pas des privilèges. Il demande simplement :
Des procédures claires,
Une administration ouverte au dialogue,
Des lois appliquées dans un esprit de réforme, non de sanction.
Et la question qui reste en suspens est que voulez-vous réellement de “Moul lhanout” ?